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DÉBAT : Faut-il dévaluer le franc CFA ?





DÉBAT : Faut-il dévaluer le franc CFA ?
La question de la possibilité d’une dévaluation du franc CFA n’est pas sans pertinence du point de vue de l’évolution des fondamentaux des économies de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA). La question est d’autant plus légitime que nous sommes dans un contexte de pertes récurrentes de compétitivité des économies de la zone UEMOA, d’effets récessifs issus de la crise post-électorale en Côte d’Ivoire et enfin de crise de la zone Euro. A la Commission de l’UEMOA, nous nous sommes posé la question depuis de nombreux mois et nous avons effectué des simulations d’impact d’une éventuelle dévaluation du franc CFA sur les fondamentaux des économies de l’Union. Tout d’abord, nous avons montré (Kiema, Nubukpo et Sanou 2011)[1], à l’aide de modèles sur séries temporelles et données de panel, que le Taux de Change Effectif Réel (TCER) de la zone UEMOA s’est apprécié de 1 à 9 % suivant les pays, sur la période post-dévaluation du franc CFA de 1994. C’est un signe de dégradation de la compétitivité de cette zone. A l’aide des Vecteurs Autorégressifs (VAR) nous avons ensuite étudié l’impact d’une dévaluation sur la balance commerciale et la croissance des pays de la zone UEMOA.

Nos résultats révèlent que la dévaluation n’est pas la solution pour réduire significativement le déficit commercial des pays de l’UEMOA. Elle permettrait cependant de booster la croissance de la plupart des Etats de l’Union.

Cependant, et je crois que c’est l’enseignement le plus important de notre étude, le véritable défi ne réside pas dans les options d’ajustement externe (dévaluation versus réévaluation du franc CFA) mais plutôt dans l’optimalité du régime de change.

En effet, une dévaluation brutale, à l’instar de celle de 1994, ne saurait résoudre durablement les problèmes structurels que pose le rattachement du franc CFA à l’Euro. En outre, elle serait difficile à justifier au regard du niveau élevé des réserves de changes de la BCEAO auprès du Trésor français (plus de 100% de couverture de l’émission monétaire à l’heure actuelle). Il convient plutôt de se poser la question plus globale de la pertinence du régime de change et du coût d’une gestion monétaire extravertie pour les populations de l’Union.

D’un point de vue strictement économique en effet, il semblerait plus raisonnable d’envisager un système de change flexible fondé sur un index calculé à partir d’un panier de monnaies. Ce système aurait alors l’avantage d’assurer aux autorités de la BCEAO un apprentissage progressif de la gestion monétaire et d’envoyer, par le biais d’un taux de change moins rigide, des signaux réguliers aux populations de la zone sur l’état de leurs économies. Il cesserait également de privilégier les populations urbaines qui bénéficient à l’heure actuelle pour leur consommation de produits importés, d’une monnaie forte et convertible, alors même que le principal défi des économies de l’UEMOA est de rendre compétitifs et autosuffisants les millions de petits producteurs qui se battent quotidiennement pour leur survie. Pour qu’une telle évolution soit envisageable, une réflexion sur la nature, le contenu et l’opportunité des accords de coopération monétaire qui lient la France et les pays de la zone Franc doit être menée.

Pour le futur, il convient d’envisager les modalités concrètes de réalisation de la monnaie unique pour l’ensemble de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui devrait être effective en 2020. Dans cette perspective, le défi consiste à :
Lever des symboles historiques permettant de dépasser un clivage entre francophones et anglophones qui n’a plus lieu d’être dans une approche africaine régionale ; une telle initiative prise par l’UEMOA lui donnerait une pleine capacité de négociation vis-à-vis des partenaires de la CEDEAO ;

Moderniser la gestion monétaire afin de faciliter la fusion des mécanismes monétaires (réserves, parité notamment). Cependant, une question à long terme restera à résoudre : celle du calendrier détaillé de constitution de la zone monétaire. Par la suite, une stratégie d’extension en deux étapes pourrait être esquissée :

Dans un premier temps, il paraît envisageable d’intégrer les pays pour lesquels l’Union Monétaire pourrait se faire avec un gain économique immédiat et un coût politique acceptable, constituant ainsi un embryon de la future zone monétaire CEDEAO. Ceci revient à privilégier les pays producteurs et exportateurs de matières premières agricoles ;

Dans un second temps l’élargissement de cette zone monétaire Ouest Africaine à l’ensemble des pays de la CEDEAO, pourrait être envisagé conformément au calendrier défini par les chefs d’Etat de la CEDEAO (2020). Cependant un tel élargissement ne pourra faire l’économie d’une réflexion et de simulations relatives aux mécanismes de solidarité entre sous espaces de la même zone afin de renforcer sa légitimité politique et de lui conférer une réelle efficience économique. A plus long terme, c’est l’un des meilleurs moyens d’impulser les échanges intra régionaux qui créeront progressivement une synchronisation des cycles économiques au sein de la zone CEDEAO.

[1] Kiema C., Nubukpo K., Sanou G. (2011) « Impact d’une dévaluation du franc CFA sur la balance commerciale et la production dans les pays de l’UEMOA », Communication au Colloque sur les « Chocs dans les pays en développement », DIAL / Université Paris - Dauphine, Paris, les 30 juin-1er juillet 2011.

Kako Nubukpo
Kako Nubukpo est né en 1968 à Lomé (Togo). Il est titulaire d’un doctorat en sciences économiques de l’université Lumière Lyon 2 et lauréat du concours d’agrégation des facultés de sciences économiques du Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur.



Vendredi 30 Décembre 2011 - 20:52



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