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A LA DECOUVERTE DE LA REGION DE KOLDA : Il était une fois le Fouladou : terre des mandingues arrachée par les peulhs



Etymologiquement, le mot «Fouladou» vient du mandingue et signifie la terre des peulhs. Cette partie méridionale du Sénégal était autrefois occupée par des mandingues qui régnaient en maîtres dans la région. Ils avaient, en effet, fondé sur cette région, au XIIIe siècle, le grand royaume du Gabou, vassal de l'Empire du Mali. Mais les premières personnes à avoir peuplé la région sont les baïnouks. C’est ainsi que cette terre de mélange, terre d’accueil, est devenue le Fouladou avec l’avènement du roi peulh Alpha Yaya Molo Baldé, appartenant au groupe des «fulbé firdou», pasteurs nomades. Les peulhs sont arrivés en masse dans la région, vers le XIVe siècle, attirés qu’ils étaient par la verdure. Grand chasseur et grand éleveur, Molo Egué Baldé (Alpha Yaya Molo Baldé) avait reçu la visite du grand marabout voyageur, Cheikh Omar Foutiyou Tall, qui, lors de son séjour à Hamdallaye, avait prédit la victoire de Molo Egué Baldé sur les mandingues, seuls maîtres de la région, à l’époque. Ainsi, le Fouladou, terre des mandingues, est devenu fief des peulhs.



A LA DECOUVERTE DE LA REGION DE KOLDA : Il était une fois le Fouladou : terre des mandingues arrachée par les peulhs
Le visiteur qui pose le pied pour la première fois au Fouladou est vite frappé par la beauté du paysage, sa forêt clairsemée et sa nature généreuse dominée par de splendides vergers, des champs et des rizières. Terre d’accueil et de mélange, le Fouladou se confond à son histoire née d’une société cosmopolite. Cependant, comme son nom l'indique (fula signifie peulh), le Fouladou est majoritairement peuplée de peulhs, sédentarisés à 55%. Beaucoup de peulhs au Fouladou sont à la fois de grands éleveurs et des agriculteurs. La grande majorité des peulhs de la région appartiennent au groupe «fulbé firdou» (communément appelé peulhs firdou). Il y a aussi des peulhs venus du Fouta Toro et du Fouta Djalon (les toucouleurs et les peulhs Fouta). On trouve aussi au Fouladou d’autres groupes, notamment des mandingues, des socés, des malinkés, des diakhankés, des djalonkés, mais aussi des wolofs, des diolas, des balantes, des manjacks et des baïnouks. Ces derniers, selon les historiens, sont les premiers habitants de la région.

Un enseignant à la retraite, doublé d’un historien hors pair, fils du tiroir, a accepté de revisiter avec nous l’histoire du Fouladou. Ogo Mballo, il s’appelle.

Histoire du Fouladou

Assis sur son fauteuil, devant un écran de télévision, le vieux Ogo Mballo, peulh bon teint (clair), nous accueille dans son salon. Malgré la chaleur hivernale du Fouladou et la fatigue due en grande partie au jeûne, il a accepté de nous replonger dans l’histoire du Fouladou.

Au départ, dit-il, les peulhs et les malinkés entretenaient de bons rapports. Les peulhs échangeaient leurs produits laitiers, issus de leurs troupeaux de vaches, contre des produits agricoles récoltés des champs malinkés. Les rapports étaient ainsi très sains. Les mandingues qui ont longtemps régné en maître absolus dans cette région, fondant au XIIIe siècle le grand royaume du Gabou, vassal de l'Empire du Mali, étaient des alliés sûrs des peulhs qui pouvaient librement circuler au Gabou. Des mariages entre ces deux communautés étaient même fréquents.

Plus tard, les relations entre peulhs et mandingues se compliquent. Les peulhs deviennent les vassaux des mandingues au Gabou jusqu'au milieu du XIXe siècle. Les rois mandingues pratiquaient, envers les peulhs, un système apparenté à la servitude. De nombreuses familles peulhs ont été contraintes à la sédentarisation dans les fulakunda (terroirs peulhs), offertes aux peulhs par les mandingues. Beaucoup ont été forcés à effectuer des travaux agricoles, dont les rendements servaient en priorité aux mandingues qui dominaient. Ceux-ci leur imposaient même des impôts très élevés. Les peulhs commencent alors à être victimes de brimades et d'humiliations. Pour monter en grade dans la hiérarchie de la cité, les peulhs étaient obligés de se métisser avec les mandingues. Malgré cela, les peulhs ont toujours lutté pour la sauvegarde de leur langue, de leurs traditions et de leur mode de vie nomade. Et plus d'une fois, ils se sont révoltés pour sauvegarder leur identité.

L’on raconte que si les mandingues sont subitement durs envers les peulhs, c’est parce que les rois du Gabou ont déjoué plusieurs tentatives de prise du pouvoir par les peulhs.

Ogo Mballo pense que c’est le contraire qui s’est produit. Ce sont les mandingues qui ont poussé les peulhs à la révolte.


A LA DECOUVERTE DE LA REGION DE KOLDA : Il était une fois le Fouladou : terre des mandingues arrachée par les peulhs
La révolte des peulhs

«Entre le peulh et le mandingue, c’est une longue histoire. On a perdu une grande partie de notre culture en venant, mais on a beaucoup puisé chez les mandingues. Au XVIe siècle, les peulhs ont été reçus par les mandingues qui ont vu que l’étranger qui vient d’arriver est important. Non seulement il est venu avec des vaches, mais les vaches avaient du lait. Il y a des chèvres, des moutons, des poules et à chaque que les mandingues avaient besoin de viande, de lait…, ils venaient chez les peulhs et étaient servis. Mais les mandingues ont fini par abuser. Il est arrivé un temps où s’ils (les mandingues) ne recevaient pas, ils tordaient la main à celui qui leur donnait (le peulh). C’était devenu une sorte d’obligation. Or, le peulh était souvent en guerre pour préserver ses troupeaux. Les peulhs, se sentant opprimés, se sont tout simplement révoltés», raconte le vieux Ogo Mballo.

La première fois que les peulhs ont eu l’idée de se révolter, c’est lorsque le marabout voyageur, El Hadj Omar Foutiyou Tall, est passé à Soulabaly chez le roi peulh, Molo Egué Baldé dit Alpha Molo Baldé. Le marabout avait alors prédit la victoire des peulhs sur les mandingues. «El Hadj Omar Foutiyou Tall avait dit à Alpha Molo Baldé, le jour que le roi mandingue viendra prendre ton mouton (un mouton tout blanc qu’il gardait chez lui), il faudra les attaquer», raconte Ogo Mballo.

A LA DECOUVERTE DE LA REGION DE KOLDA : Il était une fois le Fouladou : terre des mandingues arrachée par les peulhs

Un sauveur nommé El Hadji Omar Foutiyou Tall


Ce jour finit par arriver. Alpha Molo Baldé, le futur fondateur du royaume du Fouladou, se soulève contre les mandingues. Il réunit tous les peulhs du Gabou et demande l'appui des peulhs du Fouta Djallon pour mener une révolte contre les rois du Gabou, qu'on appelait alors Mansa. Suite à une guerre farouche sanctionnée par d'énormes pertes humaines, Alpha Molo Baldé réussit à s'emparer des terres habitées en majorité par des peulhs et fonde le royaume du Fouladou qui s’étend de la Haute-Casamance au nord de la Guinée-Bissau. Beaucoup de peulhs qui pratiquaient à l’époque des religions traditionnelles, ont commencé à se convertir massivement à l'Islam pour bénéficier de l'aide des rois peulhs du Gabou et du Fouta Djallon, car les almamys du Fouta Djallon étaient contre les traditionnalistes, qu'ils soient peulhs, mandingues, ou autres.

Au cours du XIXe siècle, de nombreux Etats islamiques peulhs se sont ainsi formés. L'Empire de Sokoto, l'Empire peulh du Macina (Diina), l'État de l'Adamaoua, l'empire des Toucouleurs de El Hadj Oumar Foutiyou Tall…

Alpha Molo a ainsi profité de l'hégémonie peulh pour renverser les Mansa du Gabou lors de la sanglante bataille de Kansala, en Guinée-Bissau. Lorsqu’Alpha Molo Baldé est mort en 1881 à Dandu, en Guinée-Bissau, c'est son fils Moussa Molo Baldé qui l’a succédé pour parachever ce que son père avait commencé. Mais les colons français avaient commencé à affluer dans la région.

Entre 1887 et 1893, Moussa a collaboré avec les Français et a participé à la capture du marabout du Boundou, Mamadou Lamine Dramé, en 1887. Mais en 1903, il rompt d’avec la France et s'enfuit en Gambie. Arrêté, il est exilé en Sierra-Leone. Il est mort à Keserekunda en Gambie en 1931. Mais le Fouladou avait fini d’être définitivement une terre peulh.


Daouda MINE (Envoyé Spécial) & Souleymane SALL (Correspondant)
L'observateur

PiccMi.Com

Mercredi 15 Septembre 2010 - 17:11



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1.Posté par balde le 14/08/2011 12:27

merci cet article me reconforte. je suios fiere

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