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BANCARISATION DES BOURSES A L’UCAD Une réforme controversée



Après son accession à la magistrature suprême, le Président de la République, Me Abdoulaye Wade avait annoncé la décision de généraliser les bourses et les aides aux étudiants. Cette promesse électorale n’est pas sans conséquence. Dix ans après, la question des bourses est l’un des problèmes les plus récurrents à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar(UCAD). A l’analyse de tous les problèmes rencontrés dans le paiement des bourses (violence, barricades de l’avenue Cheikh Anta Diop, bousculades devant les guichets, corruption), il est loisible de se demander si l’Etat est toujours en mesure de respecter ses engagements.



BANCARISATION DES BOURSES A L’UCAD Une réforme controversée
Une question à laquelle on est même tenté parfois de répondre par la négative, si on observe toute la gymnastique que font les étudiants pour percevoir leurs bourses sans oublier les difficultés rencontrées par les responsables de la Régie pour trouver de l’argent au niveau de Trésor Public. Pour venir à bout de tous ces problèmes, les autorités du ministère de l’Enseignement supérieur ont proposé une réforme consistant à bancariser le paiement des bourses. En interrogeant les différents acteurs qui gravitent autour de l’initiative, le moins que l’on puisse constater, c’est qu’il y a une certaine controverse autour de la question.

Selon des sources proches du ministère de l’Enseignement supérieur, la bancarisation des bourses sera effective dès la rentrée prochaine, soit dans un mois. La même source de souligner que le dossier est actuellement piloté par le ministère de l’Economie et des finances. Les services techniques de ce département sont à pied d’œuvre afin de finaliser avec la banque qui a été retenue pour assurer l’opération. Le dossier semble pourtant si compliqué et délicat qu’il serait, selon des sources dignes de foi, à l’origine du limogeage de l’ancien Directeur des Bourses, Ousseynou Goumbala. Toutefois, une telle réforme reste très controversée dans l’espace universitaire. Si d’aucuns pensent que c’est une excellente initiative pour régler la question de la violence autour des guichets de paiement de bourses des étudiants, d’autres doutent fort de la faisabilité d’une telle réforme, pensant que les priorités sont ailleurs.

Le paiement des allocations de bourses à l’UCAD est un véritable casse-tête pour les étudiants. La preuve, le paiement qui a débuté depuis le 11 août dernier et se poursuit jusqu’en début septembre. Les étudiants se bousculent devant les guichets et au niveau de la régie des bourses pour se faire payer. Certains peuvent courir des semaines pour percevoir leur dû en vain. Ainsi, les payeurs deviennent de vrais stars, le temps que durent les opérations de paiement. Tellement ils sont convoités, ils en font des fois trop ces argentiers. Les vigiles et agents de sécurité s’en mêlent servant d’intermédiaires entre payeur et étudiants moyennant une récompense. L’argent se fait rare et tous les moyens sont bons pour se faire payer.

Pour Pape Aliou Sy, étudiant en troisième cycle à la faculté de Droit, il est nécessaire d’associer tous les acteurs pour l’effectivité de cette réforme. Son camarade de faculté, Pathé Gaye, renchérit en estimant que la réforme en question est un projet à risque et doit se faire, selon un processus bien ficelé. M. Gaye d’ajouter qu’il serait opportun de commencer la réforme au niveau du troisième cycle et progressivement l’intégrer dans les autres cycles en fonction de ses résultats. Au niveau de la régie des bourses, on déplore le manque de communication des autorités compétentes sur la question. Vieux Ousmane Coly, payeur, déclare : « nous ne sommes pas associés au processus de bancarisation ». Pour ce payeur, il ne s’agit pas de bancariser les bourses pour régler de manière définitive la question.

La régie des bourses écartée du processus


Le régisseur des bourses, Mouhamed Coly, semble ignorer les tenants et les aboutissants de la bancarisation. M. Coly affirme qu’il n’a pas assisté à plusieurs réunions concernant la question. Il soutient à cet effet qu’il ne sait pas comment ce projet de bancarisation a été conçu. Tout ce qu’il croit comprendre, c’est que la bancarisation est un moyen de faire en sorte que l’étudiant puisse percevoir sa bourse dans une banque. Interpellé sur les vraies raisons qui pourraient justifier une telle réforme, M. Coly a évoqué les lenteurs dans le virement de l’argent et la massification des bourses. Tout ceci engendre un retard dans le paiement des bourses. Ce qui n’est pas sans conséquence sur les tensions et les affrontements au niveau de l’UCAD. A en croire le régisseur des bourses, l’UCAD enregistre prés de 40.000 boursiers pour une trentaine de guichets. M. Coly soutient sous ce même registre que l’insécurité face à laquelle sont exposés ses agents chargés du paiement est liée aux lenteurs dans le décaissement de l’argent. Il rappelle que la semaine dernière, des payeurs ont été victimes de séquestration de la part des étudiants.

Les amicales d’étudiants doutent de la faisabilité de la bancarisation


Du coté des étudiants, le scepticisme est de mise. Certains d’entre eux doutent de la faisabilité du projet de réforme concernant le paiement des bourses. Pour le président de l’amicale des étudiants de la Faculté des Sciences et Techniques, une bancarisation efficace ferait l’affaire. Toutefois, M. Ndiongue estime que la faisabilité de cette bancarisation peut être problématique dans la mesure où les étudiants ignorent les modalités pratiques de la réforme. Et d’ajouter : « tout ce qui se fait sans nous, responsables des étudiants, se fait contre les étudiants ».

M. Ndiongue soutient en outre qu’il ne faut pas que l’Etat expose les banques aux foudres et à la fougue des étudiants. Pour rappel, la bancarisation a une fois été instaurée alors que Djibo Leyti Kâ était ministre de l’Education nationale. Un tel procédé fut abandonné à cause du saccage de la banque par les étudiants. Un retard de paiement était à l’origine de cet incident malheureux. En son temps, le paiement des bourses été confié au Centre des Œuvres Universitaires de Dakar(COUD) qui donnait aux étudiants les chèques. C’est dans un tel contexte qu’est née la Régie des bourses. Ressusciter un tel procédé n’est-il pas risqué quand on sait qu’entre temps, le nombre d’étudiants a triplé voire quadruplé ? Il est important aussi de rappeler les tensions et les violences qui caractérisent le paiement des bourses à l’UCAD.

Le président de l’Amicale des étudiants de la Fst a en outre martelé que « la régie est laissée à elle-même et son personnel est insuffisant ». L’Etudiant suggère à cet effet que l’Etat fasse des efforts en mettant plus de rigueur dans le processus de décaissement au niveau du Trésor Public. Se prononçant sur la corruption dans le système, M. Ndiongue tire sur les étudiants qui s’adonnent à de telles pratiques. Il estime à cet effet que les étudiants sont aussi fautifs que le payeur ou l’intermédiaire qui rend le service moyennant une somme. Et de conclure : « je me suis battu pour que cette corruption disparaisse dans l’espace universitaire ». C’est sous ce rapport qu’un étudiant sous couvert de l’anonymat a pointé du doigt certains payeurs qui, selon lui, demandent aux étudiants 5.000 ou 10.000 F Cfa avant de les payer. Cet étudiant de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, originaire de la région de Kolda, est très remonté contre les payeurs et les vigiles qui sont tous concernés. « Ça fait deux semaines que je cours derrière ma bourse et c’est sur cet argent que je compte pour voyager et pour aider mes parents une fois sur place », affirme-t-il avec un air triste et désolé.

La bancarisation des bourses : une alternative à la violence et aux bousculades

Au niveau de la Direction des Bourses, l’optimisme est de rigueur concernant la bancarisation. Les responsables de cette direction pensent que la bancarisation pourrait être une solution crédible face à la violence et les bousculades qui surviennent lors du paiement de bourses à l’UCAD. C’est dans cette optique que le nouveau Directeur des Bourses, Joseph Sarr, voit la bancarisation comme une solution qui va être une alternative au fonctionnement de la Régie des bourses. A son avis, la manière de gérer les bourses peut être améliorée. Et d’ajouter : « la gestion des bourses est très manuelle. Heureusement, l’argent ne transite pas par la Direction des bourses. Nous ne gérons que des papiers ».

M. Sarr soutient en plus que la bancarisation permettra de gérer les annulations. Et le Directeur des Bourses de préciser que les annulations consiste à retirer les noms des étudiants sur les états des bourses, à savoir les étudiants partis à l’étranger, ceux qui sont décédés ou recrutés dans la fonction publique. Avec la bancarisation, personne ne pourra retirer la bourse des ces étudiants qui n’en ont plus droit , à en croire d’ailleurs M. Sarr. Le Professeur Sarr pense également que cette réforme permettra de régler la question de la fraude dans l’acquisition de la bourse et d’instaurer en même temps de manière définitive la transparence au niveau du système. C’est sous ce registre qu’il a soutenu que le logiciel qui doit permettre de gérer la bancarisation existe déjà et il ne reste qu’à rencontrer le Directeur Général des Finances pour les modalités pratiques. Selon le Directeur des Bourses, l’objectif de la bancarisation est d’impulser une nouvelle manière de faire tout en instaurant un climat de confiance entre la Direction des bourses et les étudiants. Car les rapports entre le personnel de la Direction et les étudiants sont très souvent tendus, constate t-il. Et de reconnaître que « les agents de la Direction ne sont pas des fois très conviviaux et corrects avec les étudiants ». Ce professeur de Sciences et ancien assesseur de la Faculté des Sciences et Techniques, Joseph Sarr, pense que les agents doivent apprendre à écouter et à respecter les étudiants.

Toutefois, il est légitime de se poser la question de savoir est-ce que la banque pourra payer tous les boursiers en même temps ? Face à cette interrogation, le Directeur des Bourses pense que si on installait des guichets automatiques (gab) qui fonctionnent 24 h sur 24, le problème serait réglé, en tout cas à moitié. Et si le processus arrive à son terme, l’espace universitaire en serait pacifié. Ainsi, on en finirait avec les scènes de violence et les barricades des étudiants, en cas de retards de paiement des bourses.

ENCADRE

HENRY RICHARD NDONG, PRÉSIDENT DE LA COMMISSION SOCIALE DE L’AMICALE DES ÉTUDIANTS DE LA FSJP

"La bancarisation est un frein au clientélisme politique des autorités"

Implication des étudiants dans le projet de réforme

L’amicale n’a pas été impliquée par rapport à la bancarisation. Il n’y a pas eu de réunion encore moins de séminaire. La bancarisation est une bonne initiative mais le procédé est à déplorer. Les autorités devaient en amont impliquer les étudiants par le biais des amicales. Faire des appels d’offre pour la banque, c’est bien mais est-ce que cela pourra permettre de payer de manière efficiente les étudiants sans heurts. Il faudrait, à mon sens, associer les étudiants sous forme de séminaire.

Ce sont les autorités qui ne veulent pas de la bancarisation, pas les étudiants.


L’idée de bancariser le paiement des bourses est une bonne chose mais ce sont les autorités qui ne veulent pas de la bancarisation. Celle-ci est un obstacle à la question du social. Les autorités qui interviennent dans les bourses ont beaucoup d’avantages car elles en profitaient pour faire du social en aidant ou favorisant des amis, parents ou militants du même parti. Donc, bancariser les bourses reviendrait à faire perdre à ces autorités de telles faveurs. L’ancien système permettait de satisfaire le clientélisme politique. L’ancien Directeur des bourses récupérait chaque année 40 trousses d’un montant de 1.000.000 F Cfa à la faculté de Médecine, précisément au département d’odontologie. Le Directeur était complice avec de hauts responsables de l’Etat dont il aidait leurs enfants en les dotant de bourses nationales ou étrangères.

Mafia dans la gestion des bourses

Il y a une véritable mafia dans la gestion des bourses allant de la direction des bourses en passant par la régie et les payeurs. Et l’Etat a une part de responsabilité par rapport à cette situation Au niveau de la régie des bourses, chaque payeur a un intermédiaire qui récupère des cartes d’étudiants. Il doit appliquer le principe de la spécialité budgétaire pour que les ressources allouées aux bourses ne soient pas utilisées dans d’autres secteurs. La banque n’acceptera pas d’être un éternel débiteur. Nous sommes pour cette bancarisation contrairement à une idée véhiculée par les autorités qui disent que ce sont les étudiants qui font obstacle à cette réforme. Nous préférons plus que la violence à l’Ucad soit définitivement réglée que les avantages liés à l’ancien système. Nous sommes pour un campus apaisé.



Source : Sudonline.sn

Mardi 21 Septembre 2010 - 08:57



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