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CARNET DE ROUTE DAKAR, FARAFEGNE, SENOBA, KOLDA, DIAOBE, TAMBA, DAKAR : 1375 kilomètres…chrono



Voyager la nuit a quelque chose de bon. Même si on court de gros risques d’avoir un accident de la circulation. Surtout si on doit parcourir les 670 kilomètres séparant Dakar et Kolda. On grignote facilement les kilomètres sans suer ou inhaler la fumée des pots d’échappement. Traverser Dakar à 2 heures du matin est plaisant. L’autoroute est fluide. L’autoroute à péage désert. Rufisque et ses calèches dorment. Diamniadio et ses vendeuses profitent d’un sommeil réparateur. La turbulente Mbour s’entoure du voile de pudeur en cette période de ramadan. Et la grouillante Kaolack commence à retrouver ses activités. On est à l’aube. Le muezzin appelle à la prière et l’on s’empresse de manger le dernier repas avant d’affronter une longue journée de diète. Quelques kilomètres plus loin, Keur Ayib finit de se réveiller. La police des frontières contrôle les pièces d’identité avant de laisser les passagers fouler le sol Gambien. Les occupants du «7 places» en profitent pour se soulager, moyennant 25 ou 50 FCFA suivant le besoin, dans une toilette crasseuse, tenu par une jeune fille d’à peine 19 ans. Quelques secondes de trajet et bonjour la Gambie. Avec ses contrôles à n’en plus finir. Ses tracasseries (policières, douanières et militaires). Ses nids de poule. Sa route cabossée, quasi-impraticable et dépourvue de goudron. Et son bac de Farafenni lent, qui transporte passagers et voitures vers l’autre versant du fleuve Gambie moyennant 300 F CFA. Encore quelques kilomètres de rodéo avant d’arriver à Sénoba, l’autre frontière de la Gambie avec le Sénégal. C’est le sud du pays.



CARNET DE ROUTE DAKAR, FARAFEGNE, SENOBA, KOLDA, DIAOBE, TAMBA, DAKAR : 1375 kilomètres…chrono
La végétation se densifie kilomètre après kilomètre. Un check-point au milieu de la route tenu par des commandos de l’armée, M16 en main, casques composites bien vissés sur la tête, renseignent qu’on est dans une zone peu sûr, mais sous contrôle militaire. Au croisement de Diaroumé, il faut quitter la route de Ziguinchor pour arpenter la route nationale numéro 6. La zone est d’une beauté rare. De la verdure, rien que de la verdure. Des champs de maïs, de mil, d’arachide, de coton, des rizières, des rivières… à perte de vue. Il en est ainsi jusqu’à Kolda. Terminus. Il faut prendre un autre véhicule (un 7 places pour être plus rapide) pour aller à Diaobé distant de 87 Km. La route est très dangereuse du fait des braquages qui y sont monnaie courante. Au point que le Gouverneur de la région a pris un arrêté interidant de rouler sur ce tronçon à partir de 19 heures. A Dabo, un autre check-point de l’armée est érigé. Il faut montrer sa pièce d’identité pour évoluer. Une dame de l’ethnie socé, qui n’avait pas sa pièce d’identité et qui a refusé de parler une autre langue que la sienne de se faire savonner par un soldat du corps des commandos, reconnaissable par son treillis camouflé. «Je suis baïnouk. Vous êtes Socé. Si je campe sur ma position, refusant de parler une autre langue que la mienne comme vous le faites, nous ne nous entendrons jamais. Vous allez rester ici et vous allez retarder les autres passagers. Lorsqu’on est dans un pays où la majorité parle une langue, il faut essayer de comprendre cette langue. Ce que nous faisons, c’est pour votre sécurité. Mais camper sur votre position alors que vous êtes dans l’erreur, ce n’est pas bon», dit-il à la dame restée de marbre. A-t-elle compris ce que le soldat lui a dit. Personne ne sait.

De la cosmopolite localité de Diaobé, il faut encore prendre un autre moyen de locomotion (un bus cette fois-ci) pour parcourir les quelques 600 kilomètres qui la sépare de Dakar via Tamba. Le top de départ est donné à 16 heures. Il faut rouler toute la nuit, avec tout ce que cela comporte encore comme risques. Les crevasses et l’exigüité des routes, conjugués à l’indiscipline des chauffeurs, finissent par avoir le dessus sur notre imposant bus.

A l’entrée de Fatick, à l’aube du 26 août, un camion malien roulant en sens inverse, déboule, tous phares allumés. La pluie réduit la visibilité. Ebloui, notre chauffeur donne un coup de volant, obligé qu’il est de quitter la route pour éviter un choc frontal. Le film des évènements tourne comme avec l’avance rapide. Le chauffeur perd le contrôle de ce mastodonte et le range avec fracas sur le bas côté. Les roues de la voiture se retrouve en l’air. C’est le réveil dans le bus. Un réveil brutal. Les 70 passagers et les bagages se mélangent. Certains sont extirpés de leur sommeil. D’autres sont passés du sommeil à l’évanouissement, assommés qu’ils sont par le choc. Des cris de détresse fusent de partout. Mais heureusement pour tout le mode, il y a eu plus de peur que mal. Pas de mort, justes 15 blessés. C’est la fin du voyage. Du moins pour le car. Le reste du trajet se fera dans la douleur et la tension, oubliant de constater si l’autoroute est fluide, ou encore si l’autoroute à péage est déserte. Sans même remarquer si Rufisque et ses calèches sont réveillés, ou si Diamniadio a ses vendeuses. Mais les klaxons des voiture et la pollution de l’air nous informent qu’on est rentré à Dakar.


Daouda Mine | L'Obs

Vendredi 17 Septembre 2010 - 18:15



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