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MOSQUÉES MOURIDE, TIDIANE, IBADOU, TOUCOULEUR : La foi en ordre dispersé



Beaucoup de mosquées au Sénégal portent des appellations faisant référence aux confréries ou aux ethnies. Certains observateurs pensent que la multiplication des lieux de culte dans le pays émane, parfois, de sentiments de frustration, de jalousie voire de la concurrence. D’autres estiment qu’elle est liée à un besoin d’identification ou de repères.



MOSQUÉES MOURIDE, TIDIANE, IBADOU, TOUCOULEUR : La foi en ordre dispersé
14 heures. On entend partout à Dakar l’appel à la prière de Tisbaar. Un souci habite le jeune Ibrahima. Il ne sait pas dans quelle mosquée prier. Son père est disciple d’une confrérie célèbre au Sénégal, alors que, juste à la sortie de leur domicile, il y a un lieu de culte géré par une confrérie différente de celle de son père. Celui-ci prie régulièrement dans la mosquée de sa confrérie, malgré la distance. Son souhait est que son fils prie là où il le fait. Ibrahima est toujours confronté à ce dilemme. D’un côté, il veut respecter le vœu de son père, de l’autre il veut éviter les longues distances pour s’acquitter de ses devoirs religieux. Pour s’en sortir, il coupe la poire en deux. « Quand je suis en forme, je prie dans la mosquée de mon père.

A défaut, je le fais au lieu de culte qui se trouve à quelques pas de notre domicile », résume-t-il. Au Sénégal, ce cas de figure se pose à de nombreux fidèles musulmans. Certains sont même allés jusqu’à décider de ne plus prier dans une mosquée « proche » de leur confrérie. Cette identification confrérique peut générer des problèmes. Moussa Cissé, archiviste demeurant à Fass, se rappelle un scandale qui a failli se produire dans son quartier à Fass, lié à la direction d’une mosquée. En fait, la majorité des fidèles qui prient dans ce lieu de culte appartiennent à une confrérie différente de celle de l’imam. « Certains fidèles intolérants voulaient l’enlever. Mais ils n’y sont pas parvenus », se souvient-il.

Abdoulaye Bathily, la soixantaine révolue, trouve une autre explication à ces références confrériques ou ethniques pour désigner certaines mosquées. C’est une façon d’identifier le lieu de culte en se référant au groupe ethnique ou aux disciples d’une confrérie qui l’ont bâtie, explique-t-il. D’où des noms comme « mosquée Toucouleur » ou « mosquée Mouride » à Saint-Louis, par exemple. L’imam de la mosquée d’Usine Ben Tally, Thierno Aliou Dieng, ne voit aucun inconvénient si les appellations de certaines mosquées apparaissent comme des repères où servent d’orientation aux gens étrangers au quartier. Par exemple, dit-il, « s’il y a beaucoup de lieux de culte dans un seul quartier, les habitants ont tendance à les distinguer par l’appartenance confrérique ou ethnique des fidèles qui y prient ». Les appellations, vues sous cet angle, ne constituent, à ses yeux, aucune entrave à la religion musulmane. Mais d’autres causes justifient certaines appellations de mosquées. Ces lieux de culte, explique Moussa Cissé, sont propices à la diffusion de préceptes et idéologies d’une confrérie ou d’une secte donnée. C’est cela qui explique, à son avis, les batailles pour la direction des mosquées constatées au Sénégal. « Tout l’enjeu se situe à ce niveau. Une confrérie qui est à la tête d’un lieu de culte, véhicule facilement les idéaux de son groupe », explique-t-il. Thierno Kâ, vendeur de chapelets devant une institution publique, ne s’explique pas ces appellations qu’il assimile à de l’ignorance de certains croyants. « En matière d’adoration, il ne doit pas y avoir de frontières. Chaque fidèle doit pouvoir s’acquitter de ces cinq prières quotidiennes dans n’importe quelle mosquée », raisonne-t-il.

Quand les prêches fâchent

« Lorsque certains musulmans se sentent frustrés dans la gestion d’une mosquée, ils se réunissent et cotisent pour construire leur propre mosquée afin de montrer leur pouvoir économique », fait remarquer Cheikh Ibrahima Lo, étudiant à la Faculté des sciences et techniques de l’Ucad. Avant de révéler que beaucoup d’étudiants mourides ne prient guère à la grande mosquée de l’Ucad. « Ils se sentent vexés par certains prêches d’imams. Les idéologies des dirigeants de ce lieu de culte sont différentes des nôtres, malgré que nous pratiquons la même religion qu’est l’Islam », poursuit-il. « Certains de leurs propos sont diffamatoires envers les confréries. Certains étudiants préfèrent se retirer et aller prier ailleurs pour éviter les scandales. Ce n’est pas intéressant d’assister à un prêche au cours duquel on ne fait que critiquer voire dénigrer votre confrérie alors que la foi est sensible », ajoute-t-il.

M. Bathily reconnaît aussi qu’il existe des mosquées qui ont été construites dans le simple but de laver un « affront ». La querelle autour de l’imamat peut pousser les perdants à ériger leur propre mosquée dans le même quartier. « Ce n’est pas bon. Cette attitude est contraire aux principes de l’Islam », juge-t-il. L’imam de la mosquée d’Usine Ben Tally est du même avis. A l’en croire, il y a des mosquées qui ont été érigées suite à une jalousie ou une concurrence de la part des fidèles. « Aucun fidèle ne doit édifier une mosquée parce qu’il n’est pas imam de son quartier. Nous adorons le même Dieu. Tous les musulmans ont le Coran, la Sunna, la direction de la prière en commun », précise-t-il. « Je ne sais pas pourquoi certains fidèles tiennent coûte que coûte à prier dans les mosquées qui portent les noms de leurs confréries », s’étonne-t-il, indiquant que cela n’a rien à voir avec l’acceptation d’une prière par le Seigneur.

Oustaze Assane Lô est catégorique. Se référant à un verset du saint Coran, il indique que les lieux de culte appartiennent à Dieu et qu’on ne doit y pratiquer que les recommandations divines. « Donc, chaque fidèle musulman doit se sentir à l’aise en priant dans une mosquée quelle que soit son appartenance confrérique », déclare-t-il. Seuls les ignorants font cette distinction qui n’honore pas l’Islam, ajoute-t-il. Il reconnaît, toutefois, que cette tendance continue à perdurer au Sénégal. « Même si les gens continuent de le faire, cela ne signifie nullement que c’est une pratique recommandée par la religion islamique », précise-t-il, rappelant que seuls des soupçons certifiés sur l’imam peuvent pousser le fidèle à prendre la décision de ne plus prier dans une mosquée.

Forte concentration de mosquées


À en croire M. Bathily, si c’est l’Etat qui a construit les mosquées, elles ne portent le nom d’aucune confrérie ou ethnie ou de particulier. L’exemple typique est la grande mosquée de Dakar où toutes les confréries ont apporté leur participation financière pour l’édification de ce lieu de culte, en collaboration avec le Royaume chérifien, renseigne Moussa Cissé, archiviste. A l’en croire, toutes les mosquées construites grâce à des contributions financières des fidèles issus de diverses confréries ne portent pas, en général, certaines colorations confrériques.

Selon M. Bathily, le fait de retrouver dans un seul quartier, quatre à six mosquées, ne favorise guère l’Islam. « Cela risque de créer une dispersion des fidèles et ne facilite pas la socialisation des habitants dudit quartier à travers les prières. Cette pratique est à contre-courant des préceptes de l’Islam », constate-t-il, avec amertume. A son avis, l’édification d’une mosquée dans un quartier doit obéir à certaines normes édictées par l’Islam, notamment la distance réglementaire entre les lieux de culte. Il existe d’autres moyens de destituer l’imam si celui-ci n’inspire pas confiance aux fidèles, d’après M. Bathily.

Souleymane Diam SY
Le Soleil

PiccMi.Com

Samedi 21 Août 2010 - 08:43



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