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Cardinal Theodore Adrien Sarr, Archevêque de Dakar : « Bâtir une société sénégalaise qui s’appuie sur l’éthique et la morale »



A la veille du pèlerinage de Poponguine, le Cardinal Théodore Adrien Sarr, patron de l’Eglise, évoque les grands défis de la communauté chrétienne, mais aussi ceux qui se posent à la société sénégalaise.



Cardinal Theodore Adrien Sarr, Archevêque de Dakar : « Bâtir une société sénégalaise qui s’appuie sur l’éthique et la morale »
Mgr Théodore Adrien Sarr, vous avez récemment lancé un message de mobilisation sur la route de Popenguine 2012. Le thème de cette année appelle à l’unité, «que tous soient un» (Jn 17, 21). On peut dire qu’il est d’une grande actualité, après la récente élection présidentielle et les troubles survenus ?

Je précise que nous n’avons pas choisi ce thème en fonction de l’actualité politique du Sénégal. Le thème que nous adoptons, chaque année, pour le pèlerinage Marial de Popenguine, est tiré de l’actualité de l’Eglise. C’est le comité national du pèlerinage qui réfléchit et nous propose 2 ou 3 thèmes. Si nous avons retenu ce thème de l’unité des chrétiens à partir de la prière de Jésus avant sa passion et sa mort, c’est parce que l’unité est toujours d’actualité. Jésus Lui-même, juste avant de mourir, a adressé à Dieu son père cette prière : «Père, faites que tous ceux qui croiront en moi soient un. Ils doivent être un comme toi et moi afin que le monde croie». L’unité des chrétiens est une nécessité dans l’Eglise. Dans chaque famille chrétienne, dans chaque paroisse et diocèse, nous luttons pour que les chrétiens communiquent et vivent dans la communion et l’unité. Dimanche dernier, j’étais à la paroisse Saint-Paul de Grand-Yoff où j’ai rappelé que la vie chrétienne repose sur plusieurs piliers. J’en ai cité trois. Le premier est la prière, car le chrétien doit être un homme de prière s’il veut vivre une vie chrétienne authentique. Le deuxième pilier repose sur l’amour. Notre religion est basée sur l’amour parce qu’elle consiste à aimer Dieu et à aimer son prochain. Le troisième pilier, c’est l’unité qui rappelant cette prière du Christ «que tous soit un».

Depuis longtemps, le Saint Siège a proposé que nous puissions vivre, durant le mois de janvier, une semaine de prière pour l’unité des chrétiens avec nos frères protestants, orthodoxes et anglicans. Nous avons conscience que le fait que les disciples de Jésus-Christ soient séparés en plusieurs églises n’est pas le meilleur témoignage que nous devons donner au monde. Bref, pour nous, l’unité est aussi nécessaire entre chrétiens que les événements vécus aujourd’hui dans l’Eglise. Ceci, en conformité avec le thème du deuxième synode africain qui s’est tenu à Rome en octobre et qui s’intitule : «l’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix». Si nous voulons travailler à la réconciliation dans nos pays, il faut que nous vivions comme une église réconciliée et unie. Voilà pourquoi les évêques, sur proposition du comité d’organisation, ont choisi ce thème de l’unité.

Après les élections marquées par des troubles sur la voie publique, ce thème de l’unité prend une certaine importance pour les sénégalais ?

Nous chrétiens en nous rappelant cette nécessité de vivre l’unité, plus nous arrivons à la vivre entre nous et en témoigner autour de nous. Plus nous pouvons inciter celle ou ceux qui nous voient au Sénégal en leur disant « vous voyez combien les fruits de l’unité sont nécessaires ».
Au niveau de la vie sociale et nationale, nous travaillons davantage à être unis autour d’objectifs communs en mettant ensemble nos moyens, nos idées et nos forces pour bâtir une société sénégalaise de plus en plus renouvelée et transformée, parce qu’il y a le besoin de mener au Sénégal un certain nombre de changements fondamentaux, non seulement de changement dans l’administration, ou dans les politiques économiques, mais comme j’aime à le dire, des changements au niveau de l’éthique et de la morale. Il y a aussi tous ces grands chantiers de la morale et de l’éthique qu’il faut mener au Sénégal. Plus nous sommes unis, plus nous serons capables de faire face à toutes les situations.

Le pèlerinage sera un moment propice pour rendre grâce à la Vierge Marie sollicitée par les chrétiens pendant la période électorale …

J’invite les chrétiens qui viendront à Popenguine de remercier la Sainte Vierge, parce que lors des élections, nous l’avons beaucoup prié. Les évêques ont fait composer une prière. Nous demandons que les communautés catholiques récitent cette prière à la fin de la messe. Cette prière était distribuée et les personnes, dans les familles, pouvaient la réciter individuellement, au rythme qu’elles veulent, tous les jours. Nous avons l’assurance que les catholiques sénégalais ont prié, avec ferveur, la Sainte Vierge de Marie depuis le mois de septembre, lui confiant la situation du pays et lui demandant de nous obtenir de Dieu des bénédictions pour que les élections se fassent dans la paix et des conditions satisfaisantes. Nous avons été exaucés. Je crois que cette édition du pèlerinage 2012 est une occasion de remercier la Sainte Vierge et Dieu Lui-même pour avoir fait que ces élections se soient passées dans la paix. Nous allons, cette année, rendre grâce à la Sainte Vierge d’avoir exaucé les prières que nous faisions monter vers le Seigneur depuis le mois de septembre.

Les Sénégalais ont vécu des périodes troubles lors des élections présidentielles, il y a eu des morts d’hommes, comment avez-vous vécu ces événements douloureux ?

C’est vrai que les derniers mois de l’année de 2011 et les deux premiers mois de 2012 étaient pénibles pour tous les Sénégalais. En tant que citoyen sénégalais, j’ai vécu ces événements dans l’inquiétude et la souffrance. Inquiétude de voir toutes ces tensions prendre de l’ampleur et s’exprimer dans la violence. La douleur, c’est de voir que cette violence a provoqué des morts d’hommes, souvent des gens innocents ; ce qui était révoltant. Je crois qu’aucune personne de bonne volonté ne peut se réjouir de voir de telles situations.

Comment avez-vous accueilli le changement de régime politique après le scrutin du 25 mars dernier qui a porté le Président Macky Sall au pouvoir ?

Au soir du 25 mars, j’ai ressenti, avec la plupart gens, sinon tous les Sénégalais, un grand soulagement. Celui de voir que tout s’est bien terminé. Il faut rappeler que les deux tours du scrutin se sont déroulés sans trop de difficultés. Les résultats ont été aussi proclamés dans la clarté, nous permettant de savoir ce que voulaient les Sénégalais. Mieux, ces résultats ont été acceptés pacifiquement. C’est pour cette raison que je parle de soulagement et de satisfaction en voyant le comportement de l’électorat sénégalais, mais aussi le comportement positif de nos autorités qui ont accepté les résultats du scrutin. Il nous faut maintenant continuer à gérer ce résultat positif et montrer à la face du monde que le Sénégal est capable de marcher sur les chemins d’une démocratie de plus en plus renforcée. Moi-même qui voyage beaucoup depuis le 25 mars, à chaque fois que je visite un pays, qu’il soit d’Afrique ou d’Europe, je reçois des félicitations pour ce qui s’est passé au Sénégal. Il faut s’en féliciter et demander à Dieu de nous aider à continuer à donner, à la face du monde, le visage d’une démocratie au Sénégal qui, certes, n’est pas parfaite, mais que les acquis conforteront d’année en année.

Selon vous, sur quoi les autorités sénégalaises doivent mettre l’accent pour améliorer les conditions de vie des Sénégalais ?

Je pense que les nouvelles autorités doivent mettre l’accent sur l’amélioration du quotidien des Sénégalais. Avant, durant et après la campagne électorale, les populations ont exprimé leurs attentes, leurs besoins et souffrances. Je crois que les autorités doivent faire attention à ce quotidien des Sénégalais et voir comment l’améliorer. Les premières mesures qui sont prises, notamment la baisse de quelques prix des denrées, sont un bon signe. Il faut que cela continue, parce qu’on ne peut pas tout changer en un seul jour. Mais que, progressivement, les Sénégalais sentent que les autorités prennent en charge leurs attentes, besoins, souffrances et changements souhaités.
Il faut aussi voir de quelle manière relancer l’économie sénégalaise en essayant de régler, petit à petit, le problème de l’emploi qui est une question complexe. Sur ce plan, l’Etat ne peut pas tout régler d’un seul coup, mais que les populations sentent que les plans et les projets sont mis en place et que progressivement on peut espérer que l’emploi au Sénégal sera amélioré. Je n’oublie pas le monde rural, parce que nous allons vers l’hivernage et on ne doit jamais oublier de mener une politique agricole adéquate qui permet d’assurer, aux populations rurales, de meilleures conditions de vie. Il faut que les populations sentent que leur sécurité alimentaire est assurée, mais surtout qu’elles ont, de plus en plus, des ressources qui leur permettent d’améliorer leurs conditions de vie. L’Etat doit aussi régler l’électrification rurale qui est de plus en plus demandée par les populations, sans compter les besoins en santé. Cependant, il faut le dire, le Sénégal a besoin de se ressaisir. Dans notre pays, l’argent a eu trop de place dans la vie des Sénégalais. Une place indue. J’ai appelé cela dans mon message de Noël «la suprématie polluante de l’argent».

Il faut que l’on comprenne que ce n’est pas l’argent qui fait vivre l’homme. Notre seigneur Jésus disait : «l’homme ne vit pas seulement de pain, mais toute parole qui sort de la bouche de Dieu». Il faut rappeler aux Sénégalais que les valeurs morales sont importantes et nous devons retrouver des valeurs qui existaient chez nos ancêtres, comme la solidarité, l’amour fraternel, le respect mutuel. Il y a une espèce de fondement qui existe chez les Sénégalais, à savoir, la reconnaissance et l’acceptation de la différence pour vivre dans la paix. Cela s’est passé sur le plan ethnique et religieux. Il y a des différences religieuses, mais elles ne nous empêchent pas de vivre en paix. Il faut rappeler cela aux Sénégalais, pour que ces valeurs morales soient ré-ancrées dans les cœurs des populations, surtout chez les jeunes générations, pour que le Sénégal continue d’être un pays en progression, en développement.

L’autre combat que nous devons tous mener, c’est la lutte contre la violence. Il y a trop de violence au Sénégal. Vous ne pouvez pas ouvrir aujourd’hui un journal sans trouver, à l’intérieur, des meurtres. Il faut lutter contre la violence en travaillant les esprits et les cœurs. Cela est un travail en profondeur. Il faudrait qu’on rétablisse l’éducation morale et civique dans les écoles pour que les populations sachent comment se comporter.

Les populations venant de la campagne s’entassent à Dakar. Elles apportent en ville des comportements du village qui sont différents des comportements de la ville. Bon nombre elles perdent les bons comportements. Il faut entreprendre une éducation populaire en rappelant aux gens qu’il y a des valeurs qu’il faut respecter si l’on veut vivre ensemble dans la paix.

Vous êtes impliqué dans la recherche de la paix en Casamance. Que pensez-vous de la tension qui persiste dans cette partie du pays ?

La source de la tension en Casamance est connue. Il y a des Sénégalais qui sont dans le maquis parce qu’ils revendiquent quelque chose qu’ils n’ont pas obtenu. Ils vivent dans le maquis sans moyens, ils sont parfois tentés, avec leurs armes, d’attaquer les gens en prenant leurs biens pour vivre. Tant que l’on ne voit pas comment enclencher le vrai dialogue avec le Mfdc (Mouvement démocratique des forces de la Casamance, rébellion armée, ndr) pour parler des négociations et de la paix, nous resterons dans cette situation. Je pense qu’après 30 ans de conflit, il faut s’asseoir et se parler. Dans une négociation chacun vient avec ses idées, mais ce sont des négociations qui permettent de dire ce qui est possible afin d’arriver à un consensus. A partir de là, tout le monde accepte de déposer les armes et nous travaillons à régler définitivement ce problème en faisant revenir la paix, en sécurisant la région et en réintégrant dans la société ceux qui étaient dans le maquis.

Vous avez l’ambition d’agrandir le sanctuaire marial de Popenguine pour qu’il puisse contenir davantage de pèlerins. Comment évolue le projet ?

C’est vrai que devant l’affluence de plus en plus grande des pèlerins, la première solution, c’est de multiplier les messes. En le faisant, on évite la bousculade lors de la messe du lundi. Mais cela n’est pas suffisant. Nous pensons qu’il faut agrandir le sanctuaire. Nous l’avons fait plusieurs fois, car il était question d’augmenter l’espace couvert du sanctuaire. Au-delà de cette augmentation de quelques mètres carrés, la question est sérieusement posée pour le déplacement du sanctuaire ou alors le changement de sa configuration qui permettrait d’avoir un autre pan pour contenir plus de pèlerins. Toutes ces questions d’agrandissement demandent des moyens. Nous sommes encore à l’état de projet. Nous continuons de réfléchir sur comment agrandir l’emprise du sanctuaire actuel pour pouvoir avoir une capacité plus grande, mais aussi multiplier les messes entre le samedi, le dimanche et le lundi. Il faut aussi, en cours d’année, multiplier les pèlerinages catégoriels. Nous avons déjà la marche pèlerinage des jeunes. Nous sommes en train de promouvoir le pèlerinage des enfants, en lien avec la fête du Saint-enfant. Nous encourageons aussi le pèlerinage des familles. Quelqu’un a suggéré un pèlerinage des militaires comme à Lourdes. Ce ne sera pas un pèlerinage pour les militaires sénégalais, mais à l’intention des militaires et paramilitaires. Ce qui permettrait aux gens de faire des pèlerinages par catégorie à Popenguine dans l’année et ne pas retourner à Popenguine le lundi de Pentecôte. Je crois qu’en travaillant dans différentes directions, nous serons capables de mieux maîtriser la foule de pèlerins.

Cette année, l’école sénégalaise est secouée par une crise obligeant les autorités à revoir le calendrier des examens. Est-ce que le privé catholique a adhéré à ce nouveau calendrier ?

C’est évident que les écoles privées catholiques ont travaillé régulièrement. Mais je souligne, comme je l’ai fait devant le ministre de l’Education nationale, que ce ne sont pas nos seules écoles qui ont régulièrement fonctionné. Toutes les écoles privées du pays sont concernées, qu’elles soient laïques ou confessionnelles, parce qu’il y a des écoles franco-arabes qui ont fait des cours normalement. Il y a aussi beaucoup d’écoles publiques, primaires, collèges et même des lycées qui ont fonctionné normalement. Ce que nous avons souhaité pour tous les élèves, c’est que l’on tienne compte de leurs efforts pour que les examens soient organisés à des dates convenables et qu’ils ne soient pas pénalisés à attendre des semaines en oubliant ce qu’ils ont appris.

C’est pour cela que nous souhaitons que le calendrier soit aménagé. Evidement, nous ne demandons pas que soient sacrifiés les élèves dont le travail a été perturbé par les grèves et nous comprendrons le travail du ministre qui fait tout pour les aider à pouvoir passer une année scolaire normale. Je pense qu’il faut tout faire pour qu’il n’y ait pas d’année blanche. Une année blanche, cela veut dire des complications pour le futur, parce que les élèves qui devaient passer en classe supérieure doublent pendant que les jeunes frères arrivent derrière. Ce qui créera des problèmes difficiles à résoudre.

Ce qui a été proposé par le ministre n’est pas à notre entière satisfaction, mais nous acceptons un compromis pour que le ministère de l’Education puisse gérer cette situation difficile. Nous acceptons les dates proposées par le ministère et nous y travaillons en conséquence.

Ces derniers mois, vous avez fait des tournées dans les paroisses. Quel bilan tirez-vous de ces visites ?

Chaque année, je fais ce qu’on appelle des visites pastorales dans les paroisses, mais comme le diocèse est immense, parce que nous sommes à 45 paroisses, je ne peux pas les visiter toutes en une année. Mais, depuis mon arrivée, au bout de deux ans, j’ai choisi de faire ces visites par doyennés, c’est un regroupement de paroisses par zone. Dans le diocèse de Dakar, nous avons 5 doyennés. Ces visites pastorales me permettent de passer 2 journées entières (samedi et dimanche) dans la paroisse. Je vais consacrer les 4 week-ends du mois de juin à visiter les 4 paroisses qui restent. Ces visites me permettent de rencontrer toutes les catégories de la communauté. C’est l’occasion d’écouter la communauté et ses démembrements. Ils m’exposent leurs vécus quotidiens. Alors, il y a des réussites, des joies, mais aussi des échecs et des difficultés. Ce qui me paraît normal. Je peux dire que dans l’ensemble, c’est positif, parce que le 2e tour de ma visite m’a permis de connaître plus en profondeur chaque paroisse. La visite m’a aussi donné l’occasion de constater qu’il y a une croissance de l’Eglise. Une croissance numérique, parce que les chrétiens deviennent de plus en plus nombreux du fait des naissances, mais aussi du fait que beaucoup d’adultes deviennent chrétiens. Egalement, beaucoup de chrétiens des autres diocèses du pays viennent à Dakar pour des raisons de travail. Il s’y ajoute des chrétiens qui viennent des autres pays d’Afrique et d’Europe pour des raisons professionnelles, parce que travaillant dans les organismes internationaux. La preuve est que toutes nos églises deviennent de plus en plus petites. Le cas le plus frappant est celui de la paroisse des Parcelles assainies devenue très petite, même pour la communauté, alors qu’elle était construite pour abriter de grandes célébrations.

Je constate, avec beaucoup de fierté, qu’il y a une croissance qualitative dans le sens que les chrétiens, grâce aux efforts des prêtres, prennent conscience de l’importance de la vie chrétienne, qu’elle est témoignage et adhésion à l’Evangile. Il existe aussi plus de communautés ecclésiales de base, à travers lesquelles nous demandons à tous les chrétiens du même quartier de s’efforcer à se connaître, se fréquenter et se rassembler pour montrer qu’ils sont un, qu’ils sont une famille, la famille de Jésus-Christ. Ces communautés ecclésiales de base existent dans toutes les paroisses. Ce qui demeure ma préoccupation, ce sont les fidèles qui ne participent pas aux activités de l’Eglise. Je suis en train de lancer des appels en leur disant que l’Eglise, c’est l’affaire de tous les chrétiens.

Quelles sont les doléances des paroisses de l’archidiocèse ?

J’ai recueilli plusieurs doléances, c’est normal. Mais, celle du troisième cimetière revient souvent. J’ai pu dire aux fidèles que nous avons eu l’assurance que le troisième cimetière est accordé, le terrain est indiqué, nous sommes en train de finaliser le processus d’attribution. Ce terrain, qui se trouve à Guédiawaye, une fois qu’il sera attribué, permettra à tous les chrétiens de la banlieue de pouvoir inhumer leurs morts dans ce cimetière et éviter ainsi un long trajet, en venant au cimetière Saint Lazare qui est en train de se remplir. Il y a aussi les questions de sacrement. Mais, dans l’ensemble, je suis satisfait de ce qui j’ai vu et entendu dans ces différentes paroisses.

Il faut le dire, aujourd’hui, qu’il y a nécessité de créer de nouvelles paroisses. Je rappelle que de l’an 2000, l’année de mon arrivée à Dakar, à 2011, nous avons pu créer 11 nouvelles paroisses dans la région de Dakar et dans la zone rurale. Mais, aujourd’hui, il y a des urgences, parce qu’il faut, sans tarder, créer une paroisse à Yeumbeul et Diamniadio. Il faut aussi envisager une autre paroisse vers Kounoune, Sangalkam et Bambilor. Il y a des urgences, parce que les chrétiens sont maintenant présents dans toute la région du Cap-Vert, alors qu’il y a des zones qui, autrefois, n’avaient pas de chrétiens. Ce qui veut dire que nous devons nous dépêcher pour trouver des terrains et préparer l’implantation de nouvelles paroisses.

Le projet Saint Paul nécessite davantage de moyens. Vous avez lancé les travaux, mais comment avance ce chantier ?

Le projet Saint-Paul est en bonne voie, puisque nous avons commencé les travaux. Je demande aux populations d’arrêter de penser que leur argent est utilisé à d’autres fins. Si les choses sont lentes, cela s’explique par le fait que nous voulons avoir une sécurité. Comme le devis est assez élevé, nous voulions, avant de commencer les travaux de construction, rassembler le tiers de l’argent nécessaire. Malheureusement, nous n’avons pas pu rassembler ce tiers avant de commencer. Mais, comme nous constatons l’augmentation des prix des matériaux, nous avons décidé de commencer avec les 300 millions que nous avions, mais c’est nettement insuffisant. Nous sommes obligés d’affronter une difficulté réelle, parce que les travailleurs n’ont pas fini de faire les fondations et de sortir l’eau. Il faut que les travaux de sous-sol soient terminés pour que l’hivernage ne viennent pas plomber ce qui a été fait.

J’en appelle encore à la générosité des chrétiens pour que ce sanctuaire avance. Ce sanctuaire, il nous le faut, parce qu’il nous permettra, quand il sera achevé et utilisable, d’abriter de grandes célébrations dans les conditions de prières favorables. Il pourra accueillir 6000 personnes à l’intérieur. Avec l’esplanade, nous pourrons en rassembler 10.000 sans difficulté.

En janvier dernier à Abidjan, a été mise sur pied la Conférence épiscopale régionale qui va regrouper les évêques d’Afrique de l’Ouest. Quelle sera sa mission ? Les différentes linguistiques ne constituent-elles pas un obstacle ?


Ce que nous appelons conférences épiscopales régionales part de cette nécessité que dans l’Eglise catholique, les évêques doivent travailler en collaboration. C’est pour cela que, dans chaque pays, les évêques sont réunis en conférence épiscopale. Nous pouvons dire que c’est comme l’Association nationale des évêques du pays. Cette conférence permet aux évêques de se réunir, périodiquement, pour échanger, se concerter et arrêter des directives pastorales, mais aussi s’entraider. C’est pourquoi, depuis longtemps, on a toujours dit la conférence épiscopale du Sénégal Mauritanie. Après, Rome nous a demandé de rattacher deux autres pays voisins qui ont un seul évêque. Il s’agit du Cap-Vert et de la Guinée-Bissau. Au début, il y avait un seul évêque au Cap-Vert, nous l’avons accueilli. D’où la conférence épiscopale du Sénégal, Mauritanie et du Cap-Vert. Nous avons fait de même avec la Guinée-Bissau. Aujourd’hui, notre Conférence épiscopale est pour le Sénégal, la Mauritanie, le Cap-Vert et la Guinée-Bissau. Même, s’il y a aujourd’hui, 2 évêques en Guinée-Bissau et au Cap-Vert.
Mais les évêques ont vu, à travers le monde, qu’il est bon également, qu’au-delà des conférences épiscopales nationales et interterritoriales, qu’il y ait encore des possibilités de pouvoir se concerter, collaborer et s’entraider. C’est pour cette raison que nous avons créé les conférences épiscopales régionales. Ce que nous avons vécu en Afrique de l’Ouest, date du Concile Vatican II en 1963. Les évêques des pays francophones de l’Afrique de l’Ouest, dont les anciennes colonies françaises de l’Aof, ont décidé de garder une unité entre eux en créant la conférence épiscopale régionale de l’Afrique de l’Ouest. Mais on aurait pu dire conférence épiscopale régionale de l’Afrique de l’Ouest francophone (Ceraof).

Quelques années plus tard, c’est-à-dire en 1967, les anglophones de l’Afrique de l’Ouest ont créé l’Association des conférences épiscopales de l’Afrique de l’ouest anglophone qui est constituée des conférences du Nigéria, du Ghana, du Libéria, de la Sierra Léone et de la Gambie.
Nos deux instances travaillaient en parallèles à cause de la langue. Je suis témoin de cela en tant que jeune évêque à l’époque, parce que j’entendais les gens dire que ce n’est pas normal que nous travaillions en parallèle dans la même région, alors que les réalités sont souvent les mêmes. Une idée a été émise et acceptée, même vécue à tel point que chaque fois que ces évêques avaient une assemblée plénière, tous les trois ans, ils invitaient les évêques de la conférence francophone et vice versa. Finalement, en 2000, nous avons organisé une assemblée conjointe régionale où les évêques anglophones, francophones et lusophones se sont retrouvés à Ouagadougou, pendant 3 jours, pour prier ensemble et réfléchir. C’est de là qu’est née l’idée de dire qu’il faut marcher maintenant vers l’unité. Il y a une étape, nous avons dit que nous supprimons les conférences qui existent déjà, mais on les unit pour nous obliger à travailler ensemble davantage. En 2007, nous avons consacré cette union.

Après cela, nous avons décidé de faire un nouveau pas. On a créé une seule conférence épiscopale régionale à Yamoussoukro, en janvier dernier. Elle aura son assemblée plénière tous les 3 ans, permettant aux évêques africains d’échanger et de se fixer des orientations. Il y aura, chaque année, ce que nous appelons le conseil permanant qui comprend la présidence et les présidents de commissions. A propos des différences linguistiques, quand nous nous retrouvons, des prêtres facilitateurs se proposent d’être les traducteurs. Je suis frappé par la bonne ambiance fraternelle entre les différents évêques. La langue n’est plus un obstacle.


Comment avez-vous été porté à la présidence de cette conférence ?

Lors de cette assemblée constitutive, il fallait adopter les statuts et élire un président. Dans les statuts, nous avons prévu qu’il y ait un président et 2 vice-présidents de telle manière que les 3 langues soient représentées. Ils m’ont proposé à la tête de cette conférence, parce que je suis le doyen et je connais aussi bien le processus qui s’est passé jusqu’à présent. Effectivement, au vu de mon âge, je suis pratiquement le dernier et ils m’ont demandé d’occuper ce poste pendant 3 ans pour lancer les activités. Nous avons comme premier-vice président un évêque du Nigéria et le deuxième vice-président est l’évêque de Guinée-Bissau. Ensuite, il y a un secrétaire général et deux secrétaires généraux adjoints. Là aussi, les trois langues sont représentées.

Le Soleil

Samedi 26 Mai 2012 - 20:38



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