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GIGOT POUR LA BELLE MERE : Une tradition source d’éternelles disputes entre époux





GIGOT POUR LA BELLE MERE : Une tradition source d’éternelles disputes entre époux
L’une des premières choses qui intéresse bon nombre de femmes, une fois le mouton de Tabaski dépecé, c’est de prendre un gigot et de le garder jalousement de côté. Elles le destinent à la belle-mère. Une viande à laquelle elles ajoutent de l’argent et ou des tissus. Une manière de se faire aimer par les femmes de la famille de son époux que les hommes ont toutefois du mal à gober, trouvant que c’est du gaspillage. Seulement faisant fi de toutes ces considérations, des femmes usent de subterfuges pour donner le gigot sans que leurs époux ne s’en rendent compte ou se disputent avec eux.
«Pour rien au monde je ne renoncerai à cette pratique, parce qu’elle me fait gagner des points auprès de ma belle famille», martèle Sarah Sall, habitante de la Gueule Tapée, mère de trois enfants.
Dans la même foulée, Yama Ndoye, jeune mariée soutient qu’«une femme tient toujours à avoir les faveurs de sa belle famille, à être appréciée et bien vue». D’où son profond attachement à cette pratique : «Je ne suis mariée que depuis deux ans, mais chaque fois ça provoque des disputes entre mon époux et moi». Malgré tout elle persiste : «je le fais quand même, car les hommes ne comprennent pas ce dont leur maman nous taxent si on n’amène pas le fameux gigot».
Halima très souriante explique : «je ne pense jamais renoncer à ça».


«Je n’y pense même pas, chacun a son mouton»

Les critiques et piques qu’elles essuient de la part de leurs belles familles, il existe des femmes qui ne s’en préoccupent pas. Elles sont prêtes à encaisser les coups. Bagne Tall est dans cette catégorie. «Je ne cherche pas la bénédiction de ma belle-soeur encore moins celle de ma belle-famille. Ces histoires de gigot de belle-famille ne sont que du voyez-moi», peste-t-elle. Elle avoue : «ma belle famille me traite de tous les noms d'oiseau, mais ça ne me dérange pas, ça ne fait pas partie de mes convictions».
Ndèye Sène ne le fait jamais. «Je ne connais même pas cette tradition, et je n'ai jamais vu ma mère le faire, pourquoi le ferai-je?», s’interroge la dame qui travaille dans une banque.

Toulaye trouvée dans son salon de coiffure, pense qu’«il faut qu'on arrête le gaspillage, ce n'est pas possible. Nous n’avons pas le temps des belles-familles, à chacun son mouton».

Une tradition acceptée par les vieux, mais rejetée par les jeunes

Du gâchis, c’est ce à quoi les hommes assimilent cette tradition chère aux femmes. Abdou Bop, un père de famille, déplore cette situation. «Les femmes, si elles s'entêtent à faire quelque chose, personne n'y peut rien. Chaque Tabaski, ce sont des disputes depuis belle lurette, mais je n'y peux rien. Le plus grave c’est que, dès qu'on finit de dépecer le bélier, mon épouse prend le bon gigot qu’elle garde pour sa belle soeur», fustige-t-il. De son côté, Karim Laye, la cinquantaine sonnée, les cheveux grisonnants, accepte cette pratique : «On sait que ce n'est pas recommandé, mais c'est juste pour faire plaisir à notre propre famille, je n'y trouve aucun inconvénient». C’est pourquoi il soutient : «laissons les faire, c'est juste une demi-journée».

Chérif Baye, un polygame croisé dans le foirail de Yarakh, en train de marchander un bélier dit la même chose : «je ne trouve aucun problème à ce que mes femmes donnent le gigot à mes soeurs, ça fait plaisir. Ce n'est pas du gâchis, rien n'est plus beau le jour-J que d’être accompagné de ses femmes et ses enfants pour aller voir sa belle famille, tenant un sachet de gigot, c'est joli et ça fait une belle image de mes femmes envers ma famille et ça me glorifie». Avant de poursuivre, «c'est aussi un moyen de savoir qu'on a tué un bon bélier pour ses épouses».
Acceptée, cette pratique est fortement rejetée par la jeune génération. Sous le couvert de l'anonymat, un jeune policier, profitant des embouteillages lance : «Quoi ? ma femme n'ose pas, car avant qu'on ne se marie, je lui ai clairement dit il y a des détails que je n'accepte pas, et cette affaire a été réglée avant tout».

Première Tabaski pour la femme de Ali Sall, mais il est aussi très catégorique : «il y a deux jours ma femme me faisait la morale, ce sera la première et la dernière, je lui ai dit niet. Si mes soeurs veulent de la viande, elles n'ont qu'à venir. Mais si toutefois tu envisages de diminuer mon mouton tu vas le regretter». Outré, il poursuit : «les femmes se moquent des gens, je ne vais pas satisfaire ces caprices. Après avoir dépecé mon beau bélier, on fait les tas ensemble pour les nécessiteux, ce qu'on prépare et le reste on garde pour pouvoir le manger après la fête». Poursuivant, il indique : «je lui ai dit clairement si elle veut qu'on soit ensemble pour la vie n’essaie pas de prendre le plus petit morceau de viande, à plus forte raison un gigot».

Les avis divergent chez les belles familles

Nous sommes à la Médina à la rue 37, un quartier animé en cette matinée, car abritant la famille « Ngéwel », famille de Mbaye Dièye Faye célèbre percussionniste de Youssou Ndour. Trouvée sous l'arbre, devant la porte de la maison, une dame, teint noir, la quarantaine bien sonnée, donne son avis sur le phénomène. «Vous les enfants d'aujourd'hui, vous ne respectez pas la tradition. Donner la viande à la belle famille, c'est très normal. C'est pour mieux raffermir les liens entre la famille», déclare-t-elle.
N'ayant même attendu qu'on l'interpelle Anta Sarr vient y ajouter son grain son sel : «il faut respecter nos traditions et nos valeurs, il n’y a pas de mal à donner de la viande à sa belle famille. Moi ma belle-soeur n'ose pas ne pas sacrifier à cette tradition à mon endroit le jour de la Tabaski. Même si j’égorge un bélier chez moi, c'est son devoir d'épouse de le faire, car c'est mon frère qui a acheté le mouton. Je fais pareil avec mes belles-soeurs du côté de mon mari», soutient-elle.
Aïssatou Sow qui ne vit pas avec sa belle famille ne trouve rien de mal à ça : «moi chaque année je reçois plus (4) quatre gigots, car j'appartiens à une grande famille. Je suis aînée de ma famille, par conséquent les épouses de mes frères me marquent ainsi leur respect. Moi je fais pareil pour la famille de mon mari». Fatou Sall se veut compréhensive. Rencontrée au marché Tilène, elle confie ne rien imposer car «les temps sont durs. Maintenant, seul le respect (lui) suffit».
Même son de cloche du côté d’Alima Wane. «Auparavant, il y avait de l'argent, même si c'est la tradition il faut savoir dépasser et vivre son temps. Je suis contre cette pratique, je ne l'impose pas à mes belles-soeurs» se défend-elle. Pour sa part, Claire Sarr déclare : «Mes frères ont des femmes, mais personne d'entre elles ne m’a jamais donné de gigot pour la Tabaski, et je ne le leur reprocherai jamais, car je les comprends, moi même je ne donne rien à mes belles-soeurs ».

Adama Aïdara KANTE (Stagiaire)

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Samedi 5 Novembre 2011 - 12:45



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