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REVOILA LES FEUX DE CIRCULATION Le feu passe au rouge, et les affaires au vert…





REVOILA LES FEUX DE CIRCULATION Le feu passe au rouge, et les affaires au vert…
Les artères de Dakar affichent un nouveau visage avec l’arrivée des feux de circulation dans plusieurs carrefours. Du carrefour «Case bi» en passant par celui de Castors jusqu’aux Allées du Centenaire, marchands ambulants et mendiants envahissent ces intersections qui font leurs affaires. Reportage.

Dakar, la capitale brouillonne, se distinguait, il n’y a guère longtemps, par cette interminable vague de voitures qui généraient des embouteillages monstres. Un désordre auquel les usagers avaient fini par s’habituer depuis belle lurette. Sans doute y a t-il juste eu une petite éclaircie en 2000. Des feux se sont allumés le temps d’un soupir, avant que la jungle urbaine ne retourne à ses désordres que les policiers postés aux coins des rues ne parvenaient à contenir qu’à grand-peine. Et puis, depuis quelques mois, ô miracle, ne voilà-t-il pas que nous assistons à une floraison des feux de circulation ? On pourrait crier notre bonheur si une nouvelle industrie ne venait pas s’ajouter au décor déjà piteux, oups pardon, pittoresque, des mendiants et vendeurs qui squattent ces carrefours à la recherche d’argent et autre pitance.

Du lycée des Parcelles Assainies au rond-point «Case bi», la file s’allonge et les voitures allant vers la Patte d’Oie ou Cambèrene avancent pare-chocs contre pare-chocs. L’irruption sur le bord du macadam des feux de circulation n’a pas vraiment arrangé les choses. Le malheur des uns fait le bonheur des autres, c’est connu : les vendeurs guettent le moment propice où les voitures s’arrêtent pour proposer cartes téléphoniques, mouchoirs, dattes, journaux et autres babioles aux passagers. A côté, la concurrence des mendiants est rude : ils n’hésitent pas à rançonner conducteurs comme passagers pour leur arracher au moins une pièce de monnaie. Ne vous en faites pas, ils ne refusent pas les gros billets. La bande de coupeurs de route est en majorité constituée de femmes avec leurs enfants, ce qui en rajoute au spectacle déjà bigarré.

Au rond-point «Case-bi», le policier ordonne aux automobilistes d’avancer alors que le feu est rouge. Ses désirs sont des ordres. Notre véhicule bifurque sur la route, on prend la direction de l’autoroute via Cambèrene où nous attend un bouchon interminable. Les effluves pestilentiels du marché «Gueule Tapée» nous souhaitent bonne route, tandis que les vendeurs et les véhicules «clandos» s’associent pour se produire dans un concert infernal. Comme tout cela ne suffit pas à notre bonheur, par-dessus la mêlée, les haut-parleurs crachotent les produits en promotion et les «coxeurs» racolent les clients en partance pour Cambérène 2 ou les Parcelles Assainies.

Devant la station du rond-point «Case bi», une dame assise à quelques encablures des feux de circulation, la quarantaine, attifée d’un pagne multicolore surmonté d’un tee-shirt bleu assorti à son collier, est manifestement en situation de précarité. «Yaye Cheikh», (en général pour désigner une mère de jumeaux) comme l’appelle affectueusement sa voisine, affiche pourtant le sourire en cette période de Ramadan, la saison où les musulmans sont plus enclins que d’habitude à donner aux nécessiteux. Des feux de circulation, elle en redemanderait presque : «j’étais à l’autre bout de la rue mais avec les feux qui ont commencé depuis avant-hier. Je me suis rendue compte que les voitures s’arrêtent ici le plus souvent. C’est l’occasion pour nous de demander l’aumône. Les feux nous permettent de faire de bonnes affaires», se félicite Yaye Cheikh, cette mère de trois enfants non sans avoir indiqué qu’elle souhaiterait garder l’anonymat, de peur que son mari ne la reconnaisse. «J'ai des enfants à nourrir et c’est grâce à l’aumône que je reçois que j’arrive à les fait vivre», se lamente-t-elle.

Trouvé au carrefour de Castors, Tamsir, en jean et tee-shirt noirs, est laveur de pare-brise. Il offre ses services moyennant rémunération laissée à la libre appréciation du client : «depuis le rallumage des feux de circulation, il m’arrive de rentrer le soir avec 6.000 ou même 7.000 francs Cfa».

A la Cité des Eaux, même son de cloche pour ce vendeur de sous-vêtements. Serigne Cissé nous explique que «les feux de circulation font l’affaire de tous les vendeurs. Tu vois, ils sont tous là à la recherche de clients. Auparavant, les policiers faisaient circuler plus vite les véhicules. Du coup, maintenant, on peut même marchander avec les clients».
Vers le centre ville, boulevard du Général de Gaulle, plus connu sous le nom d’ «Allées du Centenaire», les vendeurs font le pied de grue sous les feux. Et il suffit que le feu soit rouge pour voir les vendeurs et mendiants se faufiler entre les voitures.

Sur une chaise roulante, F Keïta, marié et père de 3 enfants, Malien, vit à Dakar depuis dix ans. Ce handicapé vient à bout de ses dépenses quotidiennes grâce à l’aumône. Lorsqu’on lui demande le montant de ses recettes, il préfère s’esclaffer et nous laisser mourir idiot… Tout ce qu’il consent à lâcher comme confidence, c’est que ça marche au poil pour lui. Que veut de plus le peuple ?

Tout ça serait bien joli, si les principaux usagers affichaient les mêmes visages hilares à propos de ce clignotement continu des feux qui cadenacent la jungle urbaine. Abdoulaye Diané, chauffeur de taxi, fait partie de ceux qui pensent que les feux marchent de manière irrégulière : « le temps qui sépare le point rouge et celui du vert est très court, ce qui occasionne un embouteillage monstre». C’est connu, il n’y a pas que des gens heureux sur terre…

Sud quotidien

Lundi 6 Août 2012 - 10:20



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