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INDÉPENDANCES AFRICAINES : Regards croisés d’historiens



Des historiens sénégalais et américain ont revisité, mercredi, au Centre de recherche ouest-africain (Warc), le long processus qui a abouti aux indépendances africaines. Un historique cours magistral !



INDÉPENDANCES AFRICAINES : Regards croisés d’historiens
Comment raconter le long processus qui a débouché sur l’émancipation des peuples africains ? Quels en sont les acteurs emblématiques ? Sur quelles forces sociales se sont-ils appuyés ? La tâche est immense. Mais le Centre de recherche ouest-africain (Warc) a bien mesuré la complexité du sujet et ne s’est pas trompé de personnes. Mercredi après-midi, au moment où le ministre de l’Energie, Samuel Sarr, essuyait les critiques des députés à l’hémicycle, ce centre a réussi l’exploit de réunir trois des plus grands spécialistes de l’histoire du continent : les Sénégalais Mamadou Diouf (Columbia University) et Ibrahima Thioub (Ucad) et de l’américain Fred Cooper de la New York University. Un bel après-midi d’échanges, de réflexions mais aussi et surtout de cours d’Histoire sur les indépendances africaines. Le public, composé en majorité d’intellectuels, d’hommes de Culture, de politiques et des membres de la Société civile ont eu droit à un mémorable cours magistral. Tout sur les hommes, les faits, les dates, les alliances et mésalliances qui ont rythmé l’évolution de l’Afrique a été revisité au cours de cette table ronde dont le thème évocateur est : « Empire colonial, fédération africaine, Etat-nation : Regards croisés d’historiens sur les indépendances africaines ».

Introduisant ce thème, la modératrice, Aminata Diaw Cissé a insisté sur l’actualité du sujet. Et pour cette philosophe, le plus important aujourd’hui est de réactiver ce qu’elle appelle « un horizon de sens » pour, dit-elle, construire « un futur sur ce continent ». Cela, après 50 ans de promesses de développement avorté en Afrique.

Dans sa communication, l’historien américain Fred Cooper, qui vient de publier un livre sur la question coloniale, est largement revenu sur les péripéties qui ont conduit à l’indépendance des pays africains. Il a soutenu que l’Etat-nation n’était pas inéluctable. Pour défendre sa position, il s’est appuyé sur des propos de l’ancien président du Conseil Mamadou Dia. Son collègue Mamadou Diouf de la Columbia University parle presque la même chose et évoque la construction « d’un Etat par défaut ». Pour étayer ses propos, M. Diouf revisite les projets politiques et idéologiques de trois hommes d’Etat sénégalais : Lamine Guèye, Senghor et Dia.


« Senghor recruté pour parler aux sujets »

INDÉPENDANCES AFRICAINES : Regards croisés d’historiens
« Il y avait autant de groupes qu’il y a de partis politiques aujourd’hui », rappelle l’historien. « Ces différents mouvements, explique-t-il, qui étaient soit en négociations ou en conflits avaient tous des visions ». « Cette espèce de fragmentation va jouer un rôle essentiel dans la construction du pouvoir de Senghor ».

Selon le Pr Diouf, cette logique vernaculaire sera la « logique des territoires ». Il a notamment expliqué comment Senghor, « recruté par Lamine Guèye » pour parler aux sujets, a fini par supplanter son mentor.

Tout commence en 1948, lorsque Senghor crée son parti, le Bds. Contre le rouge de Lamine Guèye, Senghor choisit le vert pour son parti. Une couleur qui ne renvoyait pas seulement à la ruralité. « C’était une manière pour Senghor de tendre la main aux musulmans, l’écrasante majorité de la population », soutient-il. Dès 1950, note-t-il, Senghor commence à parler de son fameux « enracinement et ouverture ».


« Indépendance du Sénégal négociée en 15 minutes »

Lui symbolisant l’enracinement, son rival Lamine Guèye, le « déracinement ». Coincé y compris par les appellations, Lamine Guèye, qui recrutait ses militants dans les rangs des commerçants et des fonctionnaires, voit son projet couler aux législatives de 1951. Senghor et Abbas Guèye passent au détriment de l’emblématique avocat. La désillusion d’un homme. Le début d’une carrière.

Mamadou Diouf souligne que cette période a vu l’émergence d’un nouveau langage politique fondé sur les codes culturels des territoires. En réalité, insiste-t-il, Lamine Guèye a perdu la bataille face à Senghor parce qu’il était « contre les arrangements du modèle islamo-wolof ». « Lamine Guèye avait une vision de l’Islam totalement différente des confréries », soutient M. Diouf qui indique que Lamine Guèye se battait pour le « maintien de la citoyenneté et de la liberté individuelle ». Une démarche qui n’était pas loin de celle menée par Mamadou Dia.

« Même s’il soutenait Senghor, Dia ne partageait pas toujours les options politiques de Senghor », pense l’historien. Son collègue Ibrahima Thioub le conforte dans sa position. Mais l’enseignant au département d’Histoire de l’Ucad est surtout revenu sur le processus de décolonisation en Afrique. S’appuyant sur les écrits de grands penseurs comme Abdoulaye Ly, (qui a notamment écrit les regroupements politiques au Sénégal) le Pr Thioub arrive à la conclusion que l’indépendance nous est « tombée entre les mains ».

De l’avis de l’historien, rapportant des propos de Senghor, l’indépendance du Sénégal a été négociée en 15 minutes. « Deux ans avant, ce que nous fêtons (Ndlr : le cinquantenaire) n’était pas voulu », rappelle-t-il. Autrement dit, l’indépendance de 1960 n’était pas voulue par les acteurs. Ce qui s’est traduit, dit-il, par le comportement des leaders politiques au lendemain des indépendances. Il ne se battait pas pour l’indépendance mais pour l’amélioration de leurs conditions sociales (salaires, indemnités).

A ce propos, Thioub parle de la « mystique de l’égalité ». Les Africains, explique-t-il, réclamaient les mêmes droits que les travailleurs de la Métropole.

Ce riche exposé des conférenciers a été suivi de passionnants débats. Au grand bonheur du directeur du Warc, le Pr Sène. Les afro-optimistes ont également donné leur position. Confortant, sans le savoir, Henri Bergson : « Il n’y a pas de loi historique inéluctable ». Ainsi, pour dire que le cours des événements historiques n’est pas une fatalité : il peut se changer. Vivement le réveil du continent !

Abdoulaye DIALLO
Le Soleil


Illustration : PiccMi.Com


Vendredi 23 Juillet 2010 - 09:51



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