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"Le gouverneur et sa gouvernante" ou le récit d’une relation entre un colon et sa servante





"Le gouverneur et sa gouvernante" ou le récit d’une relation entre un colon et sa servante
Le livre "Le gouverneur et sa gouvernante", tiré de plus de mille lettres échangées entre la France et le Sénégal pendant "un demi-siècle", raconte une histoire romantique entre Emile Pinet-Laprade, un ancien gouverneur français du Sénégal, et Marie Assar, une ancienne esclave sénégalaise parvenue à se hisser au sein des hautes sphères de la société coloniale.

Cet ouvrage publié aux éditions Le pas d’oiseau, sous les plumes de François Salvaing et Jacques Carol, évoque Emile Pinet-Laprade (1822-1869) et Marie Assar, une femme née "on ne sait où au Sénégal".

"Lorsqu’ils se rencontrent à Gorée, en 1849, Emile, 27 ans, est capitaine du Génie militaire français. Marie, âgée de près de dix ans de moins, est une esclave fraîchement libérée par la loi Schœlcher", qui décrète la fin de l’esclavage, selon une note de présentation du livre.


La loi Schœlcher contre l’esclavage date du 27 avril 1848, sous l’impulsion de Victor Schœlcher, un homme politique français de l’époque.

La liaison entre Pinet-Laprade et Marie Assar "durera vingt ans, jusqu’à la mort, par choléra, d’Emile, devenu gouverneur de la colonie [sénégalaise] par la grâce de l’empereur Napoléon III", renseigne la note. C’est une histoire d’amour "entre un Blanc et une Noire, un scandale, à cette époque-là".

"Il y a eu souvent des lettres anonymes qui dénonçaient la vie scandaleuse de Pinet-Laprade", explique Jacques Carol, l’un des auteurs du livre, qui animait une conférence, samedi, à Dakar, sur cet ouvrage.

"Personne n’était dupe. Il fallait sauver les apparences. Et pour sauver les apparences, on disait que Marie logeait dans une chambre réservée aux domestiques. En réalité (...) ils formaient un couple, un couple qui n’était pas marié, mais un couple" tout de même, affirme Jacques Carol.

Ce coauteur présente Emile Pinet-Laprade comme celui "qui a perçu, le premier, tout l’intérêt qu’il y avait à construire un port [à Dakar] et à bâtir une ville auprès de ce port".

"Elle savait séduire..."

"C’est Emile Pinet-Laprade qui a dessiné le premier plan de Dakar et a participé directement, pendant trois ou quatre ans, à la construction de son port (…) Il a passé cinq ou six ans de sa vie professionnelle à défendre ce projet et à convaincre les autorités françaises que c’était une bonne" idée, renseigne Jacques Carol en présentant le livre.

Selon lui, Emile Pinet-Laprade a dû faire face à une "opposition des commerçants de Saint-Louis", qui voyaient d’un mauvais œil la construction d’un port à Dakar. Ils estimaient que le projet, une fois réalisé, allait désarticuler le commerce saint-louisien.

"Les commerçants de Gorée ne voyaient non plus cela d’un œil favorable", ajoute Jacques Carol, qui a évoqué la force de caractère de Pinet-Laprade.

"Il était flegmatique, mais c’était quelqu’un de volontariste, qui allait au bout de ses idées, qu’il s’agisse du développement de Dakar, de l’avenir du Sénégal ou de sa vie personnelle, poursuit M. Carol. Il a même réussi à imposer Marie à sa famille."

De Marie Assar, Jacques Carol dit n’avoir "aucun élément d’information, à l’exception des bribes et bouts de phrases qui figurent dans les lettres" que lui ont confiées les héritiers d’Emile Pinet-Laprade.

"Marie Assar est la première dame de l’histoire du Sénégal", déclare le coauteur. "Oui, parce qu’elle vivait avec le gouverneur, s’employait à régenter et à diriger la maison, c’est-à-dire les domestiques. C’est elle qui organisait les choses. Et on sait, à travers les lettres, qu’elle s’asseyait à la table de réception quand il y avait des réceptions. Donc elle était très influente", soutient M. Carol.

Il présente Marie Assar comme "quelqu’un qui avait une certaine assurance et ne doutait pas de l’attrait qu’elle pouvait avoir".

"Manifestement, explique le coauteur du livre, elle subjuguait les gens (…) C’est quelqu’un qui avait ce qu’on appelle de l’entregent, qui savait donc s’entendre avec les gens (…) Elle savait séduire et avait aussi la volonté de faire valoir ses droits."

Au-delà de cette relation entre Emile Pinet-Laprade et Marie Assar, l’œuvre de François Salvaing et Jacques Carol témoigne des relations intimes qu’entretenaient déjà les sociétés française et sénégalaise, au milieu du 19e siècle, une époque marquée par la colonisation de l’Afrique par l’Europe.

Aps


Lundi 11 Janvier 2016 - 07:34



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