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Deux sœurs témoignent : «Maman nous a abandonnées parce qu'on l'avait forcée à se marier à papa»



Deux sœurs, N.M et F.D.M, unies par un destin commun, celui d'être mal-aimées. Nées d'un mariage arrangé entre une nièce et son oncle, elles payent, depuis leur tendre enfance, le lourd tribut d'une union qui s'est transformée en ressentiment. Leur propre mère leur fait vivre le pire depuis son divorce d'avec leur père.



Deux sœurs témoignent : «Maman nous a abandonnées parce qu'on l'avait forcée à se marier à papa»
Pour se procurer leur pitance quotidienne, c'est à peine si elles ne font pas la manche. Pour reposer leurs corps et leurs esprits après une dure journée de labeur, c'est les rugueuses dalles du quartier qui leur servent de lit. Laissées à elles-mêmes, la plus jeune a fini par contracter une grossesse des œuvres d'un quidam qui a aussi fini par l'abandonner à son sort. Aujourd'hui, elles vivent toutes les deux dans une minuscule chambre aux murs lézardés où cohabitent moisissures et mouches. Avec comme seuls biens, un matelas trempé par les eaux de pluies, un drap crasseux et une pile d'habits entassés sur le sol. Les deux frangines sont seules face à la cruauté de la vie, ne comprenant pas pourquoi le sort s'est autant acharné sur elles. Parfois l'envie d'abréger leur existence leur traverse l'esprit...

N.M, 23 ANS, SŒUR AINEE «Ma mère m'a accusée d'être porteuse du Vih Sida»

«Je m'appelle N.M et j'ai 23 ans. J’'habité aux Parcelles Assainies. Ma mère ne m'a jamais portée dans son cœur, depuis ma naissance, car elle a été forcée à se marier à mon père qui était son oncle. Après m'avoir sevrée, elle m'a confiée à sa petite sœur qui m'a élevée jusqu'à l'adolescence. Lorsque je fus en âge de travailler, je faisais la navette entre la maison de ma mère et celle de ma tante. Les fruits de mon travail de ménagère, je les partageais en deux, la moitié pour ma mère, l'autre pour ma tante. Il en fut ainsi jusqu'à mes 15 ans, quand la sœur de ma mère m'a demandée de rejoindre définitivement le domicile de ma maman, puisqu'elle n'était plus en mesure de m'entretenir. Et c'est là que mon supplice a démarré.

Ma mère ne voulait pas que je l'approche, elle a promis de nous rendre, ma petite sœur et moi, la vie difficile. Pourtant, j'allais au travail et je lui donnais l'intégralité de mon salaire. En retour, elle m'insultait copieusement et me traitait de tous les noms d'oiseaux. Pour manger, j'étais obligée de me débrouiller. Ma mère allait même jusqu'à refuser que je dorme dans sa chambre. Pendant 2 ans, j'ai passé la nuit devant sa porte. Un jour, alors que j'étais atteinte de la tuberculose, elle a refusé de me soigner et m'a tout bonnement mise à la porte. Ensuite, elle a raconté à tout le voisinage que j'avais le Sida. Je me suis débrouillée pour me soigner. Entretemps, j'habitais chez une amie, mais son père ma, par la suite, jetée dehors. Il m'a dit qu'une bonne fille devait vivre auprès de sa mère. Cette parole m'a énormément blessée, car ma mère à moi refusait même de nous présenter comme ses enfants, elle racontait du n'importe quoi sur ma sœur et moi. Alors qu'elle chouchoutait ses deux autres enfants, issus de son second mariage. J'ai pris mon mal en patience et j'ai quitté la maison de mon amie pour aller vivre chez un monsieur qui logeait à la police des Parcelles Assainies. Je l'avais connu lorsque je tenais une gargote pour vendre le petit-déjeuner. Je lui ai expliqué mon problème et il m'a recueillie chez lui avec sa famille pendant deux mois. Il m'avait même suggéré de porter plainte. Ce que j'ai fait avant de me rétracter. Ensuite, j'ai quitté la demeure de mon bienfaiteur, parce que j'estimais que j'étais une charge supplémentaire pour lui.

Je suis retournée chez ma mère, car je n'avais pas où aller. Là, ma misère a repris. J'ai tout fait pour qu'on s'entende. Je lui ai demandé de me pardonner si toutefois je lui avais fait du tort, mais c'était peine perdue. J'ai fait intercéder en ma faveur des vieux du quartier, mais une fois qu'ils étaient en face d'elle, elle leur retournait l'esprit. Elle faisait croire à tout le monde, y compris aux membres de notre famille, que ma sœur et moi sommes des parasites de la pire espèce, que nous étions dévergondées. Nous ne comprenions absolument rien à son comportement, pourtant elle est saine d'esprit. N'en pouvant plus de supporter la vie qu'elle nous infligeait, je suis allée vivre avec mon père qui ne travaille plus. En plus de cela, il a deux épouses et plusieurs enfants. Dans un premier temps, il m'a recueillie. Mais au fil du temps, la maison est devenue beaucoup trop petite. J'étais obligée de partager la même chambre avec mon père. Ses deux épouses avaient chacune leurs chambres avec leurs enfants. Cette situation me dérangeait et j'ai décidé de m'en aller.

J'ai donc pris, depuis lors, une chambre aux Parcelles Assainies et je paie la location à 12 000 FCFA par mois. La chambre est tellement minuscule et très mal lotie que lorsqu'il pleut, je suis obligée de sortir, quelquefois en pleine nuit, pour m'abriter quelque part parce que l'eau rentre de partout. Parfois, je ne mange pas pendant des jours. Cela fait deux ans maintenant que je vis là-bas et voilà trois mois que je suis sous la menace d'une expulsion, car je ne suis plus en mesure de m'acquitter du loyer. Je n'arrive plus à trouver du travail, car ma mère a sali mon nom partout. Ma sœur cadette m'a rejoint, elle a également été chassée par notre mère qui nous a carrément dit que tant qu'elle vivrait, nous n'allons jamais connaître le bonheur du mariage.

A deux reprises, des hommes ont voulu m'épouser, elle les a dissuadés, en leur disant que je n'étais pas une fille bien. Ces derniers, entendant cela de la bouche de ma propre mère, y ont cru, comme tous les gens qui nous connaissent d'ailleurs. Malgré tout cela, j'allais tout le temps chez elle. La semaine dernière, alors que j'y étais, elle se disputait avec ma jeune sœur, je m'en suis mêlée pour l'empêcher de la frapper. C'est alors qu'elle s'est jetée sur moi comme une furie, me rouant de coups. Elle m'a dit qu'elle préférait me tuer plutôt que de croiser mon chemin. Elle nous a demandé de sortir de sa maison, ma sœur et moi, et de ne plus jamais y mettre les pieds.»

F D.M., 22 ANS, SŒUR CADETTE «A force de traîner, je suis tombée enceinte...»

«Je m'appelle FD.M. J'ai 22 ans. Je suis la petite sœur de N.M. Je ne sais pas ce que ma grande sœur et moi avons fait à notre maman, mais elle n'a pas arrêté de nous maltraiter. Depuis toutes petites, elle nous bastonnait pour un oui ou un non. Elle refusait de nous nourrir, de nous loger. En somme, elle ne nous considère pas comme ses propres enfants. Elle a eu une fille et un garçon d'un second mariage et ce sont eux qu'elle considère comme sa progéniture. Ces derniers nous ont subir toutes sortes de méchancetés. Dieu sait que j'ai toujours fait les choses comme il se doit. Je travaillais comme ménagère dans une maison et on me payait parfois 20 000 ou 25 000 FCFA. Lorsque je percevais mon salaire, je lui remettais le tout. Pendant les fêtes de Korité et de Tabaski, je ne pensais même pas à m'acheter des habits, ou me tresser. Tout ce que je gagnais, je le lui donnais. Malgré cela, elle continuait à me maltraiter. Il arrivait qu'elle me chasse de sa maison. N'ayant pas où dormir, je passais la nuit dans la rue à la belle étoile. Quelquefois, j'étais hébergée chez des amies, mais leurs parents finissaient par me demander de partir de chez eux.

Lorsque je retournais chez ma mère, elle me priait tout simplement de m'en aller. J'avais du mal à comprendre pourquoi ma mère me traitait de la sorte. J'étais tout le temps mise dehors. C'est comme ça que j'ai rencontré un garçon qui m'avait hébergée dans sa chambre. Nous passions la nuit ensemble et il a fini par m'engrosser. Depuis, ma vie est devenue un véritable enfer. Ma mère que je suis partie rejoindre m'insultait à tout bout de champs. Je me suis résolue à encaisser les coups, la maltraitance de ma maman. Je travaillais dur pour pouvoir mettre de côté mes frais d'accouchement, puisque mon petit ami, lui aussi, m'avait abandonnée à mon sort.

Le jour où je devais accoucher, j'ai donné à ma mère de l'argent et je l'ai suppliée de me conduire à l'hôpital. Ce qu'elle fit. Mais, après la naissance de mon fils, les choses se sont compliquées davantage. Mon enfant a, lui aussi, eu droit aux maltraitances de ma mère et de ses autres enfants. J'ai recommencé à travailler quand il a eu 4 mois, pour avoir de quoi le prendre en charge. Je le laissais à une de mes cousines pour qu'elle s'en occupe. Au bout de quelque temps, ma mère a fini par la convaincre de ne plus s'occuper de mon fils, prétextant que sen père n'était pas d'accord. Il n'en était rien, puisque le père de mon enfant ne s'occupait même pas de lui. Il ne savait même pas comment je me débrouillais pour l'entretenir. Puisque ma cousine ne s'occupait plus de mon fils, j'ai commencé à l'emmener à mon lieu de travail. Quelquefois, c'était difficile pour moi et je le laissais à la maison. Ce fut le cas un jour, où ma mère est venue me trouver en plein boulot et a jeté l'enfant devant la porte. J'ai eu très mal au cœur, mais je ne pouvais rien faire d'autre que de me résigner. Je souffrais en silence...

L'animée dernière, alors que nous venions tout juste de débuter le mois de Ramadan, mon fils avait à peine deux ans, ma maman, prise par je ne sais quoi, nous a mis à la porte. Nous sommes d'abord partis chez une de mes tantes qui vivait dans une chambre avec ses enfants et son mari. Après quelques jours, j'ai décidé de partir car, j'avais l'impression d'être un poids pour elle. Après, nous avons dormi pendant un mois devant la porte de l'hôpital Nabil Choukair ou dans les recoins de la Patte d'Oie. Je le couvrais avec un petit pagne la nuit. Je me rendais dans certaines maisons pour laver le linge et il m'arrivait de gagner 2 000 FCFA par jour. Avec cet argent, j'achetais à manger pour mon fils. Quant à moi, il m'arrivait de rester des jours sans rien avaler. Parfois, les garçons du coin m'offraient un peu d'argent pour que je m'occupe de mon fils. Après la fin du Ramadan, j'ai pu avoir un boulot dans une maison où je passais la nuit. Un beau jour, ma mère a débarqué là-bas pour me demander de rentrer le soir après le boulot. J'ai appris, par la suite, que nos voisins des Parcelles Assainies l'avaient convaincu à revenir à de meilleurs sentiments. Pendant quelque temps, ça allait mieux, mais elle a recommencé à nous maltraiter. Ce qui me fait le plus mal, c'est quand elle me traite de p... C'est ce qu'elle fait croire à tout le voisinage, même à nos proches parents. Elle nous (elle et sa sœur) a complètement décrédibilisées, plus personne ne nous fait confiance. Depuis deux semaines, j'ai été contrainte d'amener mon fils chez son père, car je ne travaille plus. Quant à moi, elle m'a mise dehors, mais n'empêche, je vais à la maison tous les jours. La semaine dernière, elle a pris toutes mes affaires et les a jetées dehors. Je l'ai alors suppliée de me laisser au moins mes habits à l'abri, car je n'avais pas où les garder, parce ce que je dormais chez une amie ou dans la rue. Mais, elle a refusé et devant mon insistance, elle a pris une barre de fer et s'est mise à me rouer de coups (elle montre les balafres sur son corps). Ma sœur aînée N.M est intervenue et elle s'est encore plus acharnée sur elle. La pauvre a été gravement blessée, les voisins sont intervenus et l'ont sauvée in extremis d'une mort certaine. Ma mère avait juré qu'elle allait la tuer et irait croupir en prison. C'est comme ça que j'ai décidé de quitter définitivement sa maison et je vis actuellement chez ma sœur qui, elle, avait quitté deux ans auparavant la maison pour les mêmes raisons.

Nous habitons dans une chambrette en piteux état. Le drame, c'est que personne ne nous croit. On entend du n'importe quoi partout où l'on passe, on nous traite de p..., de filles qui ne respectent pas leur maman. Alors qu'il n'en est rien. Notre seul tort est d'être les filles de notre papa qu'elle passe tout son temps à insulter. On l'a donnée en mariage par force à mon père qui est, par ailleurs, son oncle. Ils ont divorcé par la suite et elle s'est remariée. A mon avis, c'est ce ressentiment qu'elle essaie de venger sur nous, alors que nous n'avons pas demandé à naître. La misère dans laquelle nous vivons est pire que la mort. Tout ce que je veux, c'est un boulot décent, pour pouvoir subvenir à mes besoins et avoir de quoi me prendre en charge...»



SOURCE: L’OBS PAR MARIA D O M I N I CA T. D I E D H I OU via Xibar

PiccMi.Com

Mardi 27 Septembre 2011 - 22:08



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