contenu de la page



Quand les mendiants font de la résistance



L’interdiction par les autorités étatiques de la mendicité ne semble pas pour autant apeurer les mendiants. Bien au contraire, ceux-ci, continuent de braver les autorités en faisant la manche dans les rues de la capitale en toute tranquillité. Des enfants dépenaillés jouent sur le peu de route bitumée qui reste de l’espace entre la Police de Dieuppeul et la mosquée de la Sicap Liberté 2 où l’argile a fini de transformer les eaux stagnantes en des mares rougeâtres.



Quand les mendiants font de la résistance
Le sol, boueux, imbibé à l’extrême, abrite les jeux des enfants des mendiants qui se servent des flaques d’eau pour faire naviguer leurs bateaux en papier et les chevaux en bois qu’il font gambader insouciamment. Sous les regards attendris de leurs mères adossées au mur de la mosquée, ils restent imperturbables devant les klaxons des taxis et autres particuliers qui manœuvrent pour ne pas les écraser. De temps en temps, une maman se lève brusquement pour retirer son enfant d’à peine 2 ans qui avait déjoué sa vigilance pour traverser en toute insouciance la rue, soulevant des cris de stupeur tout autour. En cette matinée du mois de Ramadan où une fine pluie d’un hivernage pluvieux engloutit les rues de la capitale, les mendiants qui avaient fini d’occuper les rues de la Sicap Dieuppeul -Liberté et leurs environs les ont désertées pour l’intérieur de la mosquée qui fait face à la Police de Dieuppeul. Mendier est devenu un exercice difficile dans les rues de Dakar pour les adeptes qui ont du mal à exercer depuis que les autorités étatiques ont pris la ferme décision d’éradiquer le phénomène. Entre des haillons étalés à même le sol ou étendus sur les grilles, ils guettent un quelconque donateur. Dès qu’une voiture s’arrête, hommes, femmes, enfants, tous se ruent au niveau des grilles pour recueillir les dons ou « sarakhe ».

Perdue dans ses pensées, le regard hagard, sans doute soucieuse de trouver les victuailles nécessaires pour assurer la nourriture de sa nombreuse progéniture dont ses 4 filles avec qui elle vit à Dakar, le restant des 7 autres laissés au village, Fatou Diokhe supporte difficilement l’interdiction par les autorités de ce pays de mendier désormais dans les rues de Dakar. Ne versant pas dans la langue de bois, elle fustige d’un ton acerbe une telle décision qui ne peut que déplaire aux mendiants. Dans un wolof qui dissimule mal son accent Sérère, elle lâche avec lassitude, « par respect pour les gens, il fallait au moins nous avertir pour que l’on se prépare à partir dans de bonnes conditions ». Elle sort de ses gonds quand on lui rétorque que c’est par stratégie que le Gouvernement agit ainsi pour éviter que les associations des marabouts et autres lobbys ne bloquent le projet s’ils étaient avertis. A l’en croire, une telle décision qui est d’une importance capitale, mérite un certain délai de réflexion. Elle se dit d’autant plus persuadée que l’Etat a choisi la mauvaise période. « Ils pouvaient attendre au moins la fin de la rentrée scolaire pour prendre une telle décision qui va nous porter préjudice, car où est-ce que nous allons trouver l’argent pour nos fils et filles qui vont aller à l’école », lâche-t-elle. Visiblement agacée par cette décision qui les prive de leur seule activité lucrative. Elle ajoute : « c’est faux quand ils disent qu’il y’a des Maliens et autre personnes des autres pays qui viennent ici pour mendier ». A l’en croire, c’est un faux prétexte des autorités étatiques car « ils peuvent les chasser de chez nous et nous laisser nous, les vrais fils et filles du pays ». Encouragée par les acquiescements de ses amies, elle continue de plus belle, « si nous ne sommes pas des Sénégalais, vous nous le dîtes. Vous me demandez de renter au village, mais qu’est-ce que nous allons y faire, il n’y a plus de moyens pour cultiver la terre, d’ailleurs, l’arachide qui va l’acheter, il n’y a plus rien au village waay ». Venant au secours de sa camarade, Diogope Diouf qui se dit originaire de Niakhère exhorte plutôt les autorités à revenir à de meilleurs sentiments. Selon elle, « il faut des mesures d’accompagnement pour que nous puissions rentrer dignement chez nous ». Pour cela, elle demande que « les femmes bénéficient de financements pour faire un petit commerce une fois rentrées au village car mendier, n’est pas une chose facile ».

Des abris de fortune pour échapper aux rafles

Si les mendiants des Allées Khalifa Ababacar Sy se sont refugiés dans la mosquée pour y attendre les éventuels donateurs, ce n’est pas le cas pour ceux de la Vdn. Les lieux sont quasi déserts, ils se sont refugiés dans les vérandas des rares bâtiments en fin de construction et sous des abris de fortune comme des toiles soutenus par des fagots de bois qui vacillent au gré du vent. Les passants qui avaient l’habitude d’emprunter cette voie étaient frappés par le nombre indéfini de mendiants qui avaient fini de faire partie du décor. Depuis la décision d’interdire la mendicité dans les rues de Dakar, les habituels mendiants ont l’œil alerte. Ils suspectent toute personne qui a un comportement bizarre, la prenant pour un policier en civil venu les arrêter. « La situation est devenue intenable », fulmine Ma Gningue, un pauvre vieux la soixantaine bien sonnée. Il dit ne plus pouvoir supporter cette humiliation qu’il est en train de subir dans son propre pays. « Je vais rentrer et mourir au village », lâche-t-il. Montrant ses bras et ses doigts amputés par la lèpre qui l’a rongé, il dit n’être apte à aucune activité à part mendier. Avec les revenus tirés de sa seule activité lucrative, il a pu « terminer [sa] maison au village et entretenir un petit verger où [il a] planté quelques manguiers ». Tout le long de l’avenue Cheikh Anta Diop, il est difficile de trouver un mendiant à proximité de la route où ils avaient l’habitude de s’asseoir ou de se mettre devant les anciens feux pour pratiquer leurs activités en toute tranquillité.

Si l’audace semble fuir les mendiants parmi lesquels un grand nombre de handicapés, ce n’est pas le cas des talibés-mendiants. Ceux-ci, sébiles à la main, arpentent les artères, insouciants du drame qui guette leurs aînés. Au niveau du carrefour de l’hôpital Abasse Ndao, de petits talibés continuent leurs activités sous les regards curieux des passants.

L’insouciance des talibés mendiants


Le corps drapé dans des haillons, ils s’approchent des voitures de transport en commun, pataugent dans l’eau sale de la pluie, pour tendre la main. Quand on les avertit qu’ils peuvent être arrêtés à tout instant par la police, certains, plus audacieux, n’hésitent pas à répondre qu’ils préfèrent cela que de continuer à mendier. Ils disent avoir entendu que « des talibés qui ont été arrêtés sont logés quelque part à Dakar dans un centre (le centre Guindi-ndlr) et qu’ils sont bien traités et vont rejoindre incessamment leurs parents ». A l’avenue Ponty, les nombreux mendiants qui s’y agglutinaient ne sont plus visibles. Les rares mendiants qui osent encore défier l’interdiction, sont tapis à la rue Carnot, adossés aux grilles de l’église protestante. Ils ne courent pas les rues. Ce sont quelques rares vieux, avoisinant la soixantaine, et des lépreux qui y ont élu domicile. Des sacs empilés et des habits d’une propreté douteuse sont étalés à même le sol ou suspendus sur les grilles de l’église. C’est là que viennent les trouver les habituels donateurs. Ils disent ne déranger personne et vivent en toute tranquillité avec leurs amis mendiants Maliens avec qui ils occupent les lieux depuis des années, d’après Modiane Diouf, un septuagénaire. Ils sont tous des « Sénégalais vulnérables » du fait de leur état physique. La lèpre qui a fini de ronger leurs corps, les oblige ainsi à faire la manche dans les rues de Dakar. Le mois de Ramadan est un mois durant lequel leurs peines sont allégées, confie le vieux mendiant lépreux. La nuit, des riverains et autres bienfaiteurs leur assurent de quoi manger. Les plats en plastiques superposés et rangés à côté, confortent leurs propos. En effet, quand nous les avons retrouvés la nuit vers les coups de 21H, Modiane Diouf et ses amis avaient fini de manger et s’apprêtaient à vider les lieux, laissant les plats vides sur place où leurs propriétaires vont venir les chercher à bord de leurs « belles voitures ». Se suivant, les uns derrières les autres en claudiquant, comme un peloton de pachydermes, leurs affaires en mains, ils vont à la recherche d’endroits plus cléments pour dormir, évitant ainsi les affres d’une pluie diluvienne qui s’abat depuis quelques temps sur Dakar. Ils regagnent les lieux, dès l’aube, pour s’adonner à leur seule activité : la mendicité.

Yathé. N. NDOYE
Le Soleil

PiccMi.Com

Jeudi 23 Septembre 2010 - 10:23



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.










TWITTER
SENEGAL | VIDEO - Thierno Madani Tall reçu par le Khalif des Mourides;Cheikh... | PICCMI https://t.co/pZwHZX5tnN https://t.co/17iabZTm9w
SENEGAL | BARTHELEMY DIAS S’EXPLIQUE, CE MARDI: A peine installée en début de... | PICCMI https://t.co/PqwpvrLqp9 https://t.co/0m6JyAU8g7
SENEGAL | HAUT CONSEIL DES COLLECTIVITES TERRITORIALES: TANOR, LES MAINS LIEES:... | PICCMI https://t.co/VV2cQjULaT https://t.co/wZIfpUWEEU
SENEGAL | MISSIONS DE PAIX DE L’ONU : LE SÉNÉGAL POUR UN RÉAJUSTEMENT DES... | PICCMI https://t.co/XvLaiZPAoG https://t.co/ldK6JzK6UL
SENEGAL | Panne de la chaloupe en pleine mer : GOREE ECHAPPE AU NAUFRAGE -... | PICCMI https://t.co/zLHP61XGsN https://t.co/p0MCryEI5l
SENEGAL | 114ème Gamou de Pire : El Hadj Moustapha Cissé relève les pires tares... | PICCMI https://t.co/7nH27hDgM9 https://t.co/MS9UMT9Fsz
SENEGAL | COMMÉMORATION DU CINQUANTENAIRE DU 1ER FESTIVAL MONDIAL DES ARTS... | PICCMI https://t.co/0jJd7Jvgam https://t.co/LQcWO2wsb9
SENEGAL | LIGUE 1 : LE STADE DE MBOUR BATTU (0-1) À DOMICILE PAR GORÉE: Le... | PICCMI https://t.co/T3em6qhkEf https://t.co/YKWg3zF3PS
SENEGAL | LIGUE 2 : LE DUC PREMIER LEADER: Le Dakar université club (DUC) a... | PICCMI https://t.co/PwvMrdrPEi https://t.co/kro3wWWdsa
SENEGAL | SAHARA OCCIDENTAL : MOHAMMED VI SALUE "LE SOUTIEN INÉBRANLABLE" DE... | PICCMI https://t.co/Gsk6y8uRpW https://t.co/RX7Nzf7CN9