contenu de la page



ALIOUNE TINE, 62 ANS : Gardien du temple



Une grande gueule. La rage au cœur, le verbe ardent. Derrière le collier de perles qui fait office de barbe, derrière la Raddho (Rencontre Africaine pour la défense des Droits de l’Homme) se trouve Alioune Tine. Gaillard poivre et sel, fâché, contre la manie de Wade à vouloir toucher et retoucher la Constitution. Alors, besoin d’exister au devant de la scène ou noble volonté de préserver l’exercice démocratique ? Fouteur de merde ou louable gardien du temple, Bref : qu’est-ce qui anime l’instigateur du mouvement « Touche pas à ma Constitution » et par ricochet celui du 23 juin ? Il répond : « notre objectif est d’empêcher le président de la République de tripatouiller la Constitution, qu’il soit conscient que la Constitution ne lui permet pas un mandat supplémentaire. Lutter pour l’arrêt des découpages administratifs. Se battre pour faire revenir les valeurs fondamentales de la démocratie. » Bien. « C’est Coumba Gaye, ancienne ministre déléguée chargée des Droits humains et certains membres de l’Ujtl qui m’ont agressé… »



ALIOUNE TINE, 62 ANS : Gardien du temple
On est assis en terrasse, dans un restaurant de la place qui fait face à l’océan. Il fait un soleil de plomb, l’homme n’a rien de la dégaine du gars du coin. En lieu et place du polo, bermuda, sandalettes, il porte un caftan beige. Il doit parler presque fort, une torture, coincés que nous sommes entre de jeunes loups discutant d’argent avec une assurance féroce. Il leur glisse un regard distrait, un peu las et revient sur le film de son agression lors des événements du 23 juin. Il dit : « le jour de la manifestation, quand les choses ont commencé à dégénérer, on est reparti au siège de la Raddho pour faire le point, c’est quand je suis revenu vers les coups de 14 heures que les gens de l’Ujtl sous la coupe de Coumba Gaye se sont rués sur moi. » Un rictus accompagne ces mots. Alioune, y est allé de sa réprimande, poussant son indignation à la hauteur de la cruauté de son agression. Il pointe du doigt Coumba Gaye et se désole qu’une ancienne ministre déléguée chargée des Droits humains puisse agir comme un « nazion ». Il lâche : « vers la rue qui mène à l’ambassade du Canada, j’ai entendu des gens dire : c’est Alioune Tine ! C’est Alioune Tine ! Du coup, j’ai reçu une pierre sur la nuque. Je tombe par terre, comme une meute de chiens, les gens de l’Ujtl me rouent de coups jusqu’à ce que je perde connaissance. »

« J’ai dit à Sindiely de dire à son père d’apaiser la situation, d’écouter les gens qui s’opposent et de se débarrasser des « tintins » qui l’’entourent »

On peut être impressionné par la force qui émane de son allure tranquille ou de sa voix douce et grave. Mais il faut avant tout saluer chez Alioune la force intérieure qui l’anime à l’ instant et qui lui vaut son statut d’aujourd’hui. Depuis son agression, le gratin de tout-Dakar se rend à son chevet, certains même lui ont offert un quatre étoiles où panser ses plaies. Il dit : « toute la crème de la société venait me voir à l’hôpital et quand je suis sorti, un ami m’a donné les clés de sa villa aux Almadies pour que je puisse me reposer. » Présentement, entre deux gorgées de ce café, il n’est qu’affabilité. Posé, il pèse ses mots, et dit : « Sindiély Wade est venue me voir à l’hôpital, avant de partir elle m’a demandé le message que je souhaiterais transmettre à son père. Ma réponse a été de lui demander d’apaiser la situation, d’écouter les gens qui s’opposent et de se débarrasser des « tintins » qui l’’entourent. Elle m’a fait savoir que si pour les deux premières requêtes, c’est possible, la troisième l’est moins. » Attendri par l’acte de la fille du président, il pense désormais que c’est une fille bien et que contrairement à son frère Karim Wade, il lui reste le sens de l’indignation. Alioune fait partie de ces êtres qui glissent d’un univers à l’autre avec une aisance stupéfiante. Il beurre la sœur cadette et savonne le frère aîné : « l’après 23 juin devrait être un moment d’introspection pour lui (Karim Wade), au lieu de cela, il s’apitoie sur son sort en adressant au peuple une lettre puérile et avec une inculture hors du commun. » Vlan !

En outre, il s’offusque de l’omerta du ministre de la Justice sur son agression, avoue qu’il ne lui a pas rendu la pareille. Il se souvient : « pendant les années de braise du Parti démocratique sénégalais, j’étais parti le voir en prison lui et Habib Sy, je me suis battu en distribuant des tracts pour leur libération. » Puissance tranquille, il donne sa langue au chat quand il s’agit de commenter la dernière actualité en date : la démarche initiée par le Groupe des six en vue de rétablir le dialogue politique. A la question de savoir si la bande à Mbaye Sidy Mbaye ne va pas griller le Mouvement du 23 Juin. Il ne répond pas. Ou plutôt refuse de répondre. Devant son café, c’est tout juste s’il a envie de dire un mot. Il lâche finalement : « de toute façon le M 23 a son programme à lui. Et c’est ce programme que nous suivrons. » Aux citoyens en mal de représentation, Alioune, qui présente son programme du mouvement du 23 juin, propose un miroir flatteur en même temps qu’une certaine idée du Sénégal : « Les partis politiques et la société civile se sont réunis autour des fondements de la démocratie. Maintenant ils sont libres de battre campagne dans leurs partis respectifs. »

Enfance-adolescence

Né le 26 janvier 1949 à Ziguinchor d’un père fonctionnaire au Trésor et d’une mère femme au foyer, Alioune est le troisième d’une fratrie de sept. Le président de la Raddho fut d’abord un enfant « terrible » avant d’être un défenseur de la cause humaine une fois adulte. A 6 ans, il quitte le cocon familial pour Saint-Louis du Sénégal et intègre l’école primaire. Au lycée Duval-Garçon, il ne fera pas long feu. Un an plus tard, il sera récupéré par son oncle à Kaolack pour, dit-il, refaire son éducation « d’enfant gâté ». Un an après, il retourne à Ziguinchor sur la demande insistante de sa maman. Il sera à l’école Santiaba avant de retourner à Kaolack pour y faire le cycle secondaire au lycée Gaston Berger actuel Valdiodio Ndiaye. En 1967, un adolescent « studieux et casanier » obtint le Bepc (Bfem, aujourd’hui) et réussit plus tard haut la main le baccalauréat série A. 1974 : le duel de Lettres modernes obtenu à l’université Cheikh Anta Diop en poche, il s’envole pour Lyon et y décroche une licence en linguistique en 1975. En 1976, il cumule la maîtrise en linguistique appliquée et celle en lettres modernes. En 1977, Alioune obtient son Diplôme d’études approfondies (Dea) en linguistique et en sémiologie des textes et de la communication. En 1981, le doctorat de troisième cycle, linguistique et de sémiologie des textes et de la communication à l’université de Lyon 2. La même année, il rentre au pays et travaille comme assistant à la Faculté des lettres et sciences humaines de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Depuis 1984, il est maître-assistant à la Faculté des lettres et sciences humaines de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, et enseigne également au CESTI (Centre d’Etude des Sciences et Techniques de l’information).

« C’est mon dernier mandat à la Raddho… »

1990 : il est membre fondateur de la Raddho (Rencontre africaine pour la défense de droits de l’homme). Ses orientations politiques dans sa vie estudiantine influencent ses idéologies. « Je faisais partie des étudiants du PAI (Parti africain de l’indépendance), ce qui m’a poussé vers les droits de l’Homme », lâche-t-il d’un air détaché. Mais l’histoire fondatrice du bonhomme est un peu plus compliquée. Car, malgré une carrière littéraire dense, le droit prend le dessus sur sa carrière et il sera président de la Raddho en 1998. Depuis lors, il a fait trois mandants à la tête de cette Ong : un de trois ans et deux de cinq ans. Il dit : « C’est mon dernier mandat. » Silhouette découplée de sportif senior, tempes de pâtre grec blanchies, Alioune est d’abord un corps pas très grand (1,75 m). Le type reste gaulé comme un athlète en activité. En 1983, Alioune contracte un premier mariage et divorce 7 ans plus tard avec quatre enfants au milieu. Il passe trois ans pour ficeler une seconde noce. Soudain il y a de l’été indien dans l’air, il se remarie en 2003 avec son actuelle épouse. Ils ont trois enfants, deux garçons et une fille. Aujourd’hui, il garde encore les stigmates de son agression lors de la manifestation du 23 juin. Des stigmates, il en a sûrement encore gardé de la scission de la Radhho. Une bagarre dure par presse interposée. Là, tout y passe : calomnies, invectives, lynchage verbal. Tine résiste, irradie l’organisation par un engagement flamboyant. Et finit par triompher de ses adversaires. De ses cicatrices, il n’en reste peut-être plus rien. Par contre, du 23 juin, si, si. Il essaie de relever le bas de son pantalon pour en apporter la preuve sans y arriver. Il rabaisse le pan et parle. Il parle… c’est son exutoire. La parole fait dans le torturé, tout le tragique de l’humain découpé en morceaux, une thérapie à laquelle il tient. Alors ce matin, en se découvrant dans La Gazette, Alioune tine aura terminé sa thérapie. Il sera peut être guéri. La parole l’aura aidé à se débarrasser de sa colère. Et c’est en cela qu’il se reconnaîtra.

Aïssatou LAYE
Source: La Gazette

PiccMi.Com

Dimanche 24 Juillet 2011 - 17:40



Réagissez à cet Article

1.Posté par Khoutbouzahamn le 24/07/2011 19:01

QUI PEUT LE PLUS PEUT LE MOINS MONSIEUR "TINE" DOIT SONGER A PRENDRE OU FAIRE VALOIR SES DROITS A LA RETRAITE BIEN MERITEE DE LA RADDHO SES COMPAGNONS DOIVENT L'AIDER DANS CE SENS IL EST FATIGUE ET DOIT SE REPOSER OU SE CONVERTIR A AUTRE CHOSE SE MÉNAGER D AVANTAGE. NOUS COPRENONS QU IL SOIT INDISPENSABLE MAIS D AUTRES POURRONT FAIRE LE BOULOT IL FAUT L AIDER A PARTIR AVEC TOUTS LES HONNEURS QU Y SIEND.

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.










TWITTER
SENEGAL | VIDEO - Thierno Madani Tall reçu par le Khalif des Mourides;Cheikh... | PICCMI https://t.co/pZwHZX5tnN https://t.co/17iabZTm9w
SENEGAL | BARTHELEMY DIAS S’EXPLIQUE, CE MARDI: A peine installée en début de... | PICCMI https://t.co/PqwpvrLqp9 https://t.co/0m6JyAU8g7
SENEGAL | HAUT CONSEIL DES COLLECTIVITES TERRITORIALES: TANOR, LES MAINS LIEES:... | PICCMI https://t.co/VV2cQjULaT https://t.co/wZIfpUWEEU
SENEGAL | MISSIONS DE PAIX DE L’ONU : LE SÉNÉGAL POUR UN RÉAJUSTEMENT DES... | PICCMI https://t.co/XvLaiZPAoG https://t.co/ldK6JzK6UL
SENEGAL | Panne de la chaloupe en pleine mer : GOREE ECHAPPE AU NAUFRAGE -... | PICCMI https://t.co/zLHP61XGsN https://t.co/p0MCryEI5l
SENEGAL | 114ème Gamou de Pire : El Hadj Moustapha Cissé relève les pires tares... | PICCMI https://t.co/7nH27hDgM9 https://t.co/MS9UMT9Fsz
SENEGAL | COMMÉMORATION DU CINQUANTENAIRE DU 1ER FESTIVAL MONDIAL DES ARTS... | PICCMI https://t.co/0jJd7Jvgam https://t.co/LQcWO2wsb9
SENEGAL | LIGUE 1 : LE STADE DE MBOUR BATTU (0-1) À DOMICILE PAR GORÉE: Le... | PICCMI https://t.co/T3em6qhkEf https://t.co/YKWg3zF3PS
SENEGAL | LIGUE 2 : LE DUC PREMIER LEADER: Le Dakar université club (DUC) a... | PICCMI https://t.co/PwvMrdrPEi https://t.co/kro3wWWdsa
SENEGAL | SAHARA OCCIDENTAL : MOHAMMED VI SALUE "LE SOUTIEN INÉBRANLABLE" DE... | PICCMI https://t.co/Gsk6y8uRpW https://t.co/RX7Nzf7CN9