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INONDATIONS A RUFISQUE ET DANS LA BANLIEUE DAKAROISE Les populations font le procès des autorités



La pluie continue de faire des ravages à Dakar et sa banlieue. Le quartier Fass Noflaye, à Rufisque, est englouti dans une marre de boue et d’eau. Ses habitants remontés d’avoir été laissés en rade par les autorités de la ville crient au scandale et demandent du secours. A Castors, coupé en deux, on invite les autorités à plus de dignité et d’engagement, en lieu et place de la rhétorique quotidienne. La pluie enregistrée hier, mercredi 18 août, n’a pas fait l’exception. Elle a laissé des familles complètement désemparées et sans soutien. A Rufisque, tout comme à Dakar.



INONDATIONS A RUFISQUE ET DANS LA BANLIEUE DAKAROISE Les populations font le procès des autorités
Fass Noflaye s’enfonce dans la boue

A Rufisque, après le centre des services fiscaux et la caserne des Sapeurs pompiers, derrière le stade municipal, se trouve le quartier Fass Noflaye. Logé dans une cuvette marécageuse qui est vite inondée à l’occasion de toutes les grandes pluies, ce quartier refuse de l’eau. Il est complètement inondé à l’occasion des grandes pluies. C’était le cas hier, mercredi 18 août 2010, après le grand volume d’eau enregistré à la suite de la grande pluie du matin jusqu’après 14 h. Dans ce quartier périphérique du stade municipal de Rufisque, la vie s’est arrêtée pour céder la place à la tourmente et au calvaire.

Le volume et la furie des eaux a fini par engloutir les rues et les cours des maisons dont le sable est boueux. L’eau ruisselle de partout, les rues sont complètement impraticables. En longeant une longue rue, un décor sinistre se présente aux passants. Une partie de la clôture en tôles d’une maison est effondrée laissant entrevoir des latrines sans portes faisant dos au reste de la maison. En bifurquant à gauche, des moutons font la queue au pied du mur d’une maison, sous la fenêtre d’une chambre. La situation d’urgence lui rend visiblement insensible. Une jeune femme sort de chez elle pour déverser un seau d’eau dans la rue. Un jeune gosse de près de sept ans, insoucieux, imite le cri des poules. A l’intérieur de la maison, une vieille femme fait le linge au milieu de l’eau qui remplit la maison.

La famille s’est barricadée à l’intérieur. Il fallait vaille que vaille protéger les enfants très vulnérables en ces occasions. En entrant dans le perron, on trouve une femme mince portant un bébé au dos. « Nos chambres sont complètement inondées. Tous nos matelas sont mouillés. Nous faisons la lessive depuis trois jours déjà sans en finir. Tous nos tapis sont aussi détruits. C’est cela notre calvaire. Nous Sommes très fatigués », déclare Awa Bâ, mère de trois enfants. Selon elle, les enfants ont été évacués dans une maison voisine, de peur qu’ils ne soient emportés par les eaux furieuses. « Nous n’avons nulle part pour aller. Nos latrines sont impraticables et la fosse est pleine. Pour aller aux toilettes, nous nous rendons chez nos voisins. Imaginez ce que ça fait la nuit », poursuit-elle. Au coin de la rue, une autre femme s’active à chercher un passage pour les eaux afin d’évacuer la devanture de sa maison. Interpellée, elle ne met pas les gants pour relater leur fatigue. « Nous sommes fatigués. Nous sommes morts. Nous ne vivons plus. Quand il pleut, voilà ce que nous encourons. Nous ne pouvons pas bouger et nos enfants pataugent dans les eaux. Nous ne demandons que de l’aide », souligne Aïssata Fatty qui révèle à l’occasion qu’elle est sous la pluie depuis le matin pour frayer un passage aux eaux. « J’ai fait évacuer ma belle fille à Diourbel. La maison est invivable. Ce n’est pas bien pour les enfants. Nous sommes fatigués », a révélé Codou Ndiaye. Pour sa part, Souleymane Diallo, sorti d’une maison dont la famille est évacuée à l’Ecole Camp, sollicite un soutien. « Nous ne savons quoi faire. Quand tu répares, le lendemain l’eau détruit tout. Nous demandons de l’aide au nom de Dieu », dit-il.

Entre les mains de Dieu


Tout à côté, l’eau coule à un rythme extraordinaire comme si elle provenait des chutes d’une montagne. Non loin de là, une autre maison est complètement dans les eaux. Trois familles sont prisonnières des eaux. Elles sont embastillées au fond de leurs chambres dans lesquelles tout est mouillé. D’après les témoignages recueillis dedans, les membres de ces familles cohabitant dangereusement avec des serpents s’en remettent à Dieu. « Voilà le calvaire que nous vivons chaque jour, à l’occasion de chaque pluie. Nous sommes inondés à la moindre goûte d’eau. Mon enfant a failli tout de suite être emporté par les eaux », laisse entendre Khady Diop qui nous guide dans une pièce où est disposée une table. Sur cette table est placé un matelas servant à accueillir les petits enfants à chaque pluie, pour ne pas qu’ils tombent dans les eaux. Khady Diop fait le point sur les nombreux dangers qu’ils encourent dans les eaux. « Les eaux nous rendent la vie difficile. Nous éprouvons beaucoup de difficultés pour nous rendre à la boutique ou au marché. Il y a aussi des serpents dans les eaux. Nous ne savons pas ce que nous vivons. Nous sommes entre les mains de Dieu. La dernière fois, lors de la pluie précédente, un serpent amené par les eaux avait pris refuge sous mon lit. C’était un serpent noir », dit-elle. Le chef de famille, Vieux Diop, sobre et posé, indique la source du mal. « L’eau est là qui nous fatigue. Il n’y a jamais eu de problèmes d’inondations dans cette zone. Mais le problème est posé par le canal en dessous de la route venant de Sant Yalla. Toutes les eaux venant de là ruissellent vers nous », explique-t-il.

Le procès des maires

Il profite de ce moment opportun pour intenter un procès de conscience contre les maires qui se sont succédé à la tête de la ville. « Le maire n’a jamais mis les pieds ici. Il ne sait pas ce que nous vivons. De Mbaye Jacques Diop à Badara Mamaya Sène, tous les maires ont été mis au parfum de cette situation. Mais ils n’ont fait que promettre et rien d’autre. On sait que l’eau est du domaine divin. Quand tu as besoin des gens, tu les côtoies pour leur faire des promesses, il faut assumer et les aider quand ils ont besoin de toi. Ils n’ont rien fait pour nous », a-t-il souligné. De son point de vue, il n’y a même pas lieu de parler : « Laissons leur faire ce qu’ils veulent. Nous aussi, le moment venu, nous ferons ce que nous voulons. Je pense qu’ils auront encore besoin de nous. Et nous verrons en ce moment. Nous n’avons que nos voix », fait-il. Une autre femme, très en colère, se rappelle des paroles de Ndiawar Touré qu’ils considèrent provocatrices. « Il n’avait rien trouvé de mieux à nous dire sauf que nous devions faire le maraîchage dans nos maisons. C’est inhumain. Au moins, il nous avait suggéré une idée. Si au moins Mamaya était venu nous proposer de cultiver des ignames, nous aurions su qu’il est au moins près de nous », gronde-t-elle en colère. « Mamaya nous avait promis de nous aider à régler le problème de l’eau. Elisez-moi, je vais vous aider. Tel était son discours. Mais hélas, depuis qu’il est à la tête de la mairie, il n’a pas mis les pieds ici. Ils sont tous pareils. Pour se faire élire, ils peuvent promettre tout l’or du monde, mais après, ils disparaissent », rappelle un autre homme venu à la rescousse. Ndèye Sakho Diop, provisoirement logée à l’Ecole Camp, vide elle aussi son sac. « C’est le directeur de l’école qui nous a aidé. Je n’ai nulle part pour aller avec ma famille.

L’eau nous a fait déguerpir en prenant notre maison. J’avais avec moi un enfant malade et une belle fille en état de grossesse. C’est vraiment grave. Personne ne nous aide. En tout cas pas la mairie. Et pourtant nous les appelons à toutes les occasions. Mais ils ne nous répondent jamais. Nous ne sentons vraiment pas qu’il y a des autorités ici. Durant les élections, notre quartier ne désemplissait pas de la valse des politiciens. Aujourd’hui, nous ne les voyons pas », regrette-t-elle. Pour elle, les habitants de Rufisque peuvent bénéficier des parcelles octroyées aux habitants de la banlieue d’autant plus que Sangalkam est une partie de Rufisque. Le volume d’eau de pluie recueillis durant la journée est très nombreux. Il y a partout des flaques d’eau. Tout est inondé. Sur la route nationale, le long de la voie, ce sont des marres d’eau à perte de vue. De l’hôtel Mame Kumba Lamba à Rufsac, les rebords de la route sont inondés. A Grand Mbao, le garage des taxis assurant la desserte vers le village traditionnel lébou est déplacé à plusieurs dizaines de mètres de la route nationale. Le bar restaurant « Le Flamboyant » est inondé. A Keur Mbaye Fall, les employés de la boulangerie après le dispensaire puisent l’eau et la déversent dans la rue. De Fass Mbao à Sicap Mbao, c’est le même décor. Le portail de la fabrique « Les Mamelles Jaboot » est inondé. La devanture du foirail est aussi dans les eaux. Un camion préposé au transport de vaches s’est embourbé près de là. Un peu plus loin, après la rue menant vers l’école Massamba, un talibé, peut-être lassé de n’avoir pas récolté assez de charité, s’est allongé sur les carreaux à côté de la porte d’une boutique située au bas d’une terrasse près de la route. Son pot posé à côté de sa tête, il savoure son instant de liberté provisoire. Il dort sans se soucier du regard des passants. Bonjour Diack Sao, me voilà Tableau Tivaouane. La rue menant à la grande mosquée du coin est complètement couverte par les eaux. Une motopompe y est disposée pour évacuer les eaux vers le canal au bord de la route. Poste Thiaroye se montre, puis Guinaw Rails Sud où la route longeant la commune d’arrondissement est dans la nasse. Tout en face, à Cinéma Thiaroye, la rue qui mène à l’intérieur vers la case des tout-petits est engloutie par une eau noirâtre. Le comble est trouvé à Castors.

Castors plonge dans l’eau


Castors présente un visage redoutable. Au croisement de la Cité des eaux, un concert de klaxons rappelle la délicatesse de la situation. Une longue file de véhicules se bouscule le passage presque barré par l’eau. Plusieurs centaines de mètres en allant vers l’avenue Bourguiba, c’est le comble. L’eau s’étale à perte de vue, jusqu’à la devanture du bureau de la Senelec, obligeant les véhicules à bifurquer à hauteur de la Direction de l’action sociale du ministère de la famille pour contourner la grande marre. Des individus pressés retroussent les pieds de leur pantalon et pataugent dans l’eau. Un véhicule éteint au milieu de cette grande marre d’eau, de même qu’un camion chargé de marchandises, sont abandonnés par leurs chauffeurs. Un grand embouteillage s’est produit à hauteur du croisement aux deux stations Total à Castors, près de la Société Générale de Banque au Sénégal (Sgbs). Le policier est complètement envahi. Il y a longtemps qu’autant de volume d’eau n’a pas été enregistré à Castors à la station de pompage qui ne fonctionne pas. Les autorités ne se sont pas manifestés, ni même les agents de l’Office nationale pour l’assainissement du Sénégal (Onas). « Personne n’est venue. Il n’y a pas de réactions, ni d’efforts. Et pourtant, cette route est une artère, une voie de dégagement qui ne doit pas être bloquée. Les pompes peuvent tomber en panne, mais il peut y avoir d’autres moyens, la présence par exemple. En résumé, il faut simplement s’accorder à dire que c’est dommage et désolant », fait remarquer Toumani Camara, Infographe. Pour Dame Samb, « le temps des théories est révolu, la place doit être réservée aux actes ».

En tout état de cause, il va continuer à pleuvoir à Dakar. Ses populations prises en tenaille dans les cuvettes et bas fonds dans la banlieue et ses environs vont encore souffrir, le temps de la durée de l’hivernage. D’aucuns auront la possibilité d’aller payer le loyer ailleurs et d’autres bénéficieront de la chance d’être porté au plan Jaxaay. Mais quoi qu’il arrive, le problème des inondations nécessite un grand engagement politique. Des sources s’accordent à dire que le Président Wade est allé en France pour trois mois. Est-ce pour fuir loin des lamentations des banlieusards, ces éternels sinistrés ? Tout laisse à le faire croire. Et si l’information est vraie, il faut reconnaître qu’il est parti au mauvais moment.

Chérif FAYE | Sudonline.Sn

Jeudi 19 Août 2010 - 13:40



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