contenu de la page



Boursine Koumba Ndoffène Famak, le lion du Sine (23 ans de règne, 1847-1870)



Issu de la lignée de Semou Djiké Diouf, fils de Souka Ndela et de Linguère Gnilane Diogoye Diouf, Koumba Ndoffène Diouf est sans doute le plus illustre et le plus grand des rois du Sine.



Boursine Koumba Ndoffène Famak, le lion du Sine (23 ans de règne, 1847-1870)
Parmi les 16 garçons de Semou Djiké, Biram Baro qui, marié à Ndela fut père de Souka Ndela lequel épousa Gnilane Diogoye Diouf et de cette union est né le roi Koumba Ndoffène Famak. Il succède à Amadiouf Gnilane Faye Diouf en 1847. Son règne fut glorieux et a été marqué par la grande victoire de Somb, sur Maba et ses armées coalisées. En 1859, se situe « l’incident de Logandème (Fatick) », qui opposa Pinet-Laprade aux guerriers de Koumba Ndoffène Diouf. Pinet-Laprade était installé à Atoff et Koumba Ndoffène à Logandème, sous un baobab. Les coups de canon tirés par les Français firent tomber une grosse branche du baobab qui, dans sa chute, tua un des adjoints de Koumba Ndoffène, Ndam Sanou, et en blessa grièvement un autre, Diakhaté, lequel mourra par suite de sa blessure. Lorsque Koumba Ndoffène apprit la nouvelle, il réunit son armée et interrogea les chefs : « devons-nous continuer le combat contre un ennemi que nous ne voyons même pas, alors que le tir de nos fusils ne pourra pas atteindre l’ennemi ? » Le grand Diaraf laissa le choix au roi seul. Celui-ci proposa alors de tenter un arrangement avec un ennemi bien supérieur en armes. Koumba Ndoffène décida donc d’envoyer deux émissaires pour négocier avec les Français. On réussit ainsi à conclure une paix solide, et Koumba Ndoffène devint alors l’ami des Français. Pinet-Laprade établit une sorte de protectorat sur un Sine soumis où les commerçants s’installeront plus nombreux, à Silif, Fatick, Nonane et N’Dangâne, en payant les coutumes prévues au Buur-Sine.

La surprise de Keur Ngor

Le grand combat qui opposa Koumba Ndoffène aux troupes de Maba, à Somb, fut précédé par une attaque-surprise du Sine, alors que le roi se trouvait à Keur Ngor, près de Dielem.

Aux premiers jours de la traite, 200 adolescents, qui avaient été circoncis à Somb Nomad, devaient venir danser pour le roi à l’occasion de la fin de leur initiation. Or leur “jour” coïncida avec le jour où le roi devait se rendre à Dielem pour y assister à des funérailles célébrées en l’honneur d’un captif, nommé Dyé Tyass. Il avait fixé rendez-vous aux jeunes circoncis à Keur Ngor, près de Dielem, où ils devaient danser. Le soir, Koumba Ndoffène alla à la rencontre des nouveaux circoncis et l’on passa toute la nuit à fêter et à danser. À l’aube, Yacine Ndiaye, une captive, partit puiser de l’eau au puits voisin de Diam Sarr (situé entre Keur Ngor, Diekna Tagdiam et Apinde Maroutte), escortée par deux cavaliers. Ils virent de nombreux cavaliers à proximité du puits, en train de prier.

Surpris par l’importance de la troupe répartie sur une longueur de 300 m, on ordonna à Yacine de rentrer immédiatement et l’un des cavaliers se hâta d’aller prévenir le roi et lui dit qu’il y aurait une “surprise”, car beaucoup de cavaliers étrangers se trouvaient tout près de là. Un des fils de Ngor Ndiaye, Sedar Ndiamané Ndiaye, accompagné par un de ses frères, furent chargés d’aller vérifier si l’armée était toujours au même endroit. Ils arrivèrent vers la fin de la prière et furent aperçus. On tira sur eux et le frère de Sedar fut tué. Sedar retourna alors pour conseiller à Koumba Ndoffène de s’éloigner. Le roi suivit ce conseil et monta sur son cheval, Péré ; il partit, accompagné par Ndiak Latdjiguène Ndiaye, grand guerrier, et Amamalik Kod Diop, tous deux captifs de la couronne. Quittant Keur Ngor, ils passèrent devant le fétiche Samba Wura (non loin de Keur Ngor), puis firent cesser les cérémonies de funérailles à Mbayakh Dielem, à leur passage. Ils continuèrent vers Mbotil, puis Djirol et parvinrent à Ngapa Diakhâo où Ndiak Latdjiguène, aidé par les gens de Ngoulanguème-Diakhâo, organisa la résistance. Lat-Dior pourchassa le roi et incendia tous les villages qu’il traversa.

Il n’est pas vrai que Koumba Ndoffène a été escorté, au cours de sa retraite, par 30 cavaliers et qu’il partit à Ndoyombout pour s’y réfugier, comme le prétendent certaines traditions. Deux cavaliers seulement accompagnèrent le roi qui, de toute façon, n’a pas pu aller à Ndoyombout, car il était interdit, sous peine de mort, à un souverain du Sine de voir seulement les arbres de Ndoyombout, après son couronnement. À Ngapa Diakhâo, le heurt de la cavalerie de Lat-Dior et des gens de Sine dura plusieurs heures, pendant lesquelles on avait fait battre les Dioung-Dioung du Sine (tam-tam de guerre) et alerté ainsi tout le Sine qui vint en renfort. Lat-Dior ne put donc faire son entrée à Diakhâo, comme il l’avait voulu, d’autant plus que les partisans de Latdjiguène augmentaient sans cesse. Il dut bientôt se replier et, au cours de sa retraite, il vint à passer devant le fétiche royal, nommé Sane, où une multitude innombrable d’abeilles fondit sur ses chevaux et ses cavaliers, ce qui entraîna l’élimination de beaucoup de ses hommes. Quand les soldats valides de Lat-Dior eurent réussi à se camoufler dans les taillis avoisinants, ils furent encerclés par les gens du Sine qui mirent le feu à cette broussaille. Mais Lat-Dior parvint à faire une brèche du côté de l’est et continua son repli. Il traversa ainsi Tioupane, résidence de la reine-mère, où il captura plusieurs grandes personnalités du Sine : Amad Said Ndiaye, Fatma Thioub, et Selbé Diouf, la fille de Koumba Ndoffène. Il continua alors son chemin vers le Saloum pour y rejoindre Maba.

Il n’est pas vrai non plus que Woula Sanou et Ndam Sanou sont morts au cours de ces événements. En effet, Woula Sanou est mort 8 ans après Koumba Ndoffène et a combattu aux côtés du successeur de Koumba Ndoffène, Sanou Mone Faye, contre son rival Semou Mak Diouf, au cours des guerres civiles qui suivirent la mort de Koumba Ndoffène. Quant à Ndam Sanou, on sait qu’il est mort à Logandème-Fatick, lors de la canonnade des troupes de Pinet-Laprade. Les guerriers du Rip n’ont pas pu avoir une vision globale du combat, car ils étaient divisés en trois groupes : le premier s’est dirigé sur Tagdiam, où il s’est heurté aux hommes de Boukar Ngoné, de Buur Mbouma et de Woula Sanou, Buur Poukham ; le deuxième, commandé par Abdou Ba, combattit vers Mône, Felan et Djilassem ; le troisième, sous les ordres de Lat-Dior, fut repoussé comme les deux autres le jour même de l’attaque et tous durent quitter le Sine.

Koumba Ndoffène ne participa pas au combat. Arrivée à Diakhâo, il se retira à Ndoffane Nomad pour y préparer une résistance qu’il estimait plus difficile.
Huttes à Diakho (capital du Sine)
Huttes à Diakho (capital du Sine)

La bataille de Fandane-Thiouthioune : appelée « bataille de Somb »

Quelques mois après la première attaque du Sine par les guerriers de Maba, l’armée de l’Almamy du Rip pénétra à nouveau dans le Sine par le sud-est. Vers le coucher du soleil, des éclaireurs chargés de surveiller les frontières aperçurent aux abords du marigot nommé Sambane la troupe du marabout qui y passait la nuit. Ils avertirent aussitôt les deux Ardo (chefs des Peul) de Kora et de Tongo, qui allèrent à leur tour vérifier les faits. Ils amenèrent avec eux beaucoup de lait pour le marabout et furent reçus par celui-ci. Ils lui dirent qu’ils l’attendaient avec impatience, et que tous les Peulhs et les Toucouleurs du Sine et des environs seraient pour lui dans le combat qu’il mènerait contre les malfaiteurs du Buur Kumba Ndoffène. Ils conseillèrent à Maba d’attendre le chant du coq pour se diriger vers Ndoffane Nomad. Les Ardo prirent alors congé de Maba, mais au lieu de regagner leurs domiciles respectifs, ils allèrent immédiatement rendre compte au Buur-Sine de toute leur entrevue. Ce dernier put alors se préparer et fit avertir les gens de Thiouthioune en envoyant des émissaires auprès d’Amad Ngoné Thiouthioune (le jeune frère de son père) pour lui rappeler qu’il gardait précieusement le fusil que les Saltigui avaient préparé et avec lequel il devait tirer le premier coup de fusil sur Maba. Le père de Buur envoya ensuite son fils aîné, Semou Galo Diouf et son neveu, Mbagne Somb Faye, vers Sambane où ils partirent sous la pluie et arrivèrent à l’aube. Postés à la lisière du bois, ils ouvrirent le feu sur l’armée de Maba. Ces deux guerriers combattaient tous seuls, avec leurs griots derrière eux. Leurs tirs de flanquement poussèrent Maba à les poursuivre jusqu’à Somb où une forte résistance avait été préparée.

Maba réussit toutefois à passer et atteignit Thiouthioune, le village de Amad Ngoné où Buur Semou Galo, Gniba Dior Diouf, Madior Latdjigué, Biram Diouf attendaient l’attaque. Le combat eut lieu entre Somb et Thiouthioune et dura les trois quarts de la matinée. Vers midi, un Saltigui, nommé Laba Boof, qui avait promis au Buur-Sine qu’il ferait tomber la pluie et qu’il survolerait l’armée de Maba, tint parole : une grande pluie s’abattit sur le champ de bataille. Surpris, les guerriers de Maba pénétrèrent dans les taillis qui entouraient l’étang de Fandane. C’est à ce moment que Koumba Ndoffène, mis au courant du stratagème de Maba, quitta Ndoffane Nomad, avec son armée et se dirigea vers Fandane. Avant son arrivée, Lat-Dior et Alboury s’étaient retirés du combat ; au moment de Tisbâr (prière de 2 heures de l’après-midi), ils allèrent voir Maba pour lui faire part de leur inquiétude quant à l’issue du combat, car on avait lutté depuis le matin sans emporter la décision alors que les Dioung-Dioung n’avaient même pas encore résonné. Ils conclurent que les armées du Sine étaient trop fortes et laissèrent Maba poursuivre le combat.

Arrivé peu après la désertion de Lat-Dior et d’Alboury, Koumba Ndoffène se plaça sous un grand baobab où il fit son serment de ne pas laisser Maba repartir vivant. Maba était encerclé : à l’est, par les gens de Buumy Somb, au sud par les hommes du grand Diaraf, au nord-est par les guerriers de Buur Patar, au nord par ceux de Sandigué Ndiob, à l’ouest, au nord-ouest et au sud-ouest par l’armée du Sine proprement dite groupant les soldats de Lam Diafadj, de Buur Ngohé, de Buur Diarère, de Buur Mbouma de Buur Mbadatte, du grand Farba et des petits Farba, ainsi que tous les autres hommes de troupe. Après avoir prêté ce serment, une fusillade nourrie éclata au cours de laquelle Buur-Sine, qui était sur son cheval Massamba, fut touché au poignet par un tireur placé sur un arbre. Makhoukhédia Ngoné, le jeune frère de Boukar Ngoné qui avait été tué à Keur Ngor, éperonna son cheval “Boudedioté” et chargea Maba. Lorsque Koumba Ndoffène arriva avec ses hommes, il vit les deux hommes, sous un arbre nommé Wen en wolof, enlacés, les bras autour du cou, morts tous deux.

Le corps de Maba fut coupé en morceaux. C’est Makhoukhédia que l’on enterra à cette place même que l’on considère à tort comme la tombe de Maba. Les morceaux du corps de Maba furent emmenés et enterrés à travers tout le Sine, à Felir, Samba Toude, Ndialgué et vers Thiamassas. La peau qui servait de tapis de prière au marabout et son Coran restèrent au Sine.

Au moment de la mort de Maba certains de ses soldats vivaient encore et continuaient la lutte sur le front nord entre le secteur de Buur Patar et de Sandigué Ndiob. La plupart d’entre eux furent capturés comme Mama Gallo et un nommé Bayeting Ba qui fondera Djilassem-Mbayène. Mama Gallo fut libéré deux jours après la victoire du Sine pour aller raconter les événements dans son pays.
Quant au cheval de Maba “Repe Ndao”, il resta la propriété de Buur Patar. Aujourd’hui encore les chants populaires du Sine célèbrent cette grande victoire de Koumba Ndoffène.

La fin de Koumba Ndoffène fut malheureuse : un jour qu’il était allé à Joal et qu’il avait bu, un métis qui avait préparé son côtre pour s’enfuir le plus vite possible, tira de son embarcation sur le Buur qui mourra de ce coup de fusil, à son retour à Diakhâo.

Sa succession fut difficile, mais Sanou Mône Faye réputé le prince sanguinaire et cruel finit par prendre le dessus sur son neveu Semou Mak Diouf et accéda au trône.

A.D - PiccMi.Com

Vendredi 12 Novembre 2010 - 13:49



Réagissez à cet Article

1.Posté par semdjicke le 15/11/2010 12:56

Merci pour ce bel article sur cet illustre roi du sine.
juste une précision, ce n'est pas Boursine Koumba Ndoffène Famak qui est sur la photo mais Boursine Koumba Ndoffène Fa ndep. "Famak" veut dire le grand et "fandep" veut dire le petit. Ce dernier est mort en 1923

2.Posté par Wagane le 19/11/2010 22:15

Ah c'est vrai un bon job ke vous fetes la, chapo en tt cas, bonne continuation fetes le tour du senegal o complet notre histoire ne doit po mourir, elle a besoin de gars comme vous lol

3.Posté par Tam le 20/09/2011 07:05

Amazing.Serer history.

4.Posté par amadou makha diouf le 18/10/2011 18:57

a vraiment mon grand pére est le lass

5.Posté par bour sine le 07/07/2014 21:30

on est en semble mes fréres

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.










TWITTER
SENEGAL | VIDEO - Thierno Madani Tall reçu par le Khalif des Mourides;Cheikh... | PICCMI https://t.co/pZwHZX5tnN https://t.co/17iabZTm9w
SENEGAL | BARTHELEMY DIAS S’EXPLIQUE, CE MARDI: A peine installée en début de... | PICCMI https://t.co/PqwpvrLqp9 https://t.co/0m6JyAU8g7
SENEGAL | HAUT CONSEIL DES COLLECTIVITES TERRITORIALES: TANOR, LES MAINS LIEES:... | PICCMI https://t.co/VV2cQjULaT https://t.co/wZIfpUWEEU
SENEGAL | MISSIONS DE PAIX DE L’ONU : LE SÉNÉGAL POUR UN RÉAJUSTEMENT DES... | PICCMI https://t.co/XvLaiZPAoG https://t.co/ldK6JzK6UL
SENEGAL | Panne de la chaloupe en pleine mer : GOREE ECHAPPE AU NAUFRAGE -... | PICCMI https://t.co/zLHP61XGsN https://t.co/p0MCryEI5l
SENEGAL | 114ème Gamou de Pire : El Hadj Moustapha Cissé relève les pires tares... | PICCMI https://t.co/7nH27hDgM9 https://t.co/MS9UMT9Fsz
SENEGAL | COMMÉMORATION DU CINQUANTENAIRE DU 1ER FESTIVAL MONDIAL DES ARTS... | PICCMI https://t.co/0jJd7Jvgam https://t.co/LQcWO2wsb9
SENEGAL | LIGUE 1 : LE STADE DE MBOUR BATTU (0-1) À DOMICILE PAR GORÉE: Le... | PICCMI https://t.co/T3em6qhkEf https://t.co/YKWg3zF3PS
SENEGAL | LIGUE 2 : LE DUC PREMIER LEADER: Le Dakar université club (DUC) a... | PICCMI https://t.co/PwvMrdrPEi https://t.co/kro3wWWdsa
SENEGAL | SAHARA OCCIDENTAL : MOHAMMED VI SALUE "LE SOUTIEN INÉBRANLABLE" DE... | PICCMI https://t.co/Gsk6y8uRpW https://t.co/RX7Nzf7CN9