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POUR SA PREMIERE EXPOSITION EN AFRIQUE, le richissime entrepreneur Benetton refait le monde de l'art à Dak'Art





POUR SA PREMIERE EXPOSITION EN AFRIQUE, le richissime entrepreneur Benetton refait le monde de l'art à Dak'Art
PICCMI.COM- Mais que fait donc Luciano Benetton à la biennale de Dakar ? De quoi s'agit-il ? Où a lieu son exposition ? Et quand ? La curiosité était grande aux premiers jours de Dak'Art quand on se passait le mot du vernissage de l'exposition proposée par la Fondation Benetton dans le off de l'édition 2014.

Inaugurée au soir du 10 mai dans les locaux d'un concessionnaire automobile, "Imago Mundi" s'est révélée au coeur de la manifestation doyenne du continent africain comme le nouveau grand projet de l'entrepreneur italien qui s'ouvre sur l'Afrique. Toujours sensible à l'art, jamais à court d'audace, le créateur d'une marque internationale, amateur d'art et mécène, a commencé ainsi cette aventure : en voyage au Chili en 2008, il reçoit d'un artiste une oeuvre qu'il adore. Mais que sa taille le contraint à laisser sur place. "Pourquoi ne me ferais-tu pas un petit format, un peu comme une carte de visite de ton travail"suggère-t-il au créateur. L'idée fait son chemin : demander aux artistes de chaque continent (puis, peu à peu, de divers pays), de présenter leur travail sur un format de 10 X 12 cm. Tous logés à cette petite enseigne, ils se côtoient sur un panneau "géolocalisé", exposition nomade destinée à voyager d'une manifestation artistique à l'autre partout dans le monde (la première exposition "Imago Mundi" a eu lieu à la Biennale de Venise 2013) ainsi que sur un site internet puis sur un catalogue. Voilà les premiers états de ce projet beau et fou, tout simplement dénommé "l'art de l'humanité" et que les visiteurs de la Biennale peuvent découvrir jusqu'au 8 juin. La fondation est, en effet, venue à Dakar avec six collections en provenance des États-Unis, de Russie, d'Amérique du Sud, de Corée du Sud, d'Australie et, pour la première fois, d'un pays africain, le Sénégal, inaugurant la marque d'intérêt que Benetton porte tout particulièrement au continent africain. Au final, rien moins que 1 200 peintures exposées à Dakar.

"Dokh Dadjé" ou la rencontre qui ponctue la marche

Approchons du panneau intitulé "Dokh Dadjé", "la rencontre" en wolof ou, plus précisément encore, "marcher et se rencontrer". Deux cimaises de bois comme des livres ouverts dressés sur le sol, exposant chacune 70 toiles, soit 35 par panneau, l'un étant réservé à l'identification des artistes : voilà le dispositif imaginé par l'architecte italien Tobia Scarpa. Au Sénégal, l'aventure artistique a commencé avec les recherches conjointes du Tunisien Alain Manini et du Franco-sénégalais Frédéric Barillé qui vit à Dakar. Aucun n'est commissaire de métier, car, explique Alain Manini, "la démarche de M. Benetton n'est pas de créer un catalogue de grandes signatures, et bien prétentieux serait celui qui arriverait ici mandaté pour désigner les artistes qui doivent participer ou pas. Le principe de la collection est de rassembler des artistes connus et d'autres complètement émergents, et non de faire la recension des "meilleurs" talents du Sénégal".

Pour approcher les artistes locaux, les commissaires ont agi de manière artisanale

"On ne pouvait pas encore leur montrer le projet, car le site n'était pas encore en fonction, on a donc rencontré quelques réticences d'artistes redoutant d'être spoliés. En effet, ils ne sont pas payés pour l'oeuvre, le projet n'ayant à aucun stade de visée lucrative, c'est la visibilité internationale qui est ici l'enjeu. Il importe sans doute plus pour des artistes du continent africain que des États-Unis. D'ailleurs, comment rémunérer l'oeuvre d'un artiste comme Anta Seck, grand nom du paysage sénégalais, par rapport à celle d'un peintre du dimanche ?" Certains plasticiens approchés n'ont pas souhaité entrer dans l'aventure, peu inspirés par le format, ou tout simplement par l'aventure elle-même, or le moteur reste l'envie de participer. Les motivés se sont vu remettre un cadre de bois et une toile, avec mission de s'exprimer sur ce format. Les oeuvres ont quitté le Sénégal pour être montées en Italie sur les panneaux, puis retour au pays pour cette exposition inaugurale. Au vernissage, le peintre Anta Seck, qui a choisi de représenter une poupée ashanti en hommage à la statuaire africaine (l'oeuvre fait la couverture du catalogue), côtoie Kalidou Kassé, qui regarde les panneaux avec ces mots : "Ces tableaux réunis, comme des boîtes, sont pour moi le symbole de la solidarité africaine. Nous ne sommes rien les uns sans les autres et l'on a toujours besoin de plus petit que soi." Le ministre de la Culture du Sénégal ponctue le vernissage d'un discours bien senti : "Je suis très impressionné par cette exposition qui va tout à fait dans le sens de la Biennale 2014 axée sur la notion de "produire le commun". Par un format identique, c'est la diversité culturelle du monde qui nous apparait."

Surprise ! Youssou N'Dour est de la partie

Les yeux s'arrêtent sur une toile signée Youssou N'Dour, lequel a écrit un texte pour le catalogue en s'y avouant musicien et non plasticien. Comprendra donc qui veut ! Puis sur le travail de l'artiste Anta Germaine Gaye qui n'a pas compté son énergie dans la mise en place de ce périple artistique sénégalais. Celui-ci compte des participations de tout genre, avec, comme le remarque le critique Sylvain Sankalé, une désacralisation à l'oeuvre pour une approche "démocratique", où l'art n'est pas synonyme d'élitisme, et où il est sans frontières. L'exposition fait place à de jeunes talents comme celui de Fally Sène Sow, dont le off dévoile la créativité remarquable dans une exposition proposée à l'Institut Goethe de Dakar.

Premier pays africain à entrer dans cette mosaïque de l'art, le Sénégal sera de nouveau exposé lors d'une rencontre prévue à Rome dans le cadre des relations de l'Italie avec le continent promues par le ministère des Affaires étrangère italien. Ce sera le grand rendez-vous avec les collections africaines de "Imago mundi", qui compteront alors une vingtaine de pays en plus du Sénégal, dont la Tunisie, le Kenya, l'Érythrée, Madagascar, le Mozambique et le Maroc... Une place de choix, donc, sur la mappemonde de la création selon Benetton. Celui-ci annonce plus de 80 pays représentés dans la collection, soit 100 000 artistes d'ici 2015 !

Avec Valérie Marin La Meslée


Samedi 17 Mai 2014 - 12:47



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