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LA VERITE SUR L’EXPLOITATION DES PHOSPHATES DE MATAM : Environnement dégradé, santé des populations menacée, absence de sécurité des travailleurs



Lové à Hamady Ounaré, à plus d’une soixantaine de kilomètres de Ourossogui, au terme d’une route latéritique et cahoteuse, le site qui abrite l’usine des phosphates de Matam baigne dans une ambiance de calme olympien que ne troublent que les rafales intermittentes du vent violent qui souffle dans le Nord du pays. Chaud, sec et soulevant à chaque coup une poussière jaunâtre qui ajoute au halo voilant les engins installés çà et là. Hormis cela et les 40° de chaleur, rien, en ce dimanche, n’indique de l’activité. À l’intérieur de la mine où des tranchées sont creusées un peu partout, pas âme qui vive. Sauf le gardien, qui sort des entrailles comme d’un diable de sa boîte. «Qui vous a dit de venir jusqu’ici ?», s’emporte-t-il en s’empressant de donner l’ordre de rebrousser chemin : «Il est formellement interdit de venir dans ce site et puis aujourd’hui c’est dimanche, personne ne travaille à l’usine». Cette unité industrielle qui avait été inaugurée en grande pompe par le chef de l'Etat avait suscité beaucoup d’espoir. Elle a réussi à sortir cette bourgade de l’anonymat et a contribué à relever le niveau de l’emploi, hors agriculture, dans la zone en la dotant d’une unité industrielle qui dans le cadre de son développement, projette de devenir une exploitation minière qui va structurer l’économie de cette zone Nord. Mais à mi chemin, quatre ans après, l’évaluation divise.



LA VERITE SUR L’EXPLOITATION DES PHOSPHATES DE MATAM : Environnement dégradé, santé des populations menacée, absence de sécurité des travailleurs
Quatre jeunes travailleurs de l’usine, habitant les villages environnants, donnent le ton et crient leur ras-le-bol, sans retenue. «Vous voyez comment notre environnement est dégradé, on creuse un peu partout sans remblai», lance, dépité, Abdoulaye Sarré. «Cette zone qui était réservée au pâturage est devenue maintenant sans utilité», renchérit son compagnon. Le coupable est tout désigné : La Serpem qui exploite la mine.

Son collègue Samba Dia renchérit : «Le produit est dangereux, j’en sais quelque chose parce que je travaille ici, parfois, il colle dans les narines et aussi ça fait mal aux yeux. Pis, on travaille sans masque, ni gants. Quand tu es malade personne ne te prend en charge». Amadou est plus radical : «tout est informel ici, j’ai travaillé à l’usine pendant huit mois, je n’ai pas de contrat, on te paie des miettes, sans traces. Je vous jure que ce que j'ai vécu là-bas, c'est l'exploitation de l'homme par l'homme». Son collègue qui préfère garder l’anonymat, de peur d’être renvoyé de l’usine, témoigne : «Il y a un gars qui s'appelle Idrissa, il était malade à cause du produit, il est parti au dispensaire et on lui a dit que c'est à cause du produit et il a fini par abandonner».

«Ce phosphate est naturel, il n'est pas toxique. C'est un produit 100% bio, il n'y a aucun élément chimique», clame le Dg de la Serpem

Le produit est-il toxique ? La direction de l’entreprise dément formellement et apporte des éclairages techniques. «C'est l'ignorance quand des gens posent des problèmes comme ça. Ce phosphate est un phosphate naturel, il n'est pas toxique. C'est un produit 100% bio, il n'y a aucun élément chimique qu'on ajoute dans ce produit, tout est bio, donc, quand les gens disent qu'il y a des produits toxiques, chimiques, vraiment je ne sais pas le qualifier», dit Eugénie Ngor Faye. Mais, estime le Dg, «il y a la poussière, c'est un phosphate qui est pulvérulent au sein de la mine» et pour la protection des travailleurs, «nous achetons tous les éléments nécessaires, chaussures de sécurité, gants et masque anti-poussière au sein de l'usine». Le docteur Ousseynou Sow, chef de Poste de santé de la commune, reste lui dubitatif. Il dit avoir constaté dans ses consultations de nouveaux types de maladies à savoir les Iras qui sont des maladies liées à l’infection respiratoire et les dermatoses qui sont les maladies de la peau, même s’il dit n’avoir pas encore fait le lien avec l’usine.

«Je ne peux pas écarter les phosphates, l’usine est presque dans le village, vous savez, là où il y a ces genres de produits, même avec la poussière véhiculée par le vent, c'est source d'affection. Je parle en connaissance de cause car je traite ici les Iras et les dermatoses qui occupent la place N°I sur la zone, le palu a fait un grand recul», explique le médecin selon qui «il faut protéger la zone car les conséquences de ces maladies sont énormes : il y a la toux, la tuberculose et beaucoup d’autres choses». Pour conforter sa thèse, il prend le contre-pied du Directeur de l’usine en déclarant : «J'ai constaté pour les gens qui travaillent là-bas, ils n'ont aucune protection. Ils vont là-bas sans masque, ce qui est très dangereux, cela a un lien direct avec certaines affections. Moi j'ai été un peu ébahi quand j’ai vu des gens travailler dans ces conditions. Et ce qui est plus grave, ni la population, ni les gens qui y travaillent ne sont conscients du danger».

Mais ce qui étonne le plus le médecin de Hamady Ounaré, c’est le fait, dit-il, que les autorités de l’usine n'ont contacté aucun poste de santé sur les trois qui existent dans la zone, ce qui à ses yeux est anormal. «Actuellement, les gens ne sentent pas encore le problème et pourtant, on a beaucoup d'Iras, il faut suivre nécessairement certaines personnes. Il y a même des rechutes et la principale cible, ce sont les enfants».

«Les Iras et les dermatoses ont envahi la zone», selon Dr Sow

Des propos en porte–à-faux avec ceux du Directeur général de l’usine. «Nous avons pris nos dispositions. Nous sommes à 1,5km normalement de là où il se trouve. Nous sommes loin de toute habitation et sommes sous hangar, il n'y a pas d'émission de poussière à l'extérieur. Maintenant, que le médecin dise qu'il a eu une recrudescence de maladies pulmonaires ou de maladies sexuellement transmissibles, je n'enlève pas à ce qu'il dit, je ne l'ai pas vérifié, mais je suis certain que ce n'est pas lié aux phosphates qui sont à deux ou cinq km de la zone. Et je vous vous dis que c'est un produit naturel qui entre dans l'alimentation du bétail», explique-t-il. M. Faye va même plus loin en indiquant : «Il y a même autre chose. Parce que quand une région minière se développe, il y a la promiscuité, il y a tout ce qu'on appelle les Mst et ça, c'est corollaire à tout développement minier et à toute activité industrielle, surtout dans le domaine des mines, ça nous le connaissons». Il rassure cependant : «Ceux qui travaillent au sein de l'usine sont pris en charge entièrement. Nous avons un médecin d'entreprise qui est à Matam, en cas de maladie, c'est lui qui intervient. Je prends aussi la charge au niveau de toute maladie, je paie l'intégralité de la facture pharmaceutique et quand quelqu'un est atteint de maladie ou quoi que ce soit, nous l'évacuons, nous le prenons totalement en charge et nous appuyons même sa famille».

Quand la mairie cherche désespérément des retombées


La mairie de Hamady Ounaré n'a pas encore bénéficié des retombées de ce don du ciel et pourtant, l'attente était très grande au début. Du moins, c’est l’avis du Secrétaire d'état-civil de la commune, Soyibou Diawara. «Depuis l’installation de l’usine, nous n'avons rien reçu et nous le réclamons de vive voix. C’est le cas aussi des villages environnants : Ndendory, Bossiabé, Wali Diara et Pollèle», dit-il.
Cette situation a aussi été dénoncée par les organisations de la Société civile de la région de Matam lors de leurs deux rencontres à Orkadiéré. Et le débat a tourné, selon Ousmane Ba, coordonnateur des acteurs non-étatiques, sur l’attitude de la société qui, «depuis son installation, a ignoré les collectivités locales». À ce propos, M. Ba s’est voulu on ne peut plus clair : «La grande question est que l’usine ne verse rien à la mairie. Pourtant, le Code minier est clair là-dessus. Il y a un fonds de péréquation qui est là et qui doit servir à redistribuer tout ce que la société mettra dans la cagnotte aux collectivités locales qui entourent la mine. Cela, nous le savons, nous avons même le décret avec nous».
En tout état de cause, le Secrétaire d'état-civil de la commune pense que cette situation doit être réglée, le plus rapidement possible, car «c’est une nécessité». Même s’il précise que la société se signale parfois par des interventions au plan social, il n’en juge pas moins que «c’est largement insuffisant». «Après l'interpellation du maire pour un appui concernant les problèmes d’assainissement, elle a fait un geste, mais il reste beaucoup, au regard de la complexité du problème. Je crois qu'ils devraient davantage aider la population», dit-il.
Mais ce qui lui donne de l’urticaire, c’est le fait que l'usine soit sous leurs yeux, que des camions viennent charger et repartir et qu’il leur est difficile de trouver de l’engrais. «L'année dernière, les responsables de l’usine ont donné trois sacs à chaque paysan et même là, il fallait qu’ils le réclament pour en avoir. Pour changer cette situation, nous avons créé un comité de suivi qui va se rapprocher des responsables de l’usine de phosphate et trouver des solutions».

La Serpem liste ses actions en faveur des populations

«Très étonné». Telle est la réaction du Dg de la Serpem devant certaines récriminations des autorités municipales. S’il souligne qu’«il n'y a pas de taxes» versées dans les caisses de la mairie, renseignant : «s'il y a des taxes, elles sont versées au Trésor d'après le Code minier», M. Faye ne se désole pas moins de la tournure des choses. «Pour la mairie, ils ont fait un témoignage et ils sont venus me voir personnellement, ils sont venus au nom du maire de Hamady Ounaré pour remercier la Serpem de toutes les actions que nous avons menées à Hamady Ounaré, c'est pourquoi je suis très étonné d'entendre qu'ils disent qu'ils sont mécontents de notre action là-bas», souligne M. Faye, selon qui «il y a toujours amalgame, il y a des gens qui sont derrière qui disent ce qu'ils pensent, qui disent qu'ils ne sont pas informés».

Il s’insurge aussi contre le fait qu’on nie les actions faites par l’usine à l’endroit des populations. «Nous appuyons les populations. L'année passée, nous avons distribué gratuitement du phosphate pour que les populations ne disent pas : ‘nous avalons la poussière, que c'est le bruit qui nous empêche de dormir’ ; et donc nous leur avons attribué des tonnages», dit-il. Et de soutenir : «Quand les populations ont des problèmes, par exemple les manifestations religieuses, elles nous sollicitent et nous les appuyons. On nettoie les zones, on les appuie en eau et parfois aussi on assiste de façon pécuniaire, selon les limites de nos moyens». La société a aussi «financé un immeuble pour les étudiants de Matam» qu’elle soutient «pour l'acquisition de carte de restauration et d'autres actions». «Les élèves et les enseignants nous sollicitent pour des appuis», ajoute M. Faye qui rappelle qu’«avant, il n'y avait aucune activité industrielle, aujourd'hui, il y a un démarrage, je crois qu'elles doivent s'approprier ce projet, c'est leur projet, c'est pour eux. On aurait pu faire l'usine de granulation à Dakar ou au port de Saint-Louis, on prend le phosphate, on l'emporte, on le granule ; on a dit non, il faut le mettre sur place pour qu'il y ait une activité pour la population. Ce n'est pas suffisant, je le reconnais, mais c'est déjà quelque chose là où il n'y avait rien avant».

Études environnementales : Quand la charrue est mise avant les boeufs

Y a-t-il violation du Code minier ? en tout cas, la question environnementale autour de l’usine de phosphate divise. Acteurs de développement et direction de l’entreprise ne parlent pas le même langage.

«La Serpem ne respecte pas le Code de l'environnement. On a saisi le service régional de Matam qui nous a fait comprendre que cette société tord la main aux textes», a estimé Ousmane Ba, président des acteurs non-étatiques. Sada Bocoum, coordonnateur local du Forum civil à Matam, explique, de son côté, qu’«il n'y avait pas d'études environnementales. Au départ, ils avaient dit que les études environnementales n'existaient même pas, ils ont démarré l'exploitation de ces phosphates sans ces études. Ce qui est en porte-à-faux avec le code minier. Car cette étude devrait se faire en amont».

Pour corroborer cela, Ousmane Ba rappelle : «au Salon international sur les mines en 2010 à Dakar, j'ai dénoncé ce fait selon lequel on est en train d’exploiter les phosphates de Matam sans étude environnementale. Tous ceux qui étaient là-bas étaient surpris de cette violation des règles. On a été reçus par la Direction des mines qui nous a promis que les études allaient être faites et que même le cabinet était prêt. Maintenant, l'étude d’impact environnemental et social a été réalisée avec un cabinet qui s'appelle Mintex. Ce qui reste, c'est la validation de l'étude avec les populations, parce que le rapport est fini, mais il se trouve entre leurs mains, les populations ne savent pas ce qui se trouve à l'intérieur, ce qui a été pris en charge».

Eugénie Ngor Faye n’est pas du même avis que les responsables des acteurs non-étatiques et du Forum civil local. Pour le Dg de la Serpem, «avant que vous n'ayez un titre minier d'exploitation comme une concession minière, il faut qu'il y ait une étude environnementale, une étude d'évaluation des lieux. Ceci a été fait et même pour Matam, là où il y a la petite mine, cette étude a été déjà faite». Se voulant plus explicite, il indique : «Il y avait une enquête qui a été faite à l'époque auprès des populations, comme ça se faisait avant, c'est le gouverneur même qui par arrêté a autorisé cette étude». Toujours, dans ses explications, il révèle : «C'est le ministère qui m'a donné un arrêté pour l'exploitation en petite mine, sinon personne ne peut extraire quoi que ce soit, aucune ressource minérale du sous-sol sénégalais sans aucune autorisation. Moi qui vous parle, je sais d'où est venue cette loi et d'où est venu ce décret qui dit qu'avant toute exploitation, il faut qu'il y ait une étude préalable de reconnaissance des lieux». Ne fallait-il pas dès lors, avant d'exploitation, mettre en place ce qu'il faut, pour protéger l'environnement et les populations ?

Des bassins de rétention prévus dans les zones exploitées, selon la Serpem

En tout cas, des dégâts sur l’environnement sont également dénoncés. La Commune de Hamady Ounaré perd ses terres à cause de l'usine, sans contrepartie, si l’on se fie à Soyibou Diawara, le Secrétaire d'état-civil de la Commune parlant au nom du maire. «Il y a de grands trous béants qui sont creusés depuis des années. Est-ce qu'ils seront réhabilités comme avant, une fois l'exploitation terminée ? C’est ça mon inquiétude. Je crois aussi que ces gens, en coupant les arbres, devraient normalement procéder à un reboisement», renchérit Sada Bocoum, coordonnateur local du Forum civil à Matam.

Bémol du côté de la direction de l’usine, où le Directeur Eugénie Ngor Faye explique les mesures prises pour l’après exploitation. «Ce que nous avons fait, comme je vous l'ai dit, en 2008, nous avons voulu accompagner la Goana. En juillet, nous avons pris une société de la place, nous avons loué ses services ; en ce moment, on venait d'exister, nous avons extrait 20 000 tonnes. Mais la zone d'extraction de ces tonnes, nous l'avons complètement remblayée. Et ce que nous voulons créer, ce sont des bassins de rétention pour faire de la pisciculture et ça c'est quelque chose de très important», souligne M. Faye qui ajoute : «Pour vous dire que sur cet aspect, toutes les dispositions ont été prises, nous avons même fait du reboisement dans la zone qui était semi-aride»


Dossier réalisé par Jacques Ngor SARR
LE POPULAIRE

PiccMi.Com

Samedi 10 Septembre 2011 - 13:40



Réagissez à cet Article

1.Posté par NWIN le 10/09/2011 20:29

Encore une œuvre de Cheikh Amar qui a soudoyer toute la presse sénégalaise hier sans le sous aujourdhui milliardaire qui peut nous dire quel services il a rendu a notre nation pour se voire attribuer 26 h de terres aux almadies Touba real estate et les phosphates de matam ...

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