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RÉFLEXION CRITIQUE : Le Pr Abdou Sylla raconte l’évolution de l’art



La remise des diplômes aux étudiants de l’institut supérieur de formation Mit (Management, informatique, télécommunication) a été l’occasion pour l’assistance d’assister à un exposé magistral du Pr Abdou Sylla sur le thème des « 50 ans d’art au Sénégal ».



RÉFLEXION CRITIQUE : Le Pr Abdou Sylla raconte l’évolution de l’art
Le vernissage d’une exposition d’une vingtaine d’artistes du Village des arts et la performance de Mouhamadou Mbaye Zulu ont donné le ton à la cérémonie de remise de diplômes à l’institut supérieur Mit (Management, informatique, télécommunication). La matinée a été dédiée à l’art et à la création. Un portail Internet sur les arts plastiques au Sénégal a été lancé et une signature de convention avec les artistes du Villages des arts annoncée. Invité à présenter le sujet sur les « 50 ans d’art au Sénégal », le Pr Abdou Sylla, chercheur à l’Ifan et critique d’art, a parlé d’un sujet qu’il maîtrise bien. Docteur d’Etat es Lettres (Philosophie - Esthétique) à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne en 1994, il a enseigné l’esthétique à l’Ecole des arts de Dakar et au département de Philosophie de l’Université Cheikh Anta Diop. Il est l’auteur d’ouvrages tels que « Arts plastiques et Etat au Sénégal » (1998) et « Création et imitation dans l’art africain traditionnel » (Dakar, Ifan-C. Anta Diop, 1988), entre autres écrits.

S’adressant aux diplômés, le Pr Sylla a soutenu que le monde des technologies de l’information et de la communication est aujourd’hui interpellé par l’évolution des arts plastiques en général, particulièrement au Sénégal dont les 50 ans d’indépendance ont été marqués par des mutations importantes. Cinquante ans, c’est peu dans la vie d’une nation, mais ils ont été riches en hommes de talent qui ont apporté leur génie aux arts et à la création. Cette période est subdivisée en trois parties : 1960-1980, 1981-1997 et 1998-2010. Dès 1959, il existait déjà la Maison des arts du Mali où le président Lépold Sédar Senghor avait affecté Iba Ndiaye, premier peintre sénégalais formé dans les académies d’art plastique à Paris. A l’Ecole des arts de Dakar créé en 1960, seront successivement affectés Iba Ndiaye, puis Papa Ibra Tall (un des grands peintres sénégalais formés en Europe), le Français Pierre Lods (formateur de l’école de peinture de Poto Poto au Congo) et, en 1963, le sculpteur André Seck de retour de formation en Belgique. Cette équipe pédagogique avait mis en place une section dite « Recherche-art plastique nègre ». Elle a permis de développer la réflexion et les pratiques artistiques avec, en soubassement idéologique, la Négritude et ses deux axes essentiels que sont l’enracinement et l’ouverture.

ART PLASTIQUE NÈGRE


Le président Senghor atteignait ainsi son projet d’un « art nouveau pour une nation nouvelle » quand émergèrent les nouveaux talents de ce creuset de formation. Les émules de cette école ont été révélés lors du 1e Festival mondial des Arts nègres en 1966 sous l’appellation « Ecole de Dakar ». Celle-ci s’est caractérisée par sa palette aux couleurs vives (criardes), ses formes géométriques, volumétriques et schématiques. Cette école est mise en exergue par des figures emblématiques comme Ibou Diouf, Seydou Barry, Ansoumana Diédhiou, Ablaye Ndiaye Thiossane, Boubacar Coulibaly... Le Pr Sylla a ensuite évoqué la période des années 1980 et le lancement du mouvement « Agit Art » avec ses animateurs parmi lesquels Issa Samb dit Joe Ouakam et El Hadj Sy dit El Sy. Ce mouvement, qui a contesté l’idéologie de la Négritude et le pouvoir en place, s’est fait connaître à travers ses idées avant-gardistes et son rejet de tout académisme dans la création.

Avec des prémisses au niveau de l’enseignement à l’école des Beaux arts de Dakar, l’encouragement de l’utilisation des matériaux locaux dans la création artistique va « sonner le glas des nobles matières », explique le Pr Sylla. Le phénomène de la récupération va se développer intensément en mettant fin à « la tyrannie de l’académisme ». Cette grande tendance artistique va cohabiter dans l’harmonie avec la naissance du mouvement socio-artistique dit « set setal » (rendre propre) qui a poussé les jeunes des associations de quartier à s’investir dans la lutte contre l’insalubrité, mais surtout dans l’embellissement de leur environnement. La fin des années 1990 coïncide avec le développement du phénomène des installations avec un précurseur, le défunt sculpteur Moustapha Dimé (1952-1998), Grand Prix de la Biennale de Dakar 1992, sélectionné à la Biennale de Venise de 1993.Le Pr Sylla a également analysé l’art sénégalais des 50 ans d’indépendance marquée par de grandes expositions. Outre celle du 1e Festival mondial des Arts nègres, il y a eu la grande exposition de l’art contemporain sénégalais qui brilla de mille feux au Grand Palais à Paris, en 1974. Le temps a laissé ses marques avec les installations envahissantes à l’orée de l’an 2000. Arrive aussi le « techno art », une tendance apparue à la fin du 20e siècle et qui est très présente dans les différents rendez-vous de la Biennale de Dakar depuis une dizaine d’années. Les nouvelles technologies sont aujourd’hui très utilisées dans la création artistique avec, notamment, l’infographie. Comme pour les installations, le techno art suscite bien des interrogations par rapport à la « chose artistique », mais c’est là un autre débat. Le conférencier a parlé des pratiques artistiques de jeunes tels que Camara Guèye, Soly Cissé, Mouhamadou Ndoye Dout ou encore Sada Dia qui s’intéressent à la plastique urbaine. L’exposé du Pr Abdou Sylla a été une très bonne introduction aux arts plastiques et à la création artistique pour les quelques 70 récipiendaires, techniciens supérieurs et ingénieurs, qui recevaient leur diplôme d’aptitude.

Les encouragements de M. Diarra, directeur de l’Ecole nationale des arts, et de Mohamed Sakhir Ndiaye du ministère de l’Education nationale, ont été des moments forts de cette cérémonie. L’hommage pathétique d’Amadou Lamine Sall à l’autre grand poète, Léopold S. Senghor, parrain de la promotion, a été un autre temps fort de cette fête dédiée à l’excellence comme l’a souligné le président d’honneur Me Masokhna Kane. Il a conseillé la persévérance, la discipline et le travail assidu à ces récipiendaires au seuil du marché de l’emploi. Selon lui, au Sénégal comme partout en Afrique, il y a encore beaucoup à faire pour développer le pays.

JEAN PIRES
Le Soleil

PiccMi.Com

Mardi 27 Juillet 2010 - 05:43



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1.Posté par Yellow Book le 30/07/2010 07:47

Est ce que le varnissage d une art est necessaire?

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