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LE CHAPELET AUJOURD’HUI : Un aide-mémoire que partagent dévots et tartuffes



Jadis simple instrument de comptage, exclusivement utilisé par les saints et autres pieux, le chapelet a, aujourd’hui, épousé de nouvelles fonctions et finit par se démocratiser. Conséquence : son utilisation fait l’objet de controverses fécondes. Dévotion sincère et folles, superstitions entourent ce « collier en grains » que l’Islam aurait emprunté à l’Inde



LE CHAPELET AUJOURD’HUI : Un aide-mémoire que partagent dévots et tartuffes
Vendredi après midi, 19 h 30. Exactement 13 minutes avant la prière du crépuscule. Ambiance religieuse à la mosquée de Khar Yalla. Sur une étoffe blanche étendue devant elle, une foule à la ferveur impressionnante. Elle psalmodie sans relâche à haute et intelligible voix. Fait marquant : presque tout ce beau monde dispose d’un objet constitué de perles enfilées en collier sur un cordon. Son nom varie selon les pays. Normal. Les Français l’appellent chapelet, les peuls « djikrouwol » et les wolofs « kourouss ». Différentes appellations qui renvoient pourtant au même souci : celui de ne pas se tromper.

Utilisé par de nombreuses religions, le chapelet est donc un instrument pour compter les prières récitées d’une manière répétitive en égrenant les perles qui peuvent être constituées de toutes sortes de matériaux (bois, os, ivoire, métal, corail, émaux, perle...).

Précisément, il permet à l’utilisateur de garder une trace du nombre de prières dites avec un minimum d’effort. Thierno Moustapha Aw a justement adopté le chapelet pour conserver le pointage. « Le musulman doit prier sans cesse. Personnellement, après les prières ordinaires par jour, je me suis fixé un certain nombre de prières que le chapelet m’aide à accomplir sans beaucoup d’effort », explique ce jeune marabout. Muni de son chapelet noir, il ajoute : « je ne fais que chanter les louanges de Dieu et de son prophète ». Thierno avoue que le chapelet a une forte emprise sur lui. Son jeu favori consiste à dire trente-trois fois Subhanallah (gloire à Dieu), al-hamdoulillahi (louange à Allah) et Allahu-akbar (Dieu est le plus grand). This is done by many persons, as a supererogatory act, after the ordinary daily prayers (Surah 30:16). « Je ne peux pas rester une journée sans le faire », soutient Thierno qui se présente comme un tidiane « attaché aux valeurs de l’Islam enseignées » par le grand érudit Cheikh Oumar Foutihou Tall.

« Trafic d’influence »


Baye Thioune est lui aussi tidiane. « Rattaché à Tivaouane », précise-t-il. Natif de Sandiara, dans le département de Mbour, Baye pratique le zikr (invocation de Dieu) depuis bientôt quinze ans. « Chaque jour, entre 17 et 19 heures, je prends mon chapelet et me consacre à mes prières », dit-il. Le talibé qu’il est récite quotidiennement les 99 attributs de Dieu ou certaines expressions du Coran, comme « Dieu est grand », « Dieu soit loué », « Majesté appartient à Dieu ». Cadre à la Poste, Ibou Diassé estime que la division tripartite du chapelet correspond à la triple division habituelle de 99 noms, à savoir celles relatives à la « puissance de Dieu, Sa sagesse et Sa miséricorde ».

Malheureusement, constate-t-il, tous ceux qui utilisent le chapelet ne le font pas de bonne foi. « Aujourd’hui, beaucoup de personnes se promènent avec un chapelet pour avoir une certaine considération dans la société », explique Ibou Diassé qui s’empresse d’ajouter : « ce sont des malhonnêtes, des tartuffes qui, en réalité, ne croient en rien ». Étudiant guinéen, Abdou Karim Barry est du même avis. Il « déplore » le comportement de certains utilisateurs du chapelet qui, dit-il, n’ont aucune culture islamique. « Tu les vois parfois bafouer les règles élémentaires de l’Islam », souligne, désappointé, Barry. Son voisin, Ibrahima Niang est, lui, formel : nombreux sont ceux qui pratiquent le chapelet et qui sont des « trafiquants d’influence ». « Ce sont des gens qui veulent se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas », indique M. Niang qui rappelle la sanction qui attend ces « tartuffes » : l’enfer. « Personne ne peut tromper Dieu », renchérit Bassirou Mbengue. Celui-ci pense que le chapelet doit redevenir ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un moyen de dévotion sincère. « Tous ceux qui l’utiliseront pour autre chose courent de gros risques », prévient-il.

A chaque religion ses chapelets

Le chapelet n’est pas propre à l’Islam. Son usage remonte à la plus haute antiquité. Il s’est répandu dans diverses religions : l’Hindouisme, le Bouddhisme ainsi que dans différentes formes de Christianisme. Le plus simple et peut-être la plus ancienne forme de chapelet dans l’Islam est une chaîne ayant 99 coquilles ou perles avec un marqueur après chaque trente-trois grains, avec qui, par leur dépouillement, on accomplit l’acte appelé -ih Tasb al, c’est à dire la répétition de la louange de Dieu. Cela consiste généralement à dire 33 fois Subhanallah, al-hamdoulillahi et Allahou-akbar. Cela est fait par de nombreuses personnes, comme un acte surérogatoire, après les prières ordinaires par jour (Sourate 30:16). Certains musulmans se servent de ce type de chapelet parce qu’il correspond aux différents (99) noms donnés à Dieu dans le Coran. Les musulmans soufis de la Qadriyya utilisent un chapelet qui comporte 100 grains divisés en 45/45/10, les noms divins ne sont évoqués qu’en fonction de l’élévation spirituelle du cheminant. Tous les soufis pratiquent une remémoration intensive de Dieu à l’aide de la maîtresse formule « La ilaha illallah » (il n’y a de Dieu que Dieu). Ce chapelet des musulmans est appelé « Sabha » ou « Misbaha ». Rien à voir avec le chapelet des chrétiens composé de cinq dizaines de grains. Deux noms sont souvent mentionnés : le « tchotki » utilisé par les orthodoxes et le « lestovka » utilisé par les orthodoxes vieux croyants. D’autres types de chapelets sont enregistrés notamment chez les bouddhistes et les hindouistes. Le chapelet le plus célèbre chez ces derniers porte le nom de « mâlâ » appelé aussi « nenju ». Il compte 108 grains ayant une signification symbolique. Le chapelet des sikhs porte le même nom de « mâlâ ». En revanche, le « mâlâ » des sikhs compte le même nombre de grains que le « sabha » des musulmans : 99.


Une pratique venue de l’Inde

Chapelet est dérivé du mot chapeau dont la forme ancienne était chapel. A l’origine (v. 1200 av J.C.), il désigne une coiffe, une couronne de fleurs et devient un terme à usage religieux par analogie avec les couronnes de roses dont on ornait la tête des statues mariales. Pour autant, tradition et récits historiques s’accordent sur l’origine du premier chapelet : il est indien. « L’usage d’un « collier de grains » pour prier est donc une invention indienne ». Beaucoup de sources concordantes renseignent, également, que l’Islam aurait « emprunté » cet instrument de comptage à l’Eglise d’Orient. « Quand l’Islam a traversé les frontières de l’Arabie et est entré dans le monde de la culture gréco-chrétienne avec ses idées dogmatiques et scolastiques, il a rencontré l’utilisation du chapelet et l’a adopté avec de nombreuses autres pratiques chrétiennes », a précisément indiqué Dr. Schafer, chercheur américain. Le grand anthropologue Cornelius Patton arrive à la même conclusion. « De l’Inde, nous pouvons suivre la propagation du Rosaire aux bouddhistes de Ceylan, de la Birmanie et du Siam, connue sous le nom de « Hinayana » ou l’École du Sud, et en particulier au Tibet où, dans le lamaïsme où la foi de Gautama a atteint son niveau le plus bas, et d’où le chapelet, avec d’autres coutumes se sont propagées en Mongolie, Chine, Corée et au Japon ». Une position qui conforte l’idée selon laquelle l’Islam a adopté le chapelet de l’Asie occidentale au cours de ses conquêtes. Difficile de donner une date précise de l’utilisation de ce « collier de grains » en Inde. Mais, Cornelius Patton note que cela doit être une date « reculée ». « Il doit avoir été à une époque très reculée que le cercle de bijoux a été présenté comme un moyen de promouvoir la méditation et l’enregistrement des actes méritoires religieux », soutient-il.

• Par Abdoulaye DIALLO
Le Soleil

PiccMi.Com

Lundi 16 Août 2010 - 09:33



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