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DÉGUERPISSEMENT DES MARCHANDS AMBULANTS : LE MYTHE DE SISYPHE DES AUTORITÉS DAKAROISES





DÉGUERPISSEMENT DES MARCHANDS AMBULANTS : LE MYTHE DE SISYPHE DES AUTORITÉS DAKAROISES
Face à plusieurs tentatives de déguerpissement, les marchands ambulants résistent toujours aux autorités municipales. De 2007 à maintenant, ils tiennent le coup et reviennent à chaque fois sur les lieux où ils ont été chassés. Suffisant pour que le maire des Parcelles Assainies y voie la main de l'État central.

Le maire de Dakar Plateau, Alioune Ndoye, a été auditionné ce mercredi par la police. Cette convocation est liée à une opération de désencombrement menée, il y a moins d'un mois, par ses hommes au marché Petersen. Cependant, force est de constater qu'aujourd'hui, les marchands ambulants sont de retour sur les lieux.

C'est de nouveau un énième processus de déguerpissement raté par les autorités locales de Dakar. En effet, les marchands ambulants et les autorités (étatiques et/ou municipales) ont toujours eu des relations très tendues. Le premier évènement date de 2007. A ce moment, l'État avait ordonné à la police et la gendarmerie d'entamer des opérations pour vider les trottoirs de Dakar de leurs traditionnels occupants que sont les marchands ambulants ou tabliers, les mendiants et les cireurs de chaussures.

L'État avait été obligé de reculer parce que quatre jours plus tard, des échauffourées ont opposé marchands ambulants et forces de l'ordre. Ils ont allumé des feux à l'aide de pneus, de poubelles, d'étals de bois dans certains carrefours de Dakar notamment aux alentours du marché Sandaga. Les protestations se sont étendues au quartier de la Médina où les vitres de la mairie ont été brisées à coup de pierres et trois voitures y ont été détruites. Dans le même quartier, les commerçants en colère ont pris d'assaut le siège de la Senelec où ont causé beaucoup de dégâts matériels.

Au sortir de cet évènement, les négociations entre l'État et les représentants des marchands ambulants ont permis de dégager un certain nombre de mesures. Le gouvernement avait prévu de les reloger dans différents sites. Ainsi la construction de 4 570 cantines était prévue au marché Thiaroye, Sicap Bao, Unité 20 et Unité 17 des Parcelles Assainies ainsi que dans d'autres lieux. Pour cela, un FINANCEMENT de 3 milliards Cfa a été dégagé par les autorités.

L'achat des cantines devaient se faire en crédit avec un mode de paiement étalé sur trois ans, à des prix variant selon le type de cantine, choisi (entre 2 millions 700 et 3 millions Cfa). La mairie de Dakar, de son côté, avait acheté un terrain de 2 590 m2 pour une valeur de plus d'un milliard Cfa.

S'en est suivie la création de la Synergie des Marchands ambulants pour le Développement (SYMAD), de la Commission nationale d'Assistance aux Jeunes Marchands (CONAJEM) et de l'Agence Nationale d'Appui aux Marchands Ambulants (ANAMA). Toutes ces entités n'ont pas permis de résoudre l'équation des marchands ambulants. D'ailleurs en 2014, l'ANAMA a été dissoute dans l'Agence Nationale pour la Promotion de l'Emploi des Jeunes (ANPEJ).

Les relations entre marchands ambulants et autorités locales se sont exacerbées quand Khalifa Sall est devenu maire de Dakar en 2009. Dans sa volonté de faire de Dakar "une ville moderne", le socialiste s'est heurté aux marchands ambulants qui ont refusé de libérer la chaussée pour le pavage des routes.

C'était la guerre totale entre les volontaires de la mairie de Dakar et les "tabliers". Avec l'acte 3 de la décentralisation, Alioune Ndoye a pris aujourd'hui le flambeau dans la commune de Plateau et l'occupation de la voie publique par les marchands ambulants persiste toujours.

Moussa Sy indexe l'État

L'échec du déguerpissement des marchands ambulants est dû à l'État, selon le maire des Parcelles Assainies, Moussa Sy. "L'État ne joue pas le jeu. Il y a des décisions politiques qui sont prises au haut niveau qui font que les mesures prises par les municipalités ne peuvent pas être appliquées.

Quand nous devons passer à l'action, les gens s'absentent. Ce qui s'est passé à Petersen en est une parfaite illustration. La police a reçu l'ordre de ne pas aller sur le terrain. Quand on envoie une camionnette avec un agent de la police et deux agents de sécurité de proximité (Asp), cela veut dire qu'on n'a pas voulu accompagner le maire (Alioune Ndoye)", déclare-t-il au bout du fil.

Moussa Sy souligne qu'il y a une prise en charge de la question liée aux marchands ambulants depuis 2009. "Le maire de Dakar a déjà INVESTI 5 milliards Cfa pour acheter des terrains et construire un centre commercial à Félix Eboué où 3 500 tabliers seront recasés. Entre Kermel, Félix Eboué et Sandaga, il y a 1 200 cantines pour loger les marchands ambulants. Donc, on ne les a pas mis dans la rue", note-t-il.

Le maire des Parcelles Assainies affirme que les Dakarois ont salué l'idée de mettre tous les ambulants dans des sites provisoires en attendant que les équipements collectifs prévus pour eux soient terminés. Il dénonce en même temps ceux qui manipulent les marchands ambulants.

Idrissa Diallo : "C'est un faux débat"

Mais aux yeux du maire de Dalifort, la question du déguerpissement des marchands ambulants ne devait même pas se poser. Joint au téléphone, il déclare que l'État de droit a déjà réglé ces genres de question. "C'est un faux débat. Il y a des endroits où les gens sont autorisés à s'installer et il y a d'autres qu'on leur interdit. On a qu'à faire respecter la loi. Et dans ce cas-ci, c'est le maire qui doit s'en charger", dit-il.

Poursuivant son propos, Idrissa Diallo précise que les maires n'ont pas que les marchands ambulants à gérer mais, ils doivent s'occuper aussi du bienêtre de la population. Ce qui fait que, selon lui, si des gens occupent la voie publique, l'autorité doit intervenir pour les rappeler à l'ordre. "L'État doit aménager des espaces qui vont permettre aux commerçants d'écouler leurs marchandises sans porter préjudices à la population", conseille le maire socialiste de Dalifort.



DÉSENCOMBREMENT DE PETERSEN

Retour en zone des "ambulants"


On prend les mêmes et on recommence. L'action d'envergure initiée par la mairie de Dakar-Plateau pour libérer les artères de Petersen est présentement réduite à sa nullité la plus incompréhensible : les marchands ambulants sont de retour.

"Grand vous voulez quoi ? J'ai toutes sortes de marchandises. Dites-moi tout simplement ce qui vous ferait plaisir et je vous le procure", débite un jeune vendeur ambulant à un rythme rapide. Plongeant ses bras bardés de sa camelote dans l'habitacle de notre voiture, il affiche un sourire aguicheur.

Pompes insecticides, kit pour la manucure, couverture pour volant, lampes torches et tout un tas innommable de bric-à-brac constituent une denrée à écouler. Devant notre mutisme, le jeune homme s'est finalement résolu à proposer sa marchandise au véhicule de derrière, littéralement pris d'assaut par ses congénères, devant l'intérêt manifesté par le conducteur.

Allées Papa Guèye Fall et environs. Petersen renoue avec l'effervescence qui l'a toujours caractérisé avant le désencombrement initié par le maire Alioune Ndoye il y a deux semaines. C'est même à se demander si les marchands ambulants ont été " chassés " de ces artères il y a deux semaines avec l'incendie anonyme de plusieurs magasins à la clé.

L'effet feu de paille est manifeste. Le marché a renoué avec cette effervescence qui le caractérise. Circulation automobile rampante mais intense au rond-point, trottoirs débordant sous le poids des caissons de marchandises, étals en bois où pendaient les vêtements bon marché achetés aux fournisseurs chinois, porte-voix jouant en boucle les paroles préenregistrés ; un énorme engorgement a salué le retour en zone des vendeurs à la sauvette dans cette partie de la capitale.

Tout au bonheur d'Adama Seck, un vendeur baol-baol qui époussète la fine pellicule de poussière sur les chaussures pour enfants qui constituent sa marchandise. "Le maire Alioune Ndoye s'est complètement déchiré dans sa vision. Il n'aurait pas dû appeler des civils pour faire déguerpir d'autres civils.

Maintenant c'est un justiciable comme tout le monde, il faut qu'il réponde de la destruction de nos biens", déclare-t-il, regrettant toutefois que les choses en soient arrivés à cet extrême. Bonnet noir sommairement posé sur sa tête et tee-shirt en camouflé militaire, le jeune vendeur baol-baol qui évite tout pronostic se dit totalement confiant sur la marche de la justice.

Son étal est assailli par les clientes qui examinent les nu-pieds de petites filles avant que les billets roses de mille francs Cfa changent de main. L'euphorie était le sentiment le plus partagé par les ‘ambulants' à l'annonce de la convocation d'Alioune Ndoye à la Sûreté urbaine de Dakar.

Camouflet

Le 13 juin passé le maire de la commune de Dakar-Plateau affichait pourtant une détermination sans faille pour désencombrer les artères de Petersen. Camouflet avec le come-back des ambulants ou entente tacite pour les besoins de la fête de Korité ? "C'est archi-faux, je n'ai autorisé personne à se réinstaller et à rester là-bas. Ils ont déjà été sommés et ne le seront pas une seconde fois.

Quand nous arriverons, ce sera dans la continuité de l'action déclenchée qui est toujours en cours", lançait Alioune Ndoye au sortir de son interrogatoire à la Sûreté urbaine avant-hier. Le délégué du marché Petersen, Dame Badiane, confirme mais est d'un tout autre avis.

"Nous n'avons reçu aucune autorisation de la mairie. Nous nous sommes réinstallés car l'envie de travailler est plus fort que tout", se défend-il. Selon le dernier recensement effectué par l'huissier que son collectif a engagé, plus de 200 étals ont été détruits. Le délégué s'est également félicité de la bonne marche de la justice en laquelle il dit avoir toute confiance.

Selon lui, la mairie recommence avec ses incongruités : "Un agent nommé Babacar récupère les patentes depuis notre réinstallation. Nous les avons toujours payé d'ailleurs", fait-il savoir. Quant au soutien des maires à leur collègue, le délégué critique l'édile de Mermoz Sacré-Cœur. "Que Barthélémy Dias se tienne tranquille, on l'a entendu proposer un coup de main à Alioune Ndoye pour des nervis. Ce pays a besoin de consensus, pas de confrontations", brocarde Dame Badiane.

Pour le moment les vendeurs ont repris ‘possession' d'un territoire qu'ils prennent comme leur terrain naturel de prédilection. Rejoindre la rue Félix Eboué, le site de recasement proposé par la mairie, est hors de prix car "il faut une caution de 150 mille F CFA et 30 mille F CFA mensuels pendant 30 mois", fait savoir le délégué.

Pour lui, seule l'intervention de l'Etat peut garantir un règlement définitif de cette question d'autant plus que le précédent chef d'Etat leur avait octroyé le site de Petersen. Pour le moment, un gentleman's agreement, tacite, semble s'être noué entre la mairie et les marchands ambulants dont la fête de la fin du ramadan marque le deadline.

"Je ne crois franchement pas qu'ils reviendront après la Korité", s'exclame Dame Badiane, optimiste. En attendant, la volonté d'Alioune Ndoye de poursuivre, en l'occurrence de reprendre le désencombrement ; et l'attachement des ‘ambulants' à Petersen, semblent ne trouver aucune plage de convergence.

Enquête

PiccMi.Com

Samedi 11 Juillet 2015 - 11:47



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