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CHRONIQUE DU VENDREDI : Réflexion sur le mariage mixte en Islam





CHRONIQUE DU VENDREDI : Réflexion sur le mariage mixte en Islam
Il convient dans un premier temps de bien connaître l’histoire de l’islam et de se replonger dans le contexte qui l’a vu inscrire dans sa jurisprudence l’autorisation pour les hommes musulmans d’épouser des femmes issues d’autres communautés que le Coran nomme gens du livre (chrétiennes et juives), et l’interdiction pour les femmes musulmanes d’épouser un homme autre que musulman. Avant donc d’accourir à faire des extrapolations sentimentalistes et condescendantes --qui sont caractéristiques da la mentalité moderne--, il faut savoir situer les contours et les fondements de cette règle plus que millénaire, toujours en cours dans la majorité des pays musulmans.

Il n’existe nul doute de nos jours, que dans une société arabe préislamique intégralement polygame et patriarcale, où les femmes étaient marginalisées et privées de leurs droits les plus fondamentaux, que l’avènement de l’islam fût réellement une révolution positive pour les femmes, que nul historien ne saurait contester de nos jours (1). Les différents versets descendus à l’issu de la révélation coranique, furent autant de parcelles de droit qui une fois imbriquées avec d’autres ont créé un « contexte sociétal » et une assise législative qui ont parfaitement bien protégé les droits de la femme sur tout les plans (spirituel et matériel), durant des siècles et notamment pendant l’âge d’or de l’islam.

Il convient également de signaler ici que le modèle civilisationnel islamique à la différence du droit moderne, tire son inspiration entièrement de principes supérieurs (Coran et Sunnah) qui sur le plan spirituel sont immuables quelque soit le temps ou l’espace géographique. Le problème de la civilisation arabo-musulmane notamment depuis le début de sa décadence, se situe au niveau des contingences, dans la mesure ou ce sont les applications malheureuses et les mauvaises interprétations de la Loi, ainsi que l’incapacité de ses dignitaires et savants à penser l’islam à travers le changement (en adaptant l’arsenal théologico-juridique aux subtilités de leur époque sans trahir l’esprit de la révélation), qui ont noirci le tableau des sociétés musulmanes et par là aussi de l’islam, donnant progressivement l’image d’une religion régressive et discriminatoire.

Pour bien comprendre les montages juridico-sociaux des sociétés musulmanes il faut avoir constamment à l’esprit que comme toute religion du salut, l’islam prône la prépondérance du « spirituel » sur le « matériel », celle du sacré sur le profane. Que si cette axiomatique a disparu depuis des siècles des sociétés occidentales dominées largement aujourd’hui par le matérialisme et l'idéologie laïco-scientiste, en terre d’islam elle reste vivace et encore d’actualité, tant qu’il y aura des âmes qui n’élèveront pas l’individualisme jouisseur et le consumérisme outrancier au rang de croyance religieuse. Ainsi concernant la définition même du mariage en Islam, il convient de mentionner aussi la primauté que tient l’aspect spirituel de l’union sur l’aspect sentimental ou matériel --c’est deux là sont toujours solidaires et indissociables--, et sont les principaux critères que retient l’union moderne. D’où l’importance ici de savoir sur quel terrain l’on se situe à l’heure de rentrer dans le fond de la question et de quoi parle-t-on exactement ; de quel type de mariage ?

A partir de tout ce qui vient d’être dit, et pour résumer sommairement, il est essentiel avant d’émettre des jugements et de décontextualiser tout azimut, de toujours replacer les lois propres à une tradition religieuse dans le contexte historique et social qui a favorisé leur promulgation. Il faut également avoir constamment à l’esprit, que les fondements d’une civilisation traditionnelle ou religieuse, n’ont rien à avoir avec celles du monde moderne. L’une est régie par des principes dont le fond, les contours et les spécificités sont d’une finalité verticale, l’autre sont des dispositions législatives horizontales en perpétuel changement (3), créées de toute pièce par l’homme pour rendre culte à l'Homme, en ayant uniquement comme finalité : son bien être matériel et sentimental. Elles ne sont dans la majorité des cas que des conceptions « pseudo-éthiques » et temporelles qui puisent l’essentiel de leur substance juridique dans les quelques résidus moraux hérités des Lumières ou d’un christianisme finissant, dans le contexte pragmatique moderne ou s'adaptant constamment aux logiques du libéralisme-libertaire comme c’est souvent le cas de nos jours depuis la ruine du socialisme et l’avènement du Nouvel Ordre Mondial. D’où leur caractère éphémère et vide de sens dès qu'ils ne sont plus en phase avec les aspirations du temps ou de la mentalité moderne (4).

Maintenant, pour ce qui est de la question posée plus haut, à savoir « la validité du point de vue de l’islam d'un mariage entre une femme musulmane et un homme non musulman ? », tout les écoles théologico-légales sont fermes là dessus : ce type d’union est considéré comme « haram » (illicite) tant que l’homme en question ne se sera pas converti à l’islam (5).
Concernant l’explication retenue par la tradition islamique quant à cette autorisation des hommes, et non des femmes, d’épouser des femmes juives ou chrétiennes, celle-ci s’articule sur trois points cardinaux que sont :

- Premièrement, le mariage est considéré en Islam, et dans les civilisations traditionnelles par extension, comme une institution particulièrement importante et sacrée, qui en plus d’être basée sur les sentiments réciproques ou l’attirance entre les deux êtres, doit aussi assurer une harmonie, un équilibre au sein du couple. Cet équilibre, dont on doit retrouver l’écho à travers le respect des croyances de chacun, est la base indispensable pour garantir un mariage stable à long terme. La non-reconnaissance de la foi de son époux (se) dans les mariages d’autrefois, fragilisait de façon irrémédiable la confiance et le respect mutuel sur lesquelles serait fondée cette union. Mais comment faire comprendre ce point à une génération d’hommes et de femmes qui placent les sentiments au dessus de tout et ne voit dans le « rite » ou la tradition religieuse que des limitations castratrices de leur désirs et instincts les plus bas ?

- Deuxièmement, dans un mariage musulman, le spirituel doit primer sur le profane, c'est-à-dire que dans le cas du mariage d’un homme avec une femme appartenant à la catégorie des « gens du livre », la religion de l’épouse quoi qu’il arrive sera toujours reconnue, Moïse et Jésus (PBSE) tenant une grande place en Islam en tant que grands prophètes envoyés par Dieu. Or dans le cas contraire, l’islam et son prophète ne seront pas reconnu par le chef de famille, car ni le christianisme ni le judaïsme ne reconnaissent le message du prophète Muhammad (PBSL). Comment vivre une union paisible, respectable et transmettre un héritage spirituel valide à sa progéniture si du point de vue doctrinal il y a mésentente sur les principes et une grande divergence de fond ?

- Enfin, il existe une spécificité dans l’organisation même de la famille en Islam qui est une caractéristique des sociétés patriarcales, au sein desquelles le mari a le devoir et l’obligation de subvenir aux besoins de sa famille à l'inverse de la femme. L’islam ajoute donc par le biais de la jurisprudence islamique (chariah), pour protéger et mettre à l’abri financièrement la femme, la non obligation de cette dernière de travailler pour subvenir aux besoins de la famille ou ses propres besoins, qu’elle soit riche ou non, puisque cette tache revient à l’homme. En dehors de la Ummah, l’épouse peut donc d’une certaines façons se retrouver en situation de dépendance matérielle et surtout morale vis-à-vis d’un mari non musulman. Cette règle n’étant plus trop valide de nos jours en raison de l’émancipation contemporaine des femmes et du fait qu’en Occident, qui est le foyer qui abrite le plus souvent le type d’unions mixtes dont il est question ici, la plupart des femmes travaillent et participent à la gestion matérielle du foyer (6).

Pour clore cette réflexion, il est donc important de savoir avant de s’engager dans une union quels en sont les buts et finalités ainsi que les moyens mis en avant pour les atteindre. L’homme par nature s’enracine dans le contexte et subit de force l’environnement dans lequel il évolue. Au fil du temps et de l’âge, et à défaut de convictions religieuses fermes, l’appel des racines primaires et de la coutume de ses ancêtres se font de plus en plus ressentir en lui. Et dans un mariage laïc fondé exclusivement sur les sentiments, qui ne se soucie guère à l’origine de la religion, ou que partiellement (par la bouche ou les promesses), les principaux conflits éclatent une fois la phase passionnelle du mariage passée et les premiers enfants venus au monde. C’est là en général --et il s’agit d’un fait sociologique avéré-- que l’on se découvre subitement un nouveau sens à sa vie et un désir intime de retour à sa religion d’origine, et où les grandes divergences idéologique apparaissent au grand jour au sein du couple surtout quant à la façon d'éduquer les enfants.

Enfin, l’examen de cette question nous renvoi systématiquement à une autre plus enveloppante qui est de savoir s’il faut résolument adapter la religion à la modernité pour plaire aux autres et se donner l'apparence d'être en phase avec son époque en s'abaissant toujours à satisfaire les exigences de cette dernière (se qui est de l'ordre du complexe mental et un flagrant déficit d'estime de soi), ou faut-il plutôt réindexer sa manière de pensée en tenant compte des principes spirituels qui eux sont immuables quelque soit le temps ou l’espace ? Mais là, il s’agit d’un autre débat dont les contours ne peuvent être développés ici sans sortir du sujet, et dont nos lecteurs les plus réguliers savent du moins ce que nous on pensons si nous venons un jour à le développer amplement...

Par Lionel. J (Islam de France)


Vendredi 8 Août 2014 - 12:24



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