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Sénégalais du Brésil : Entre intégration réussie et débrouillardise



Présent au Brésil pour les besoins du Mondial 2014 de football, notre reporter en a profité pour aller à la rencontre des Sénégalais. De plus en plus nombreux, ils arrivent à bien s’intégrer dans leur société d’accueil et ont la particularité de n’être pas trop impliqués dans des affaires louches.



Sénégalais du Brésil : Entre intégration réussie et débrouillardise
Grands voyageurs devant l’Eternel, les Sénégalais ont inscrit le Brésil parmi leur destination. Pas par amour du foot dont leur pays d’accueil s’enorgueillissait jusqu’à la semaine dernière d’être l’Alpha et l’Oméga. Mais bien pour y gagner leur vie, comme sous toutes les latitudes du monde. « On ne connait cependant pas leur nombre exact, puisqu’ils sont extrêmement mobiles et il en arrive pratiquement tous les jours », témoigne Raoul Diandy, le premier secrétaire à l’ambassade du Sénégal à Brasilia, la capitale fédérale. Egalement en charge des affaires consulaires, il est la personne la mieux indiquée pour faire le décompte de ses compatriotes. Mais, signale-t-il, « ceux-ci ne se donnent pas souvent la peine de se faire immatriculer ». Selon lui, les formulaires d’immatriculation sont envoyés aux présidents des différentes associations de Sénégalais à charge pour ceux-ci de faire enregistrer leurs membres. Mais très peu y consentent. M’empêche, M. Diandy évalue à 800 le nombre de ses compatriotes officiellement recensés de juin 2013 à juin 2014. Ce qui est un excellent score, puisque, d’après lui, « de 2001, date de la réouverture de l’ambassade, à 2010, seules 30 cartes consulaires avaient été délivrées ».

C’est que la plupart des Sénégalais résidant au Brésil ne connaissent pas l’utilité de cette carte consulaire dont la confection ne prend même pas cinq minutes. En fait, dès qu’ils obtiennent leur visa d’entrée (parfois après plusieurs jours voire semaines dans un centre de détention pour ceux qui arrivent par l’Equateur), la plupart d’entre eux ne se soucient plus de se faire immatriculer. Et après les 3 mois renouvelables qui leur sont accordés, « beaucoup choisissent de rester, car même les clandestins ne se font pas expulser ».
Ils s’implantent alors à leur guise, selon les opportunités ou les attaches dont ils disposent. Et sont donc très inégalement répartis à travers ce pays-continent de plus de 8,5 millions de km2 et qui compte 200 millions d’habitants. S’ils sont moins d’une vingtaine à Brasilia, la capitale fédérale, ils font un millier à Sao Paulo, la plus grande métropole de l’Amérique du Sud, une cinquantaine à Rio de Janeiro. « Mais, ils sont beaucoup plus nombreux dans le sud, à Pasa Fundo, à Casillas (Rio Grande do Sul) où ils s’activent respectivement dans l’agro-alimentaire et le commerce », selon M. Diandy.

Deux sortes d’émigrants
Dans tous les cas, selon Mamour Sop Ndiaye, professeur dans une université de Rio de Janeiro et établi au Brésil depuis 1998, « il y a deux sortes d’émigrants sénégalais dans ce pays : ceux qui sont venus pour les études et ceux qui sont venus à l’aventure et font le Modou Modou ». Et, bien évidemment, ces derniers constituent l’écrasante majorité. « C’est dur de tout laisser au pays pour venir trimer ici ; mais par la grâce de Dieu, nous arrivons à nous en sortir », témoigne Amina Ngom, la présidente de l’Association des Sénégalais de Rio de Janeiro. Devant son étal à la foire qui se tient le premier samedi de chaque mois au centre de Rio, à la Rua Lavradio, elle soutient qu’avec son commerce d’objets d’art, elle arrive à payer les taxes « qui sont chères, puisqu’il faut tout dédouaner», et mettre de côté assez d’argent pour vivre et contribuer à faire vivre sa famille restée au pays.

Entre deux courses-poursuites avec les policiers à l’Avenida Republica de Sao Paulo, Amadou vendeur de maillots essentiellement brésiliens (puisque c’est la saison), avoue ne pas regretter d’avoir atterri ici depuis 18 mois après avoir passé 10 ans en Italie. « Ici, même s’il y a des contrôles de flics, c’est mille fois moins sévère qu’en Italie. Les policiers sont plus compréhensifs, à l’image de tous les Brésiliens d’ailleurs, et ne nous empêchent pas trop d’essayer de gagner notre vie honnêtement ».

Gagner sa vie honnêtement ! L’expression est lâchée. Car, les Sénégalais sont réputés ne pas se mêler de trafic de drogues et autres activités délictuelles qui caractérisent les ressortissants de certains pays africains. « Si nos compatriotes sont bien cotés auprès de leurs hôtes brésiliens, c’est qu’ils ont un comportement exemplaire. Il faut dire que les associations religieuses ou non y ont beaucoup contribué », selon M. Diandy. En plus, ils sont bien organisés et solidaires. Ils arrivent aussi à faire face à leurs charges communes et à assurer eux-mêmes les frais de rapatriement des corps de leurs membres décédés.

Seulement, Massar Sarr, le secrétaire général de l’Association des Sénégalais de Sao Paulo, par ailleurs conseiller à la mairie de Sé, dans cette grande métropole, révèle qu’il y a « deux ou trois compatriotes actuellement en prison simplement pour avoir été embarqués dans des histoires dont ils ne connaissaient rien ». Après le Ramadan, une mission devrait aller les voir dans leur centre de détention, histoire de leur faire comprendre qu’on ne les a pas oubliés.

Quelques doléances tout de même
Dans un pays aussi vaste que le Brésil, les distances sont la principale contrainte pour les autorités consulaires sénégalaises qui aimeraient avoir accès à tous leurs compatriotes. D’autant que, selon M. Raoul Diandy, le premier secrétaire, « c’est l’ambassade de Brasilia qui couvre toute l’Amérique du Sud. Déjà que nous avons des difficultés à faire correctement notre travail rien que sur le Brésil… » C’est pourquoi, il joint sa voix à celles de tous ses compatriotes basés à Sao Paulo pour l’ouverture d’un consulat dans cette ville de près de 20 millions d’âmes où les Sénégalais s’activent beaucoup dans le commerce.

A Rio de Janeiro, Amina Ngom, la présidente de l’Association des Sénégalais, elle, appelle le chef de l’Etat à les aider à améliorer leur situation. « Lors de son passage au Brésil, Macky Sall nous avait promis de faire en sorte de nous faciliter la tâche. Mais depuis lors, nous attendons », témoigne cette spécialiste dans la vente des objets d’art. Des articles qui, selon elle, intéressent beaucoup les Brésiliens qui ont une part d’âme noire.

Avec l’Argentine, le corridor fonctionne dans les deux sens
Entre l’Argentine et le Brésil, le flux de Sénégalais est des plus denses. Il y a d’abord ceux qui passent la frontière plutôt clandestinement du premier pays vers le second. Volontairement, ou parce que poussés par des « passeurs » qui leur avaient fait miroiter le paradis au pays de Pelé avant de les balancer chez Maradona. Mais il y a aussi ceux qui empruntent légalement le corridor dans les deux sens, parce qu’étant régulièrement enregistrés de part et d’autre de la frontière avec des papiers de résidents. Bien intégrés au Brésil, les Sénégalais le sont également chez son voisin de l’Est. « Entre janvier et juin 2013, 80 à 90 % de nos compatriotes qui vivent en Argentine et en avaient fait la demande, ont été régularisés », avance M. Diandy, secrétaire de l’ambassade du Sénégal à Brasilia qui couvre également l’Argentine. « C’était une manière, pour les autorités de ce pays, de récompenser les Sénégalais pour leur comportement irréprochable », ajoute-t-il. D’ailleurs, signale le diplomate, « une telle régularisation massive pour la résidence officielle n’avait jamais été faite auparavant par ce pays ».
Ce que confirme A. Diouf, un Sénégalais qui a débuté sa quête de mieux-être au Brésil avant de s’installer en Argentine. Avec ses papiers des deux pays en règle, il navigue ici et là en fonction de ses intérêts et des lois du marché. Pareil pour El Hadji, un commerçant qui va chercher des articles à Buenos Aires pour les écouler à Sao Paulo. Cependant, la situation commence à se détériorer en Argentine du fait de la crise et des dévaluations successives du peso qui affectent sérieusement le pouvoir d’achat des Sénégalais.

Si bien que dans ce pays « le plus occidentalisé d’Amérique du Sud, les populations autochtones qui répugnaient à faire certaines tâches (contrairement au Brésil où les nationaux les disputent aux étrangers), n’ont plus tellement le choix et se rabattent sur tout ce qu’ils trouvent », selon Mamour Sop Ndiaye, professeur d’université à Rio et fin connaisseur des mœurs des deux pays. Conséquence, un reflux et un reflux que seule la récente Coupe du monde ne saurait expliquer. Et le mouvement n’est pas prêt de s’estomper…

Les « Dakhar » : Ces nouveaux venus aux fortunes diverses
Sao Paulo : Les « Dakhar » (Tamatin), vous connaissez ? Certainement pas. Sachez désormais que c’est ainsi que les plus anciens Sénégalais séjournant au Brésil appellent péjorativement leurs compatriotes qui viennent de débarquer dans ce nouvel Eldorado. L’origine de ce surnom, personne ne pourra vous l’expliquer. Qu’importe pour les nouveaux, décidés, eux aussi, à se faire une place au soleil, même si tous ne partent pas à chances égales. Car, d’un côté, il y a ceux qui ont été recommandés ou sponsorisés et, de l’autre, ceux qui ont bravé tous les dangers, au risque de leur vie, et qui n’ont personne pour leur mettre le pied à l’étrier. Comme les deux amis Saliou Kane et Serigne Mbacké Faye, croisés un matin pluvieux de juillet à l’Avenida da Republica de Sao Paulo. Arrivés depuis 3 mois dans la plus grande métropole de l’Amérique du Sud, ils ne se sont guère gênés pour dénoncer « le manque de solidarité » de leurs compatriotes trouvés sur place.

« L’unité et l’entraide ne sont que de façade. D’ailleurs, les plus anciens font tout pour nous éloigner de Sao Paulo, sous prétexte qu’il n’y a pas grand-chose à gagner ici », témoigne Saliou Kane. Serigne Mbaye Faye ajoute que leurs « doyens » les poussent même « à aller plus au sud où ils prétendent qu’il y a plus de boulot ». Mais eux n’ont pas bravé les intempéries et la mort pour se retrouver exilés ailleurs que là où ils ont décidé de gagner leur place au soleil. « Partis de Dakar, nous avons transité à Madrid avant de débarquer en Equateur, d’où nous avons rallié le Brésil par la route. Mais, nous avons connu les pires difficultés avant d’arriver ici. Et nous sommes décidés à nous battre jusqu’à la dernière goutte de sang pour réussir », martèlent ces deux garçons qui soutiennent avoir chacun payé 3 millions de francs pour faire ce voyage.

Alors que Saliou et Serigne Mbacké parlaient de leurs misères passées et actuelles, un groupe de « Dakhar » débarquait fraîchement. Mais des « Dakhar » Vip en à juger par leurs mises impec et les valises qu’ils trainaient. Ils ont même eu droit à un accueil chaleureux de la part d’un compatriote venu expressément de Rio de Janeiro pour les convoyer ensuite sur la « Cidade maravilhos ». Parmi eux, un certain Mame Thierno Mbaye, ex … Dj à Dakar, tout sourire et émoustillé comme un gamin devant son sapin de Noël. « Ici, les gens sont gentils. C’est vrai que nous allons vers l’inconnu, mais nous avons l’avantage d’être bien accueillis par des gens à qui on a été recommandés », déclare l’ex-animateur qui aurait même bossé dans certaines radios à Dakar. « Vous savez, le métier de Dj, ça ne marche pas trop actuellement au pays. Alors, j’ai choisi de tenter ma chance ici ». S’il ne sait pas exactement dans quel secteur il va s’investir, lui et ses trois compagnons savent que leurs « contacts » au pays de Pelé sauront les mettre sur les rails de la réussite.

Un peu comme ce garçon croisé un mois plus tôt à la « Rodoviario » (gare routière) de Curitiba. Parti de Dakar le 8 mai dernier, il n’était arrivé que ce 17 juin-là dans la capitale de l’Etat de Parana. Son périple l’avait conduit de l’’Espagne à l’Equateur et au camp de Agre où il dit avoir été « interné » pendant 15 jours. Mais, il était tout heureux d’en être sorti avec une carte de séjour et un document lui permettant de travailler. « Je me rends comme ça à Rio Grande Sul où deux de mes frères ont promis de me trouver du boulot dans une usine dès mon arrivée », dit qu’il préfère garder l’anonymat.

Quelques jours plus tôt, M. aurait pu voyager dans le même bus que Talla, un Sénégalais basé à Abidjan depuis plusieurs années et qui y aurait fait fortune (selon lui). Cependant, il n’a pas résisté à l’envie d’aller voir ailleurs. Alors, il a débarqué à Sao Paulo en même temps que les « Mondialistes ». Et après avoir transité pendant 2 jours à Sao Paulo, le temps de trouver les bonnes coordonnées de son contact à Rio Grande Sul, il avait fait cap vers le sud. Des rêves d’enrichissement rapide plein la tête. Comme tout ces dizaines de Sénégalais qui continuent à débarquer par tous les moyens au Brésil.

Mamour Sop Ndiaye, professeur d’université à Rio : Le Carioca parti de Taïba Ndiaye
Rio de Janeiro : Mamour Sop Ndiaye a débarqué à Rio de Janeiro en 1998, un Bac C décroché au lycée de Taïba Ics (Mboro) en poche. Seize ans après, il ne nourrit aucun regret. « J’avais choisi d’étudier les sciences exactes au Brésil, parce que c’était un grand défi. Car je savais que les Etats-Unis et l’Europe privilégiaient les solutions techniques à celles économiques. Or, un projet fait au Brésil, un pays du Tiers-monde à cette époque a plus de chances de prospérer au Sénégal qu’un autre fait en Europe », explique-t-il. « J’ai été particulièrement bien accueilli et intégré. Et je me suis fait beaucoup d’amis, aussi bien dans le milieu des affaires que dans les universités », témoigne celui qui enseigne maintenant les Energies renouvelables et l’électronique au Centre fédéral d’éducation technologique (Cefet) de Rio de Janeiro, dont le campus est tout proche du célèbre stade de Maracana.

Lorsqu’au bout de 5 ans il avait décroché son diplôme d’ingénieur, il a voulu rentrer au Sénégal. « Mais, mes professeurs m’ont demandé de rester et m’ont offert plusieurs opportunités d’études et de travail », témoigne-t-il. C’est ainsi que Mamour décrocha un Dea avant de soutenir une thèse de doctorat sur les énergies renouvelables, solaires en particulier. Et l’année dernière, il a créé « un système solaire à travers l’électronique des puissances qui permet au dispositif de fonctionner, qu’il y ait réseau ou pas ».

Le Pr. Ndiaye est le seul enseignant étranger du Cefet qui forme des ingénieurs dans ses 7 campus disséminés à travers Rio dont il est la 4ème plus grande université. « Sur place, nous avons plusieurs laboratoires avec tout le matériel nécessaire pour nous faciliter le travail », soutient celui qui a également étudié, puis enseigné à l’Université fédérale de Rio de Janeiro où deux Sénégalais donnent encore des cours, dont son propre grand-frère.

Installé dans la « Cidade maravilhoso », au quartier Flamengo, avec sa femme et ses deux filles, Mamour Sop Ndiaye dit ne pas croire au « retour physique au pays. Pour moi, le retour moral est bien plus important ». Toujours très imbu des valeurs africaines qui lui ont inculquées depuis sa plus tendre enfance, il soutient ne pas pouvoir « imaginer un monde sans solidarité ». C’est pourquoi, il n’hésite jamais à venir en aide à ses compatriotes sénégalais dans le besoin en transit ou résidant au Brésil. Mamour n’a pas non plus oublié d’où il vient. « Je vais souvent au Sénégal et essaie de promouvoir, ici, au Brésil des produits faits au pays et dont la confection procure certains revenus aux gens restés sur place. En particulier des artisans de Ngaye Mékhé avec qui je collabore ». Sur le plan académique cependant, M. Ndiaye se désole que les Sénégalais ne soient pas très intéressés par le transfert de technologie qu’il veut promouvoir. N’empêche, il promet d’investir dans le secteur privé, histoire de rendre, ne serait-ce qu’un peu, de ce qu’il a reçu. Car, « le retour physique n’est pas d’actualité. Mon intégration réussie me pousse à rester ici où je sais que je suis plus utile au Sénégal que si j’étais à Dakar ». Et s’il est vrai que l’homme peut s’établir partout où il a trouvé son bonheur et son équilibre, le Pr. Mamour Sop Ndiaye à toutes les raisons de rester à Carioca.

Mouhamed Dièye, comme un point lumineux dans la nuit
Brasilia : Si nombre de « Dakhar » éprouvent autant de difficultés à être secourus à leur arrivée à Sao Paulo, c’est en partie parce que Mouhamed Dièye, le président de l’Association des Sénégalais de ladite ville, officie désormais à Brasilia, la capitale fédérale du Brésil. Car, Ameth, comme on l’appelle affectueusement, a souvent servi de relais entre ceux qui débarquent et ceux qui sont déjà installés. Tous ceux qui sont arrivés avec son numéro en poche ont été épargnés des affres des premiers jours de galère. En fait, croiser son chemin était la fin des soucis. Car ce Lougatois fier de l’être n’a jamais hésité à partager son gîte et son couvert avec des inconnus qui n’avaient de commun avec lui que d’être sénégalais. Il y est même souvent allé de sa poche, en plus de son temps, pour mettre des nouveaux venus sur les chemins de la réussite.

Aujourd’hui chauffeur à l’ambassade du Sénégal à Brasilia, Mouhamed Dièye a perdu le « contact physique » avec ces arrivants en quête de lumière après avoir longtemps navigué dans le tunnel sombre de l’émigration. Le secrétaire général de l’Association des Sénégalais de Sao Paulo, Massar Sarr, s’implique depuis avec encore plus de cœur dans l’accueil et l’intégration de ses compatriotes nouvellement arrivés dans la plus grande métropole brésilienne. Mais ces derniers n’ont pas toujours la bonne information et mettent tous les « anciens » dans le même sac.

Au « Dahira » de Sao Paulo, les vertus du travail magnifiées
Sao Paulo : « 155 Hôtel », en plein cœur de Sao Paulo ! Un dimanche soir du mois de Ramadan. A peu près une heure après la rupture du jeûne. Au premier étage, dans un espace spécialement ouvert pour la circonstance, une demi-douzaine de jeunes hommes et deux dames s’affairent autour de grandes bassines contenant divers mets. Les sandwichs passent de main à main et sont assez vite engloutis. Le café coule à flots. Des fruits sont également distribués. De la porte de la grande pièce attenante, parviennent les échos des « Khassaïdes » déclamés à haute voix par des chanteurs assis en cercle et habillés d’amples boubous gris légèrement brodés. Tout autour, des dizaines de personnes suivent plus ou moins attentivement le récital. Bienvenue au « Dahira » des Sénégalais de Sao Paulo.
Comme tous les dimanches, c’est au tour des Mourides de se réunir pour revisiter les écrits et les enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba. Le lendemain soir, comme tous les lundis, les Tidianes prendront le relais. Le rituel est immuable depuis des années. Ramadan ou pas ! Les Sénégalais de la plus grande ville d’Amérique latine ont ainsi trouvé le plus sûr moyen de se ressourcer, de s’épauler et de rester fidèles aux valeurs laissées au pays. En fait, ces « Dahiras » sont l’occasion, pour presque toute la communauté, de se retrouver compte non tenu de la religion ou de l’origine sociale. « Tous ceux qui peuvent se libérer font un point d’honneur à être présents à ces assemblées. Mouride, tidiane, chrétien, personne ne veut être en reste », témoigne Massar Sarr, le secrétaire général de l’Association des Sénégalais de Sao Paulo. « Nous vivons dans la plus parfaite harmonie et en toute intelligence. Il n’y a jamais eu de problème entre nous », ajoute celui qui est également conseiller à la préfecture de Sé, à Sao Paulo.

Et ce soir, le prêche porte les vertus du travail, la dévotion et le dévouement à Serigne Touba, en plus de divers éclairages sur les différents aspects de la prière. Plus la nuit avance, plus les Talibés arrivent. « Aujourd’hui, il n’y en a pas autant que d’habitude », témoigne quelqu’un. « Peut-être que la journée a été trop longue pour la plupart d’entre eux », poursuit-il. En tous cas, le « Diawrigne » (responsable moral) ne se prive pas d’insister sur la nécessité, voire l’obligation, pour tout le monde, de déférer à ces réunions hebdomadaires. « Le temps que vous consacrez à Serigne Touba ne peut être perdu. Ce n’est, au contraire, que du bénéfice ». Le marabout, lui aussi, insiste sur l’utilité de ce genre de rendez-vous. « Cela nous permet de rester soudés, de ne pas nous égarer en cette terre étrangère. Nous ne devons jamais perdre de vue pourquoi nous sommes ici ». Message bien perçu si l’on se fie aux acquiescements de l’assistance.
Tard dans la nuit, on remballe tout et les fidèles se dispersent dans de Sao Paulo. Demain, une nouvelle rude journée de travail attend tout ce beau monde.

Le Soleil

Jeudi 17 Juillet 2014 - 09:49



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