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Safiétou C., serveuse : « Comment je suis sortie de la mendicité »



Née d’une famille pauvre, Safiétou C. allait perpétuer la tradition de mendicité des siens jusqu’au jour où le destin en décida autrement. Après avoir mendié 17 ans, cette fille de mendiants a vu sa vie changer de trajectoire grâce à une fille de son âge. Aujourd’hui, elle est serveuse dans un restaurant après avoir fait des études.



Safiétou C., serveuse : « Comment je suis sortie de la mendicité »
Avec trois assiettes dans les bras, elle se dirige vers une table entourée de clients pour faire son service. Vêtue d’une jupe courte de couleur marron et d’une chemise blanche qui semble être une tenue de travail, Safiétou C. est prise par ses tâches. Elle fait des va-et-vient entre le comptoir et la salle à manger du restaurant où elle travaille. Elle décline toujours un petit sourire quand elle sert les clients. Safiétou effectue son travail avec un grand amour. Elle n’est pas la seule serveuse dans le restaurant, mais on n’entend que des « Safi » par ci et par là. Elancée, teint clair, Safiétou a passé une enfance difficile. Elle est née dans une famille pauvre où l’on mendie pour subvenir aux besoins. C’est à l’âge de cinq ans que Safiétou accompagnait ses deux parents pour aller faire la manche dans les rues. Chaque matin, elle quittait son quartier Diamalaye pour aller mendier en ville, à coté de la grande mosquée de Dakar. « Mon papa était aveugle. Donc seules ma maman et moi allions à la rencontre des passagers et des piétons. Parfois, nous rentrions bredouilles, mais il y a des jours où la chance nous souriait. Je n’avais que six ans. Un jour, un ivrogne est venu prendre tout l’argent que nous avions eu. Je ne pouvais pas défendre mes parents dans cette situation difficile. Je suis restée dans les bras de ma mère à pleurer », se rappelle-t-elle.

« Je demandais à manger »

Safiétou est convaincu que le fait de mendier ne pourra jamais les sortir de leur pauvreté. Mais elle ne savait pas comment et où trouver la solution car ses parents ne comptaient pas abandonner la mendicité. « Nous n’avions qu’un seul lieu pour mendier, c’est à la grande mosquée de Dakar. Et finalement, tous les habitants de ce quartier m’ont connu car, parfois, quand j’avais trop faim, j’entrais dans les maisons des riverains et je leur demandais de me donner à manger. Ce que ne pouvaient pas faire mes parents. Ils restaient sur place et moi j’allais chercher pour eux. Quand arrivaient les voitures, c’était une vraie bousculade avec les autres mendiants. On ne se cédait pas la place et il y avait une jalousie entre nous. Ma maman se disputait tous les jours », explique Safiétou. Les joues couvertes de larmes au fur et à mesure qu’elle replonge dans ces souvenirs, Safiétou se lève pour laver son visage. Elle revient quelques minutes après, avec un sourire. « Excusez moi, je n’ai pas pu retenir mes larmes », lance-t-elle. Safiétou ne sentait pas le froid encore moins la chaleur des rues, elle marchait pieds nus. Après avoir vécu 17 ans de mendicité, elle a voulu changer de vie. Mais elle ne savait pas quoi faire. Quand sa maman la réveille le petit matin pour aller au « travail », elle cherchait toute sorte d’alibi pour ne pas bouger. Mais le devoir de faire la manche pour ses parents était plus fort que son envie de tourner le dos à la mendicité. Elle vivait à Diamalaye dans une maison délabrée. « Pendant l’hivernage, nous quittions notre demeure pour passer la nuit dans des maisons en construction. Le jour, on se dirigeait directement à la grande mosquée. Pas de petit-déjeuner ni quoi que ce soit, je ne me lavais même pas la figure », se souvient-elle. Les larmes commencent encore à couler. C’est difficile de la calmer.

C’est grâce à une fille de son âge (Awa qui habitait à coté de la grande mosquée) que Safiétou a arrêté la mendicité pour suivre des études. « Les parents de Awa ont tout fait pour moi. Ils m’ont inscrite à l’école. Et son papa nous a trouvé un logement. Il payait le loyer et moi j’apprenais mes leçons chez eux. Finalement, je suis allée vivre chez Awa pour mieux suivre mes études. Je ne rentrais que le week-end », confie Safiétou. Après son Bfem, trop pressée de gagner de l’argent, elle n’a pas voulu continuer ses études jusqu’en Terminale. Alors, elle s’inscrit dans une école de restauration. Après deux années de formation, elle réussit à avoir du travail dans ce restaurant où nous l’avons trouvée. Aujourd’hui, Safiétou compte continuer ses études car, elle veut obtenir le bac et devenir un jour comptable en hôtellerie.

Viviane DIATTA (Stagiaire)
Le Soleil

PiccMi.Com

Lundi 27 Septembre 2010 - 11:51



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