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LA MENDICITÉ, UNE HONTE DE NOTRE VILLE





LA MENDICITÉ, UNE HONTE DE NOTRE VILLE
Il le défend comme un animal acculé. Le supplicié, le souffle court, revient pourtant à la charge, pour ne recevoir que des coups de poing, de genou, des gifles qui lui font mettre un pas à terre. La morve coule de ses narines et ses pleurs, sauvages, glaçants, se transforment en un puissant râle. Il crie à la mort, les lèvres tuméfiées, une arcade ouverte, alors que son tortionnaire, les poings serrés, s’attend à la prochaine offensive de son frêle adversaire.

Ils marmonnent plus qu’ils ne parlent, et c’est le silence des autres membres de la bande qui étonne. Ils ont formé une arène improbable autour d’eux et ne commentent pas. Chacun tient qui sa sébile, qui un quignon de pain et ils sont tous d’une saleté repoussante. Le plus fort doit rendre une pièce de 25 francs, mais il dit ne pas avoir de monnaie. Un bon samaritain leur avait donné une pièce de 100 francs.

Ils étaient quatre. Seul ? Le rétif du groupe avait réclamé sa part tout de suite, alors que les deux autres avaient sagement suivi la proposition du « patron » de garder la cagnotte, en attendant de meilleures minutes, la journée ne venant d’ailleurs que de commencer.

Neuf heures n’avaient pas encore tapé et seuls les vrombissements des bus, le flux grossissant des voitures qui filaient vers Fass et les voies menant au centre-ville, les gargotes, les vendeurs de journaux à la criée et de cartes de rechargement donnaient vie aux allées Seydou Nourou Tall de Dakar, une matinée déjà ensoleillée d’octobre.

Pourtant, sur le trottoir, la mort guettait ; sur cet indifférent trottoir, le jeune enfant de la rue risquait sa vie. Là, devant tout le monde et personne à la fois. Les deux enfants de la rue se battaient comme des gladiateurs. La haine. Froide. Métallique.

Dans leurs regards, quelque chose d’indicible ; animalement intense. C’est sûr, si le plus faible avait une arme entre les mains, il aurait tué son adversaire. Ils étaient maintenant arrivés près d’un cordonnier impassible ; même pas un sourcil pour la scène.

Un dernier coup à la tempe, suivi d’une série de coups de coude saccadés sur le dos du pauvre condamné, l’achèvent. Il s’est main- tenant adossé à la grille métallique d’un magasin pas encore ouvert et là, il pleure. Une longue complainte, déchirante, résignée.

Il inspire profondément pour pleurer, encore pleurer. Un damné de la vie. J’ai honte.

Repus après son orgie de violence, le vainqueur se rassoit et explique calmement que l’autre provoque des combats pour pousser les passants à les départager. Avec des piécettes. C’est sans doute plus compliqué qu’il ne le dit, mais le procédé mafieux est manifeste. Dans un parfait jeu de rôles, la violence bestiale s’érige en modèle, en règle. La loi du milieu. Elle est dure, implacable, sans pitié pour les faibles.

La solution a, en effet, été trouvée quand un témoin de la scène a brandi un billet de 500 francs pour mettre un terme au carnage. Mal en point, le battu se tient les côtes, recroquevillé à même le sol, mais entre deux profonds reniflements pour faire remonter sa morve, ce qui lui reste d’énergie est entre les muscles de ses doigts.

Le billet. Ils n’ont pas plus de quinze ans ; ils sont laissés à eux- mêmes et semblent mener une vie de desperado. Ce sont des « talibés », l’une des hontes de nos villes.

Ils constituent l’un des dangers qui guettent ce pays dans un horizon pas trop lointain si la pleine mesure des risques qu’ils portent n’est pas prise. Se demander où sont les parents est aussi inutile que vain. Personne n’est responsable et ce n’est pas normal.

Entre indignations, appels en tous genres, mobilisation des religieux et des organisations d’aide à l’enfance défavorisée, on a bien fini par dire non. Une société qui ne protège pas ses enfants, ne peut espérer qu’un avenir sombre. S’il en a un.

Solennellement, la loi 2005-06 qui a été votée, interdit la mendicité. Elle prend en charge les aspects relatifs à la traite des personnes et l’exploitation de la mendicité d’autrui.

Mais difficile à appliquer car incomplète dans beaucoup de ses aspects. Les décideurs pourraient dépasser l’idéologie humanitaire et religieuse qui retarde le combat de front contre « l’organisation » et la traiter en question politique. Car, tranquillement, en toute indifférence, les grands criminels de demain se font la main sous nos yeux.

SAMBOUDIAN KAMARA

PiccMi.Com

Samedi 18 Octobre 2014 - 20:00



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