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Les autorités de l’Alternance et le foncier : Les nouveaux « saigneurs » de la terre



La logique d’accaparement de terres mise en œuvre par les autorités issues de l’première alternance politique du Sénégal a des conséquences dramatiques. Affrontements et protestations se succèdent, jusqu’à faire couler du sang.



Les autorités de l’Alternance et le foncier : Les nouveaux « saigneurs » de la terre
L’affectation de 20 000 hectares de leurs terres à un industriel italien pour la production de biocarburants a soulevé, mercredi dernier, l’ire des populations de Fanaye, dans le département de Podor. La vague de protestations qui s’en est suivie s’est soldée par deux morts et une vingtaine de blessés.

Après avoir arrosé les terres de Fanaye du sang de leurs propriétaires, l’Etat est réduit à jouer au Sapeur pompier. C’est ainsi que le Premier ministre, Souleymane Ndèné Ndiaye, a annonce, vendredi 28 octobre, l’annulation du projet. « Ce qui s’est passé là-bas n’affecte pas seulement les populations de cette zone, mais tout le pays entier compatit avec la perte de deux personnes. Le projet est retiré pour de bon », a-t-il notamment indiqué. Mais le mal est déjà fait. Les avertissements et complaintes des habitants de Fanaye n’auront servi à rien. Manifestement, l’Etat n’a reculé dans ce projet inique que pour apaiser momentanément les tensions, à quelques encablures de l’élection présidentielle. Car personne ne s’étonnera si le projet revient sous d’autres formes.

Les victimes de Fanaye viennent s’ajouter à une autre : Malick Bâ foudroyé, le 30 mai dernier, par les balles de la gendarmerie lors de la manifestation contre la mise en place d’une délégation spéciale à Sangalkam. Une opération qui présente un double avantage pour le régime libéral. Déposséder l’opposition des collectivités locales qu’elle avait remportées à l’issue des élections de mars 2009 et faire main basse sur d’ importantes réserves foncières.
Depuis, la survenue de l’alternance en 2 000, la terre est devenue un important enjeu de lutte sociale. Des affrontements éclatent un peu partout dans le pays.

Pratiques peu orthodoxes

Dans la vallée du fleuve Sénégal qui regorge l’essentiel des terres arables du pays, l’Etat a attribué 200 000 hectares à des investisseurs saoudiens. A Mbane, localité située dans le département de Dagana, de hautes personnalités du régime libéral, de la magistrature, de la gendarmerie, de l’armée, se sont retrouvées sur la liste des attributaires de terres. A quel titre ? Mamadou Ciré Diallo, ex-président de la communauté rurale de Mbane expliquait de manière alambiquée : « Depuis que la Goana a été annoncée, ces personnalités et les différentes sociétés citées ont pu faire remonter de l’eau à partir du Lac de Guiers sur plusieurs kilomètres. Ce qui a beaucoup aidé les populations ». Au total, 233 mille 208 hectares avaient été distribués, dans la période de 2002 à 2009. Alors que la superficie totale de la Communauté rurale de Mbane est de 190 mille 600 ha. Ce qui veut dire que les surfaces distribuées dépassaient de loin les quantités de terres disponibles, toutes zones confondues, dans le territoire de la Communauté rurale de Mbane.

Plus de la superficie totale de la communauté rurale est distribuée aux dignitaires du régime. Ministres, députés, sénateurs sont gracieusement servis. Toujours à Saint-Louis dans la localité Fass Ngom, 10 000 hectares de terres sont affectés à la société « Afrinvest ».

Dans le périmètre des Niayes, les mêmes pratiques peu orthodoxes ont prévalu. 220 hectares de terres ont été octroyés par l’Etat du Sénégal, au gérant du Domaine agricole de Diamniadio (DADI), Mansour Gaye. En dehors des règles et procédures en vigueur. Comme si cela ne suffisait pas, d’autres privilèges assimilables à des passe-droits lui ont été accordés par l’APIX, le ministère de l’Economie et des Finances et le ministère de l’Hydraulique. Cette affaire amène à poser le débat sur une loi qui a récemment été adoptée par l’Assemblée nationale. Ladite loi stipule que tous ceux qui bénéficient d’un permis d’occuper, comme c’est le cas du gérant du DADI, peuvent le transformer en titre foncier.

Pourtant, les Niayes où se situe le DADI sont protégées par un décret qui en fait une aire exclusivement réservée à un usage agricole. Avec ce qui aujourd’hui est en train de se passer sur le littoral et au technopôle, la menace est plus que persistante. Des actes posés par l’Etat et même par l’attributaire fondent à croire que le bénéficiaire de ce périmètre du domaine national a obtenu des passe-droits. Sinon les agréments du ministère de l’Economie et des finances et de l’Agence nationale chargée de la promotion des investissements et des grands travaux (APIX) ne devaient être délivrés qu’après décision du Conseil rural entérinée par l’autorité administrative de la zone ont précédé l’attribution du DADI à Mansour Gaye.

A Bambilor dans le département de Rufisque, le président Abdoulaye Wade va jouer sur le besoin pressant d’acquisition de parcelles supplémentaires des populations pour développer de nouveaux projets d’habitats. Profitant de cette opportunité, il obtient leur agrément et acquiert, de manière légale, le domaine foncier du général Bertin, d’une superficie de 2514 hectares à 300 FCFA le mètre carré. Les populations applaudissent espérant obtenir leur part de ces terres que le président leur avait promis. Mais elles n’auront rien. Wade choisit de revendre 350 hectares à 1000 francs le mètre carré à un entrepreneur et député à l’Assemblée nationale, originaire de la Petite Côte, qui, à son tour, a revendu les terres à 7000 FCFA le mètre carré à une société d’Etat, la Caisse de sécurité sociale, et à la Coopérative militaire de construction (Comico). Un procédé savamment calculé qui fait penser que, dans cette opération, l’entrepreneur et promoteur a agi tout simplement pour le compte de son mandataire. Moyennant sa part du gâteau ?

Autre opération sournoise ! L’octroi de terrains à la société Dangote Industries. L’Etat du Sénégal y est également interpellé dans le contentieux foncier l’opposant à la famille de Serigne Saliou Mbacké. Le marabout avait obtenu, par décret n°2006-1335 du 27 novembre 2006, une superficie de 942,07 hectares de terres dans cette localité. Mais, 7 mois après son rappel à Dieu, ses héritiers ont appris qu’une partie de ces terres, soit 124 hectares, a été empiétée, pour l’implantation d’une cimenterie.

Dépossédés de leurs terres les paysans sont transformés en ouvriers agricoles au profit de cette nouvelle aristocratie foncière. A défaut, ils sont réduits à prendre les sentiers de l’exode à la recherche de subsistance. Une situation qui rappelle affreusement l’origine de l’exploitation de l’homme par l’homme décrit par Karl Marx dans sa doctrine de l’Histoire. « Les moyens de production sont éparpillés à l’infini, le producteur lui-même se trouve isolé. Le gaspillage de la force humaine est immense. La détérioration progressive des conditions de production est une loi inéluctable de la propriété parcellaire. Les bonnes années sont un malheur pour ce mode de production », dit-il dans le Capital.

Dakar prise en tenailles

La boulimie foncière libérale s’étend sur toutes les terres de la capitale dakaroise qui fait à peine 550 km2. L’avenir de tout un pays est aliéné. Les espaces verts, les terrains de football, le domaine public maritime, l’aéroport de Dakar la foire de Dakar etc., rien n’échappe à la nouvelle oligarchie foncière. Le président de la République s’octroie à titre privé plusieurs hectares dans la capitale et à l’intérieur du pays. Normal dans cette logique de partage qui anime les tenants du pouvoir. Le fossé se creuse chaque jour davantage entre les possédants et le reste des citoyens. Inéluctablement, la crise foncière débouchera sur des affrontements encore plus violents.

L’un des plus gros scandales fonciers porte la signature du président de la République. Abdoulaye Wade. Son nom est mêlé à l’acquisition d’un immeuble non bâti d’une superficie de 5 mille 4 35 mètres carrés situé à Ngor virage, payé en liquide à 1 milliard 182 millions. En toute illégalité, puisqu’une attestation de vente a été délivrée sans que les procédures d’enregistrement ne soient bouclées.

La construction du Monument de la renaissance, sur une des Mamelles de Ouakam, ne s’est pas non plus faite dans les règles de l’art. Grâce à ses accointances avec le pouvoir libéral, Mbackiou Faye, propriétaire de la SCI La Promobilière, transfuge du parti socialiste a bénéficié de 30 ha de terrain (9 ha plus 21 ha) situés sur la réserve foncière de l’aéroport, en contrepartie du financement de ce projet cher au président Wade. Une superficie dont la valeur vénale a été évaluée, par les autorités, à 4410 francs le mètre carré. Un pactole !

La fermeture des bases françaises au Sénégal n’a pas non plus échappée à cette spéculation foncière. Derrière la décision de fermer les bases militaires au Sénégal, les autorités sénégalaises ont été soupçonnées, à tort ou à raison, de vouloir faire main basse sur les énormes emprises foncières de la base de Bel-Air. Certains officiers sénégalais, mécontents, craignent que cela profite plus à des spéculateurs fonciers qu’au Trésor public. Comme c’est le cas avec la plupart des opérations foncières.

Baye Makébé SARR
La Gazette

PiccMi.Com

Mardi 29 Novembre 2011 - 09:01



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