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ROMAN : Sylvie Kandé revisite Bakary II - Elle confirme dans son Roman que Bakary II avait découvert l’Amérique bien avant Christophe Colomb



Le chercheur Pathé Diagne avait démontré que Bakary II avait découvert l’Amérique bien avant Christophe Colomb. Il n’a jamais été démenti. Sylvie Kandé le confirme, à travers un roman. Tout pour prouver que l’Afrique était entreprenante, bien avant l’arrivée des Blancs.



ROMAN : Sylvie Kandé revisite Bakary II - Elle confirme dans son Roman que Bakary II avait découvert l’Amérique bien avant Christophe Colomb
La Franco-sénégalaise Sylvie Kandé, née à Paris et vivant à New-York où elle enseigne dans une université, revisite l’épopée de Bakary II, bien avant les Européens. Avec son roman intitulé « La quête infinie de l’autre rive » (Editions Gallimard, collection Continents noirs), elle trace, en trois chants, un parallèle avec l’émigration clandestine. Citant un proverbe africain, cette africaniste indique qu’« il est temps que la parole accoste ». Selon la note de présentation de l’ouvrage, « on aura trop facilement et trop longtemps considéré que l’épopée renvoyant aux enfances d’un peuple ou d’une nation, à ses origines, est incompatible avec les exigences de nos temps prétendument épuisés, préférant décliner leurs insuffisances ou l’avantageuse mesquinerie de leurs supposées supériorités, plutôt que de célébrer la grandeur et le courage crus de l’homme ». Le livre ne manquera pas de surprendre : en trois chants, « il réintroduit au sein de notre langue et de notre temps la geste poétique de héros qu’une même volonté de dépassement, d’affirmation de soi, malgré les différences de conditions et de circonstances, conduit à se lancer dans la même périlleuse entreprise d’atteindre, par-delà les mers, un monde différent », ajoute la note. L’histoire est celle d’une quête. Mais là où elle aurait pu se contenter d’évoquer celle de ces dizaines de milliers d’Africains qui, dans l’espoir d’atteindre l’Europe, poussés qu’ils sont par la nécessité économique, s’entassent sur des embarcations de fortune, se livrant aux imprévisibles et meurtriers caprices de la Méditerranée, l’auteur situe son récit dans la perspective d’une autre traversée : celle de l’Atlantique, qu’aurait tentée au tout début du XIVe siècle ― bien avant Christophe Colomb ―le grand empereur mandingue, Aboubakar II (alias Bata Manden Bori) afin de « savoir si le monde avait bien la rondeur grenue d’une gourde – ou si elle était plate comme une paume de paix, une terre unique souffrait qu’à son entour, l’océan entaille de son massif estoc, ses longs doigts de sable de craie et de roc ». La riche et belle matière du Mali, comme on parle en l’Occident de la « matière de Bretagne », vient généreusement colorer le magnifique poème de la Mer, de l’Homme et de la Mer que constitue le livre. Imaginant, après avoir raconté l’échec de la première expédition (1er chant), qu’une seconde, menée par l’empereur lui-même, à la tête de 2 000 bateaux, finit par accoster à l’autre bout de l’Atlantique (2e chant), l’auteur oblige à repenser totalement la psychologie du migrant africain, son histoire, sa culture et ses rêves. Il en ressort qu’attribuer à la seule misère, à la simple illusion d’un avenir matériel meilleur, l’embarquement risqué de tant de jeunes africains vers l’Europe, revient à nier cette part vitale, supérieure d’humanité que leur confèrent l’attrait de l’inconnu, la volonté de connaissance, cette manière particulière d’éprouver leur résistance et leur courage. S’ils partent, dit l’auteur, c’est « ni pour le cuir ni pour les verres fumés, mais pour le geste qui donnait à chacun de nous (nous autres ni chair ni poisson, tripaille laissée pour compte, sur le sable gluant du millénaire), la stature singulière d’une personne ». D’une musicalité souvent splendide, traduisant la cadence de la rame affrontée au cahot de la vague par d’habiles jeux de sonorités emmenant tantôt avec elles la rime, avec de profonds effets d’échos, « le corps à corps insolite » « des mots menus » avec toute « l’immensité de la mer », le livre parvient à appliquer à la matière africaine ― ses héros, motifs, mythes ― certaines des formes langagières propres aux grandes épopées du Moyen Age occidental, pour transformer radicalement la représentation que les Occidentaux ont de l’homme africain. « Sous sa tente où flottent les gonfanons », entouré de ses barons, de son Chambellan et de ses valets, Aboubakar II, acquiert la stature de Charlemagne ; campé à l’avant de sa pirogue dont il devient la figure de proue, il n’a rien à envier à Henri le Navigateur fixant l’Atlantique, sur le port de Lisbonne. Le livre servira à tous ceux qui restent ignorants de la culture africaine et/ou sont peu familiers de la lecture moderne des vers. Bien des passages s’imposent, qui font voir la formidable tension des rameurs « plongeant dans la houppée leurs longues pales en bois et pelletant par tas et monceaux cette eau verte qui, obstinément, revient les sabouler », les colonnes d’eau qui engloutissent, les corps qui disparaissent « au fond des abysses glauques des pour-être-enchaînés-marqués-au-fer-tailladés-par-le-fouet-perforés-de-mille-manières-et-à-plaisir-avant-que-d’être-jetés-hurlant-d’horreur-muets-de-rage-par-dessus-bord-à-la-grâce-du-requin ». Mais la savante construction du livre et tous les nombreux éléments d’art mènent à une curieuse découverte. On appréciera ce jeu des dénouements. « De dénouements, il n’y en a pas moins de sept », selon l’auteur qui refuse d’enfermer l’Histoire dans l’étroite et démoralisante évidence des faits. Et d’imaginer que les survivants ultimes atteignent la terre pour y mourir ― l’âme de l’empereur-vautour s’élevant dans les airs pour rejoindre vers l’est, le lieu de « toutes ses certitudes ». Proposant de les faire disparaître dans un combat à mort contre la trop nombreuse armée indigène venue les accueillir du haut d’une falaise. Avant d’envisager qu’ils survécurent : les chefs des deux armées ne se trouvant pas dissemblables et finissant par célébrer les noces de leurs deux continents. De cette proposition, on retiendra que, si la fable était réalité, l’Amérique n’aurait pas eu à devenir l’Amérique. Ce qui aurait valu au monde une tout autre Histoire. Alors, pas de héros au sens traditionnel du terme, dans cette « néo-épopée » africaine de langue française. Pas de conquête. Les hommes ne partent pas pour asservir le monde et les peuples à leurs désirs ou caprices. Ils partent pour partir. Se conquérir eux-mêmes. S’affirmer, face au risque de mort. A travers ce qu’ils doivent aussi à leur communauté. On est alors enrichi de l’autre et des lointains. Un rêve de beauté. Une idée de la liberté. « La quête infinie de l’autre rive » est le second ouvrage proprement littéraire de Sylvie Kandé, après « Lagon, lagunes - tableau de mémoire » (2000), un texte de prose poétique, accompagné d’une postface d’Edouard Glissant. Mais elle est aussi l’auteur de « Terres de femmes ».

L'office

Jeudi 2 Août 2012 - 10:35



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