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JUDAISME, ARTISANAT ET CASTES Selon Ahmed Khalifa NIASSE





JUDAISME, ARTISANAT ET CASTES Selon Ahmed Khalifa NIASSE
Hormis le cas des Falachas d’Ethiopie, l’on a toujours eu tendance à considérer que l’histoire du peuple juif et celle du peuple noir suivaient des cours parallèles destinés à ne jamais se croiser et que le monothéisme abrahamique n’avait fait son apparition en Afrique subsaharienne qu’à la faveur de l’expansion de l’Islam au VIIe siècle, qui en aurait été la seule manifestation dans le monde noir, du moins jusqu’à la colonisation et le processus de christianisation qui l’a accompagnée. Pourtant, il nous semble que, dans cet espace saharo-méditerranéen si propice aux échanges, des relations et des faits aujourd’hui oubliés du fait de l’oralité ont bel et bien existé entre l’Afrique noire et le judaïsme, et que celui-ci a laissé des empreintes visibles aujourd’hui encore dans notre civilisation.

Encore une fois, cette étude ne se veut point un essai scientifique au sens habituel du terme, bien loin de nous cette prétention. Néanmoins, ayant eu l’occasion, dans le cadre d’un ouvrage autobiographique, de réfléchir au problème du rejet des castes dans la société sénégalaise, nous nous sommes intéressé à cette hypothèse déjà énoncée par ailleurs dans les travaux de Cheikh Moussa Camara ou Delafosse. Les quelques indications qui suivent ne sont qu’un modeste clin d’œil aux chercheurs et linguistes, pour les inciter à se pencher davantage sur cette hypothèse, et à découvrir dans l’étude de la langue même, les traces d’un monothéisme juif ancien présent en Afrique Noire.


Pour se représenter la possibilité d’une telle rencontre entre l’Afrique noire et le peuple juif, il est primordial de se remémorer les liens de l’Afrique subsaharienne avec l’Ethiopie, prolongement de la zone soudanienne dont le Sahara constitue une sorte de réplique occidentale. En d’autres termes, on peut considérer la zone soudanienne comme un ensemble constitué de trois parties : une partie orientale, une centrale et une partie occidentale, qui forment trois cercles juxtaposés, et présentent des similitudes tant sur le plan climatique qu’au niveau morphologique de leurs populations.

La légende dit que lors de l’Exode, la treizième tribu d’Israël se serait égarée dans le désert…si elle a vraiment existé. On peut supposer qu’elle (ou du moins une partie de ses membres) ait remonté le cours du Nil ou traversé le désert libyen, et put ainsi s’introduire en Afrique, en se fixant d’abord dans les oasis du Sahara, avant de pénétrer plus avant dans le Sahel. Qui sait si, confiante en la promesse de Yahvé, cette communauté juive n’a pas cru trouver la Terre Promise dans cet espace, dont le nom, souvent rapproché de l’arabe sahil "rivage", pourrait alors être compris comme Sah-El "territoire de El (Dieu)". Les fleuves Niger et Sénégal lui seraient alors apparus comme un nouveau Jourdain. Nombreux d’ailleurs sont les ruisseaux du Saloum qui portent le nom de Bani Israël, souvent abrégé en Bani. Dans une telle perspective, il s’en est fallu de peu que le Fouta Toro ne prît des allures de Mont Sinaï. On retrouve en tout cas le même nom de Tor pour évoquer la montagne. En s’installant dans cette nouvelle Terre Promise, cette communauté judaïsée édifia également des cités dont celle de Urosogi, littéralement, "Cité de Ségui", où Uro pourrait être rapprochée de l’antique Ur chaldéenne, racine sémitique que l’on retrouve encore de nos jours dans le nom de Jérusalem, ville de la paix. Sans même aller jusqu’à faire remonter cette présence juive à l’Exode, les migrations parties d’Egypte et de Libye, et dont a fait état Cheikh Anta Diop dans ses travaux, ont pu comporter également des éléments d’origine juive quand on connaît l’étroitesse des liens qui unissent le peuple juif à cette région.

Il faut aussi garder à l’esprit que d’autres foyers de peuplements juifs plus tardifs ont pu contribuer plus tard à ce rapprochement avec l’Afrique subsaharienne. Ainsi, en Afrique du Nord, la synagogue de Gariba, aujourd’hui connue sous le nom de Djerba, est vieille de 3000 ans. Elle constitue donc un lieu de culte ancien et une source possible pour le rayonnement des influences judaïques. En Algérie, le royaume de Massinissa est historiquement lié au judaïsme. Après les premiers pogroms perpétrés par les Romains, les communautés juives ont été contraintes de fuir vers le désert, se réfugiant dans les oasis avec lesquelles le commerce avait fini de les familiariser. Enfin, à une date plus tardive encore, les effets de la Reconquista ont généré une importante migration des populations juives et musulmanes expulsées d’Espagne vers l’Afrique du Nord. Cette migration a d’ailleurs pu se prolonger vers les zones situées plus au Sud.

Comme on le voit, aussi bien au Nord qu’à l’Est, l’Afrique subsaharienne est parsemée depuis longtemps de nombreux foyers de peuplements juifs qui sont autant de sources possibles de diffusion de la civilisation hébraïque dans le Monde Noir. Mais un tel phénomène, aussi important qu’il fut, finit fatalement par s’effacer des mémoires,d’autant plus qu’aucun vestige, ni aucun document écrit, n’ont subsisté pour en attester l’existence ancienne. Dans de telles conditions, la seule piste d’investigation possible reste alors celle de la langue qui, ainsi que nous l’avons expliqué dans notre étude sur le wolof, est constituée de différentes strates, portant chacune la trace des brassages culturels qui ont eu lieu dans la région à une époque donnée.

Tout comme en géologie, plus la strate est ancienne, plus il est difficile d’y accéder, et cela est d’autant plus prévisible ici qu’avec la dynamique évolutive de la langue, les apports étrangers s’y trouvent progressivement assimilés au point de fondre, au fil du temps, dans le fonds propre de la langue. Néanmoins, un examen attentif permet d’entrevoir maints indices disséminés dans la langue, qui attestent la réalité de cette présence juive ancienne en Afrique Noire. La première série d’indices est assez significative car elle concerne directement la désignation des groupes ethniques que nous supposons être les dépositaires de cet héritage juif, à savoir les Peuls.

Prenons tout d’abord le nom de falacha que nous avons évoqué en introduction. Il est à rapprocher de l’appellation que les Arabes donnent aux Peuls, à savoir fallata. Eux-mêmes, dans les diverses dénominations qu’ils se donnent, soulignent toujours une origine non indigène, étrangère.

Vient ensuite le terme fowul. En arabe, ce terme dénote des groupuscules, des restes de troupes décimées pourrait-on dire. Cela implique là encore la migration de groupes nomades détachés d’un ensemble plus vaste. Les Saraxole, anciens habitants de l’empire du Ghana, se considèrent comme des hommes blancs, ce qui semblerait surprenant pour une population aussi anciennement installée dans cet espace. Mais cela pourrait étayer l’hypothèse d’une communauté juive ancienne vivant dans cet environnement subsaharien. Par ailleurs, les Peuls se définissent aussi comme des hudaabe, mais il s’agit en réalité de yahudaabe, la prononciation usuelle tendant à escamoter le mot en tronquant la syllabe initiale. Il serait même difficile de ne pas soupçonner par là une certaine parenté de yahodaabe avec le terme yahud "juif ". L’on doit également noter que ce nom se décline aussi en wadaabe, dont la forme diminutive est le nom de famille Wàdd . Nous aurons l’occasion d’y revenir plus loin dans la partie consacrée à l’étude des noms de famille.


Revenons un instant à notre hypothèse de départ. Elle pose donc qu’à une date plus ancienne, une population d’origine juive aurait traversé le Sahara pour s’installer en Afrique Noire, c’est-à-dire dans un espace culturellement très différent, tant au niveau des croyances que des coutumes. Dans ce contexte de culture orale et païenne, cette communauté se distinguait en tant que Peuple du Livre, lisant et récitant la parole divine, et affirmant à chaque génération son adhésion au pacte d’Abraham par la pratique de la circoncision. Ce n’est pas un hasard si en wolof, les termes renvoyant à cette dimension religieuse ont la même racine :

jàng "lire, étudier" mais aussi "psalmodier", a donné jàngu "le lieu de culte, le temple". Il est aussi apparenté à jong qui signifie "circoncire". C’est également un nom de famille, ou plus précisément, d’une caste. Tout comme Tow qui n’est pas sans évoquer la Towrah ou encore Bitey où l’on peut reconnaître beytil "la maison d’El, Dieu". Les noms de famille Kane, Ka, Kone ou Kanuté sont à quant à eux du nom de famille sacerdotal Kohen et de l’arabe kahin qui désigne le prêtre païen, voire le devin, kahana signifiant "désignation".

Dans le même ordre d’idées, xam-xam, ainsi que les mots de la même famille, exprimant la connaissance (xam, xamle, etc.), viendrait selon notre hypothèse de hakham, Ce mot hébreu qui désigne le religieux juif dérive d’une ancienne racine sémitique que l’on retrouve aussi en arabe : il signifie "détenir entre ses mains", notamment détenir le pouvoir hâkim , ou le savoir hakîm.

Au-delà de la langue, on relève plusieurs pratiques culturelles dont l’origine hébraïque semble très plausible. Nous citerons deux exemples : d’une part, celui de la danse collective toucouleur du nom de yeela où l’on retrouverait la racine El- Dieu, qui rappelle nettement les danses collectives juives. Et d’autre part, la superstition des bergers peuls qui ne se risquent jamais à sortir une bête du troupeau le samedi, de crainte de voir une calamité s’abattre sur l’ensemble du troupeau. Cela nous apparaît comme une survivance lointaine du Sabbath. Nous signalerons au passage l’appellation peul de la girafe qui, tout africaine qu’elle est, est identifiée au chameau et reçoit le nom hébreu de chamala, autre indice de l’origine étrangère, orientale de cette ethnie.

Ces quelque éléments nous donnent donc déjà l’image d’une communauté juive caractérisée par son savoir et sa croyance monothéiste, bien antérieure aux musulmans qui n’apparaîtront qu’au VIIe siècle de l’ère commune. On peut du reste supposer que le nom de jullit "nomades", donné à ces derniers est en vérité un héritage de leurs prédécesseurs juifs qui les premiers avaient emprunté les routes du désert. Le nom Jàllo justement, qui signifie "passant", est l’exacte traduction du terme hébreu, compris comme un peuple d’éternels nomades. La différence entre les deux groupes, juifs et musulmans, ne devait pas être très flagrante au départ, tant ceux-ci se ressemblaient de par leur origine sémite et leur croyance commune en un Dieu unique. Ce n’est que peu à peu, lorsque le souvenir de cette ancienne migration juive se fut estompé, que l’islam s’imposa comme première référence du monothéisme en Afrique noire.


Quoiqu’il en soit, l’influence de cette communauté judaïsée ne se limita pas au domaine religieux, mais eut aussi d’importantes répercussions sur le plan des techniques. En s’installant en Afrique subsaharienne, elle apportait avec elle un certain savoir-faire dans le domaine de la tannerie, de la forge et du travail du tissu.

A cet égard, le nom du tisserand en wolof, ràbb, est assez révélateur car il évoque de façon très transparente l’hébreu rabbi, et suggère l’origine hébraïque de cet art. Il est intéressant de constater que dans leur pratique même, les tisserands ont conservé des habitudes qui ne s’expliquent qu’une fois mises en relation avec les coutumes juives. Ainsi, les étoffes sont invariablement tissées en rouleaux de longues bandes étroites. L’usage qui en est fait aujourd’hui relève d’un style opposé à la tradition. En effet, afin de confectionner des pagnes, l’on a dû découper ces rouleaux en petites bandes pour les assembler, alors que leur forme originelle et leur dimension correspondaient exactement à celles des étoffes que les rabbins utilisaient pour orner leurs costumes.

Par rapport à la cordonnerie, le nom wolof du cordonnier, uude, pourrait être tenu comme provenant d’une aphérèse de yahud. On pourrait en dire de autant de Mbow, nom totémique des tanneurs et cordonniers, qui est à rapprocher du nom et verbe servant à désigner en wolof l’activité du cordonnier, ëw, apparenté au pulaar ëwde. En supposant que mbow ou bow soit un préfixe qui a été ajouté à cette racine, cela aurait donné mbowëwde ; puis la seconde partie du mot aurait disparu suite à une apocope pour donner mboh en toucouleur. Là encore, tout porte à croire que la langue fait l’histoire même de l’implantation ou de l’acquisition des techniques artisanales de bases en Afrique Noire par le biais de maîtres juifs.

Au vu de ces éléments, il serait aussi intéressant de s’interroger sur la signification originelle des castes qui constituent, disons le, une spécificité typiquement sahélienne en Afrique. Nous avons déjà eu l’occasion de voir à travers cet exposé que l’on retrouvait plusieurs noms castés parmi les noms évoquant vraisemblablement une origine juive : Jong, Je?, Tow, Hod, Mbow, etc. A cette liste, l’on peut encore ajouter d’autres noms comme Caam qui évoque le père légendaire des sémites, Sam ou encore


Cham, la grande Syrie, patrie d’origine des Hébreux. Le prénom très africain Samba serait lui-même une déformation de Sam abba, avec abba qui signifie "père", tandis dans Coumba, on trouve oum "la mère" en hébreu, réplique féminine de Samba dans le couple primordial. L’analyse donnée pour Samba vaut pour Samb, nom totémique qui donne Sambou, chez les Diolas. Pen quant à lui viendrait de Ben "fils de", et qui entre dans la composition des patronymes sémites. Il n’y a pas jusqu’à Soh, nom totémique, qui ne rappelle l’étymologie que nous avons donnée plus haut pour Sahel.

La relation entre gens de castes et influence judaïque semble incontestable. Forte de ses croyances, de son savoir et de son savoir faire, cette communauté judaïsée constituait une véritable élite. Non seulement elle savait fabriquer des armes et des outils pour l’agriculture, travailler le cuir, elle maîtrisait aussi la musique, la diplomatie, la médecine des plantes, et les arts divinatoires, en tant que pratiques liées aux métiers de la forge. On peut d’ailleurs avancer comme preuve de ce prestige social la présence de prénoms hébraïques chez les rois de l’époque. On peut retenir par exemple, Yéli dans le Baol, à rapprocher de Yael, Salmon dans le Sine, à rapprocher de Salomon, sans oublier le fondateur mythique du Fouta, Daogo, qui aurait donné son nom aux Dia et Diaïté, et qui évoque l’hébreu David. Mais au sein d’un environnement majoritairement païen, cette communauté monothéiste était constamment menacée par le risque d’acculturation. Le meilleur rempart face à ce danger était alors la pratique stricte du mariage endogamique qui, au fil du temps, perdit sa signification originelle et devint la marque d’une dépréciation sociale, au terme d’un processus qu’il reste à élucider.


Nous laissons aux chercheurs le soin de nous éclairer davantage sur les questions soulevées par ces faits de langues et les hypothèses émises par plusieurs auteurs dont Delafosse et Camara sur cette face cachée de l’histoire subsaharienne.

Extraits de mon livre sur le Wolof

Ahmed Khalifa NIASSE

Président du Présidium du Front des Alliances Patriotiques

Mr.Cmr - PiccMi.com

Vendredi 17 Décembre 2010 - 17:44



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1.Posté par Aschkel le 20/12/2010 06:43

Bonjour,


merci pour ce très bon article

juste dire que c'est Sem le père des sémites

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