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Anciens détenus : Le difficile chemin de la reconversion





Anciens détenus : Le difficile chemin de la reconversion
La famille et les amis ont une importance fondamentale dans la réinsertion d’un ancien détenu. En effet, ils apparaissent comme une force morale, un véritable soutien et parfois même comme une aide financière et affective. Mais ce n’est toujours pas évident.



Après un séjour carcéral, la majorité des anciens détenus se font rejeter par leurs proches. Donc, à sa sortie, le prisonnier vit dans la solitude. Cette absence de soutien s’explique par une certaine honte ou incompréhension de la famille qui se résout à l’indifférence. Malheureusement, ce manque d’attention est souvent cause de récidive : les anciens détenus ne recevant aucune aide à leur sortie, rechutent de nouveau dans le délit. C’est le cas de Massamba Diagne. Emprisonné pendant deux ans pour agression, il dit n’avoir bénéficié d’aucune attention de ses proches depuis qu’il a quitté le milieu carcéral. Aussi a-t-il choisi de récidiver pour se faire remarquer par sa famille. Ce délit lui a valu trois ans de prison supplémentaires.

Par contre, d’autres anciens détenus comme Abdou Ndiaye ont réussi à s’en sortir grâce à l’aide et à la détermination de leur famille. Après avoir purgé une peine de dix ans pour meurtre, il a reçu un appui de sa mère et de sa femme qui lui ont décroché un emploi de livreur de pains dans la boulangerie de leur quartier. Mais, étant assez traumatisé par son séjour carcéral, Ndiaye a finalement abandonné son boulot. Une attitude qui ne sera pas pour décourager ses proches qui réussissent à nouveau à lui trouver un deuxième emploi. «Sans l’aide de ma mère et de ma femme, j’aurais replongé, c’est sûr», a-t-il admis.

Cependant, il existe aussi des familles très présentes aux côtés de leurs enfants qui ont eu maille à partir avec la justice, mais qui n’arrivent pourtant pas à les aider dans leur réinsertion. En effet, la prison constitue, tout de même, un gros traumatisme qui, obligatoirement, laisse des séquelles. Malheureusement, beaucoup de parents n’ont pas les moyens d’assurer le suivi psychologique de l’ancien détenu.

Le regard pesant des autres

D’autre part, en plus de la famille et des proches, le regard des autres, c’est-à-dire des passants, des inconnus, des employeurs qui ont su, malencontreusement, le passé pénal du détenu est très important et le plus souvent très négatif. En effet, nous avons pu constater, en discutant avec les anciens détenus et leur entourage, que les avis sont mitigés là-dessus. Très souvent, les gens ont ressenti du mépris, de la peur face à un ancien détenu. Ce qui, inéluctablement, fait jaillir en eux le sentiment d’être rejetés par les autres. La plupart de ces détenus développent une certaine animosité à leur égard.

Enfin, il y a certains ex-pensionnaires de prison qui ont réussi à changer le regard des autres par leurs bonnes actions ou alors par leur facilité d’adaptation. C’est le cas de Mamadou Samb. Qui explique que, à sa sortie de prison, il a perdu entièrement les repères qu’il avait dans la société. «Quand je suis sorti, j’avais peur de traverser la route. Il y avait beaucoup de voitures», a-t-il déclaré. Cependant, il a fait beaucoup d’efforts : «Après, j’ai pu traverser une rue tout seul, maîtriser l’espace qui m’était devenu inconnu». Mamadou explique que, dans ces genres de situations, il faut se battre et être fort moralement. D’ailleurs, grâce à cette force, il a réussi à changer l’opinion de son entourage à propos des détenus : «Mamadou Samb a réussi à me faire changer d’avis. Maintenant, je pense qu’il a été victime d’une erreur de jeunesse», témoigne sa voisine de quartier.

Aujourd’hui, Mamadou essaie de rendre son incarcération utile : «J’ai gagné un statut de spécialiste de cet univers que je n’ai jamais vraiment quitté», soutient-il, ajoutant avoir, pour ce faire, surmonté plusieurs épreuves. Pour cet ancien détenu, le regard des autres dépend de l’état psychologique de la personne et surtout de l’ampleur de sa faute. «Un viol ou un meurtre est beaucoup moins accepté qu’un vol ou un trafic de stupéfiants», explique-t-il.

LEGISLATION - ERREURS JUDICIAIRES : La loi sénégalaise n’a rien prévu pour les victimes

Certes, l’entourage, l’Etat ou les associations ont un rôle à jouer dans la réinsertion sociale des anciens prisonniers, mais le principal acteur reste le service pénitentiaire. La lutte contre l’indigence se limite à une aide sociale minimaliste. En effet, on peut craindre une flambée de la délinquance, en raison des récidives des sortants de prisons mal encadrés, si l’on ne parvient pas à limiter le nombre de sorties sèches. Nous pouvons remarquer cette non-assistance à travers un fait-divers : le 17 mars 2006, Cheikh Mbaye, ancien chauffeur dans une société de la place a perdu son emploi pour avoir séjourné en prison.

Libéré au bout de quinze jours d’incarcération par erreur judiciaire, aucune disposition n’avait été prise pour sa réinsertion sociale. En effet, «J’ai été victime d’une erreur judiciaire et faute de preuve, j’ai été emprisonné. Il a fallu que la plaignante s’en rende compte au cours du procès pour que je sois libéré, après avoir été désigné comme son agresseur», explique-t-il, avec beaucoup d’amertume. Toutefois, la loi sénégalaise n’a rien prévu pour les victimes d’erreurs judiciaires. Il revient ainsi à la victime d’en assumer, seul, les conséquences.

Walfadjri,

Mercredi 20 Juin 2012 - 18:59



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