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[ ARCHIVES VIDEOS ] "Le président Mamadou Dia n’a jamais fait de coup d’Etat" Témoignages posthumes de Feu Mansour Bouna Ndiaye



Quelques semaines avant sa disparition survenue le 28 juillet 2008, l’ancien député-maire de Louga, Mansour Bouna Ndiaye, témoin privilégié des événements du 17 décembre 1962, revenait pour le magazine « La Sentinelle » et africanglobalnews.com sur le parcours de Mamadou Dia. Retraçant le film des ces chaudes journées, il évoque leur « origine économique », le rôle partisan de la France et considère l’ancien président du Conseil de gouvernement, signataire de l’acte d’indépendance du Sénégal, comme une victime. Pour le fils du dernier Bourba Djioloff, le premier chef de gouvernement au Sénégal qui a croupi 12 bonnes années en prison, n’a jamais fait de coup d’Etat.



[ ARCHIVES VIDEOS ] "Le président Mamadou Dia n’a jamais fait de coup d’Etat" Témoignages posthumes de Feu Mansour Bouna Ndiaye
La Sentinelle : M. Mansour Bouna Ndiaye, vous avez vécu de près les évènements du 17 décembre 1962, pouvez-vous revenir les péripéties qui ont consacré le divorce du couple Senghor/Dia ?
Mamadou Dia, père de l’indépendance du Sénégal


M.B. ND. : Je tiens d’abord à rappeler pour l’Histoire, le rôle du président Dia dans l’accession de notre pays à la souveraineté internationale. Le 20 août, éclatement de la Fédération du Mali. Senghor et Mamadou Dia ont convenu de célébrer les fêtes de l’indépendance du Sénégal le 04 avril. Parce que c’est à cette date que le président Dia a signé avec Michel Debré, Premier ministre du Général De Gaulle, le transfert de compétences. Les gens ont proposé le 20 juin, mais Senghor a dit : « le 20 juin, il fait chaud ! Et moi je vais en vacances en Normandie ». C’est ainsi que le 04 avril a été finalement retenu. C’est à cette date que Mamadou Dia, pour le Sénégal, et Modibo Keïta pour le Mali, ont signé les actes respectifs de transfert de souveraineté pour les deux Etats.

« Les événement du 17 décembre ont une source économique »

Les enseignants du Sénégal ne le savent pas où n’y insistent pas assez, et ça me touche énormément. C’est bien le président Mamadou Dia qui est le père de l’indépendance du Sénégal. Et c’est bon à savoir pour l’Histoire.

S’agissant maintenant des évènements du 17 décembre, ils ont eu une origine économique. Jusqu’en 1960, le Sénégal avait comme principale culture, l’arachide, dont la production atteignait le million de tonnes par an. Des sociétés françaises comme Maurel et Prom, Cfao, Nosoco, Lacoste…, principalement des huileries bordelaises, ont prospéré à partir de la traite de l’arachide. Or, en 1962, la mise en place de la Banque sénégalaise pour le développement (Bsd), ancêtre de la Bnds, la création de l’Oca (Office de commercialisation de l’arachide), les coopératives ont distribué aux paysans à la demande de Mamadou Dia, des ristournes de l’ordre de 400 millions de francs (…).

« Des sociétés françaises établis au Sénégal avaient débloqué 100 millions de Frs destinés aux députés ayant soutenu la motion de censure contre Mamadou Dia »

De plus, le Président du Conseil dotait en même temps les coopératives de la fonction consommation qui permettait désormais aux paysans de s’approvisionner à des prix compétitifs et de se débarrasser de l’usure que leur imposaient leurs fournisseurs. Ceci a fait peur aux sociétés françaises qui ne voulaient pas perdre leurs privilèges. C’est ainsi que regroupées au sein de la Chambre de commerce d’agriculture et d’industrie de Dakar, ces sociétés françaises ont débloqué 100 millions de francs qui ont été distribués aux signataires de la motion de censure qui a consacré la chute du Gouvernement Mamadou Dia


La Sentinelle : Pouvez-vous nous retracer le film de ces chaudes journées ?

M.B. ND : Le 14 décembre, Il y a eu une réunion du Bureau politique du Bps dont j’étais membre et nous nous sommes retrouvés devant une situation extraordinaire. Suivez bien le processus. A la fin de la rencontre, Senghor déclara : « Camarades, ça ne va pas dans le pays » ! Nous, on ne savait pas que ça n’allait pas dans le pays. Et le Président de poursuivre : « nous allons nous réunir les samedi 15 et dimanche 16 décembre pour voir ce qui ne va pas dans le pays ». La veille, vendredi 14, on se réveille avec une motion de censure déposée à l’Assemblée nationale. Le jour-j, Valdiodio Ndiaye, avant même que Senghor ne termine de lire le libellé de l’ordre du jour, le coupa net : « Mais Senghor, ce n’est pas sérieux ! Avant de voir ce qui ne va pas dans le parti, une motion de censure a été déposée contre le gouvernement de ce pays. Il faut qu’on en parle » ! A cette interpellation, Senghor répondit calmement en disant : « avant de venir ici, j’ai consulté mon Conseiller juridique et constitutionnel, M. Aurillac (devenu ministre français de la Coopération de Jaques Chirac ndlr), qui m’a dit que sur le plan de la Constitution, la motion est recevable, mais pour moi, ceux qui ont déposé la motion ont tort ». « S’ils ont tort, il faut tout de suite les sanctionner », coupa Valdiodio. Sur ces entrefaites, sur fond d’insultes et d’invectives Mamadou Dia s’est levé avec ses dossiers en s’écriant : « j’ai tout compris ». Ibrahima Sarr, héros de la grève des cheminots de 1947, proposa la convocation du Conseil national du parti, le lundi. Senghor proposa le vendredi suivant, jugeant le lundi trop proche pour pouvoir y associer les militants de l’intérieur du pays. C’est dans ce climat trouble que Senghor conclut la rencontre en disant : « Entendu camarades, réunion du Groupe parlementaire élargi aux députés ».

Tout ceci était une manière de retarder les choses et cacher la procédure pour pouvoir voter la motion de censure et débarquer M. Dia le lundi. C’est ainsi que le lundi matin, les deux chefs se sont retrouvés à l’Assemblée. Ibrahima Sarr, sortit de la conférence des présidents, l’air triste et, annonça à Mamadou Dia, « la décision a été prise de voter la motion de censure à 15 heures ». C’est alors que le président du Conseil apostropha violemment Senghor : « Vous avez entendu. Ils ont décidé de voter la motion de censure à 15 heures, alors qu’il a été décidé la réunion du groupe parlementaire. Je ne leur permettrai pas de se réunir avant la tenue du Conseil national de vendredi ». Dia s’engouffre dans sa voiture pour rejoindre son bureau du Building, suivi de Senghor qui retournait au Palais. Leurs deux voitures ont même failli se télescoper. C’est en ce moment que la crise a éclaté.

Quelques temps après, le Chef d’Etat Major de l’Armée s’est présenté au bureau du président Dia, flanqué de deux officiers dont l’un était Jean-Alfred Diallo, pour s’enquérir de la situation. « Que l’Armée se tienne à l’écart », trancha le chef du gouvernement.

C’est en ce moment que la France est entrée dans la danse. Par l’intermédiaire de son Représentant qui ne portait pas encore le titre d’Ambassadeur, mais celui de Haut Résident de la France au Sénégal. C’était le gaulliste Etier de Bois Lambert. Ce dernier symbolise le ralliement d’un officier français à la cause de Senghor. Dans cet imbroglio qui régnait au Sénégal, ils ont proclamé le Colonel Jean-Alfred Diallo, Chef d’Etat major général des Armées à la place du général Fall. Aujourd’hui, je détiens un document écrit de la main de l’aide de camp de Senghor de l’époque, le général Bélal Ly, aujourd’hui imam au Point E à Dakar. Ce dernier s’est permis dans cette note rédigée à la main le 14 décembre déjà, demandait au Colonel Preira chef des parachutistes, « d’occuper le Palais et protéger Senghor s’ils n’avaient pas de leurs nouvelles ». On a découvert cette lettre plus tard. Le général Fall s’est montré presque neutre et a laissé Senghor qui a fait arrêter Mamadou Dia le lendemain


La Sentinelle : A vous écouter, on pourrait en déduire que c’est Senghor qui a plutôt fait un coup d’Etat en faisant recours à l’Armée contre Mamadou Dia ?

M.B.ND : Vous avez bien fait de poser cette question. Quand j’étais avec le président Dia dans son bureau, il y avait les parachutistes commandés par le Colonel Preira, qui entouraient le Palais de la République. Voyant cela, Dia s’inquiète. On l’informa que cet ordre a été donné depuis le 14 décembre. : « Qu’est-ce que c’est que ces parachutistes qui entourent le Palais ? Senghor perd la tête, je suis le chef du gouvernement, Ministre de la Défense. Nous sommes dans un régime parlementaire, pas présidentiel ! Senghor n’a pas le droit de réquisitionner l’Armée ». Et Mamadou Dia a réquisitionné l’Armée pour protéger Senghor. Celui qui fait un coup d’Etat ne réquisitionne pas les militaires pour protéger quelqu’un. Malgré tout, le général Diallo, avec une majorité d’officiers formés par la France, est passé de l’autre côté et a arrêté Mamadou Dia et ses camarades pour être emprisonnés pendant 12 ans à Kédougou. Pendant 12 ans, Mamadou Dia, Ibrahima Sarr, Joseph Mbaye, Alioune Tall, Valdiodio Ndiaye, ne se sont, ni vus, ni parlés, malgré leur proximité. Pendant 12 ans, ils ne pouvaient voir leurs épouses ou leur mère qu’une fois par mois à travers un parloir situé à l’entrée du camp, en présence d’un gendarme. Voilà le régime que Senghor a imposé à ces hommes qui ont fait l’indépendance du Sénégal.

La Sentinelle : Quels ont été les conséquences politiques et sociales des événements de 1962 ?


M.B.ND. : Les événements de 62, ont fait naître dans le parti, le « larbinisme ». Senghor s’est retrouvé avec des larbins comme me l’a rappelé un jour feu Alioune Badara Mbengue. Ces derniers n’ont pas été à la tâche avec lui dans les années 48, 50, 51, 52, à l’instar de ceux qui ont créé le parti et amené le pays à l’indépendance. Et Senghor s’est retrouvé entouré de ces gens peu recommandables qui l’ont séparé de Mamadou Dia.

Les personnalités historiques qui pouvaient l’aider étaient en prison. Plus de Ibrahima Sarr, héros de la grève des cheminots de 1947, plus de Valdiodio Ndiaye, qui a fait face au Général De Gaulle en 1958. Senghor s’en est rendu compte par la suite. Ainsi, après la crise de mai 68, il a été obligé de restructurer son parti, en y impliquant des hommes nouveaux comme les Administrateurs civils pour en faire des responsables régionaux. C’est dans cette optique, qu’en 1969, je me suis retrouvé avec une tache difficile, celle de céder la base de Louga à Abdou Diouf, qu’on ne connaissait pas (…). C’est dans la même logique qu’il faut situer l’arrivée au premier plan des Babacar Bâ, Adrien Senghor, Christian Valentin et Jean Collin. Ces anciens gouverneurs ont aidé Senghor à reprendre le développement du pays, opérer des restructurations économiques. Malheureusement, ils se sont retrouvés face aux conditionnalités des institutions de Brettons Woods. Cette politique d’austérité a apporté plus de 2000 milliards dont a bénéficié Me Wade qui essaie tant bien que mal de mettre en place des infrastructures.

PiccMi.Com | Archives La Sentinelle

Lundi 12 Juillet 2010 - 08:31



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