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«Serigne Touba souffre de l’instrumentalisation du mouridisme à des fins politiciennes» SERIGNE FALLOU DIENG (CERCLE DES INTELLECTUELS SOUFIS)





«Serigne Touba souffre de l’instrumentalisation du mouridisme à des fins politiciennes» SERIGNE FALLOU DIENG (CERCLE DES INTELLECTUELS SOUFIS)
Connu pour son engagement dans les luttes sociales et politiques depuis quelques années, Serigne Fallou Dieng digère mal le type de relations qui, à son avis, s’établit entre l’autorité mouride et le président de la République. Selon lui, ‘’Touba est instrumentalisé à des fins politiciennes’’.



Quel regard jetez-vous sur la situation du pays ?

Je déplore le fait que l’action politique soit dominée par un climat politicien. Le président de la République Macky Sall, au lieu de s’atteler à satisfaire la demande sociale et répondre convenablement aux préoccupations des populations sénégalaises, reste préoccupé par les actes que posent ses adversaires politiques.

Comme qui ?

Comme Idrissa Seck par exemple. On a noté qu’à chaque fois que le leader de Rewmi effectue un déplacement auprès du Khalife général des mourides, à Touba, le lendemain, le président de la République s’y rend également. Finalement, on sent un pilotage à vue dans l’action gouvernementale. Macky Sall n’a pas une vision claire et bien définie des enjeux et des défis de l’heure. C’est d’une part. Et d’autre part, les objectifs de réforme qu’il avait promis aux Sénégalais sont en conflit direct avec ses ambitions politiques d’avoir un deuxième mandat et d’avoir un parti fort.

Est-ce cela qui explique le retard noté dans la mise en œuvre des réformes annoncées ?

C’est à cause de cela que le président de la République hésite encore à engager les grands chantiers des réformes institutionnelles qu’il avait promises au peuple sénégalais pendant la campagne électorale de 2012. Et malheureusement, c’est la raison pour laquelle le Sénégal reste groggy.

Comment analysez-vous les rapports entre lui et Touba ?

Les rapports qu’entretient le président de la République et Touba ne sont pas toujours sincères et ne vont pas toujours dans l’intérêt du Mouridisme. Ce sont des rapports de clientélisme politique et de favoritisme. Ce ne sont pas des rapports entre un fidèle et une autorité religieuse, entre un gouvernement responsable et une autorité religieuse qui sert de relais social. Pas du tout. Ce sont des rapports clientélistes et électoralistes qui relèguent souvent au second plan les aspirations démocratiques du peuple sénégalais en général et des populations de Touba en particulier.

Le fait de vouloir toujours plaire au clergé maraboutique ne signifie pas servir la cause du mouridisme, ni répondre aux aspirations des populations de Touba qui, elles, restent très pauvres. Ce sont des rapports entre des partenaires politiques. En lieu et place d’une interaction et d’une collaboration sincère, on a des rapports entre un politique et son partenaire, un client politique. Le rôle dévolu aux religieux n’est même pas un rôle de régulation sociale, mais d’encadrement social pour éveiller les consciences. Servir de courroie de transmission aux valeurs culturelles. Inculquer aux fidèles et aux nouvelles générations les valeurs enseignées par Serigne Touba, le fondateur du mouridisme. S’il faut collaborer avec le régime, il faut le faire pour et dans l’intérêt des populations.

Vous semblez reprocher quelque chose au Khalife des mourides ?

Non! Absolument pas ! Du tout ! Mais le rôle d’encadrement social dévolu au mouridisme ne saurait être assimilable à celui d’un réseau d’influence. Or, c’est comme si Touba entretenait aujourd’hui un réseau d’influence auprès du régime. Les gens ne s’occupent même plus des conditions de vie des populations des villages les plus reculés de Touba. Ils s’intéressent plutôt à la situation de Karim Wade ou à celle de Samuel Sarr.

Certains sont même allés jusqu’à assimiler le rôle d’encadrement social du mouridisme à celui que le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) exerce sur le gouvernement français. Quand un marabout a ce rôle, il entretien un réseau d’influence qui va supplanter la mission dévolue à une confrérie, c’est-à-dire un rôle d’encadrement social. Un tel rôle cristallise toutes les critiques et désapprobations. On risque de faire face à un anticléricalisme. Donc je ne reproche rien au Khalife parce que le Khalife lui-même est un véritable homme de Dieu à qui je dois dévotion et déférence. Seulement, la voie du mouridisme appartient à tout le monde. C’est une voie de matérialisation spirituelle à travers un accomplissement moral, un ressourcement religieux. C’est cela la voie tracée par Cheikh Ahmadou Bamba.

Maintenant, on veut la transformer en un réseau d’influence soumis au culte du grand capital sur le dos des fidèles et de la population sénégalaise. Cela, on ne saurait l’accepter. Au-delà de Touba, le rapport entre l’Etat et les foyers religieux est un rapport clientéliste sur le dos des fidèles qui ne sauraient être un fonds de commerce politique ou un bétail électoral avec son équivalent monétaire ou matériel. Serigne Touba pâtit beaucoup de cette instrumentalisation abusive de la confrérie mouride à des fins politiciennes.

Que pensez-vous de la traque des biens mal acquis ?

Cheikh Ahmadou Bamba Cheikhoul Khadim pâtit beaucoup de cette contorsion de certaines élites mourides qui invoquent son nom pour défendre des grands délinquants de la République. C’est un attentat à la mémoire de Cheikh Ahmadou Bamba que de chercher à couvrir du parapluie mouride des prédateurs économiques et financiers. Serigne Touba n’a jamais défendu un voleur et ne saurait cautionner le vol. En tant que fidèle mouride, je suis prêt à faire le jihad contre ceux qui protègent les délinquants de la République.

Selon vous, qui sont ces «délinquants» que Touba essaierait de défendre ?

Au début, les personnes poursuivies et traquées étaient au nombre de sept. Mais la majeure partie d’entre elles circulent toujours librement sans être inquiétées. Il y en a un parmi eux qui se dit même représentant du Khalife des mourides à Dakar. Or, il ne cherche qu’à se protéger sous le parapluie mouride pour être à l’abri des poursuites.

Vous voulez parler de Mbackiou Faye ?

C’est de lui dont je parle bien sûr. Hormis lui, Madické Niang a été cité dans des malversations. Il n’est pas poursuivi parce qu’il est proche de la famille de Serigne Touba. Macky Sall ne doit pas avoir une démarche sélective dans la traque des biens mal acquis. Madické Niang et Mbackiou Faye doivent être poursuivis. La traque des biens mal acquis ne se limite pas seulement à la personne de Karim Wade. Parlant de ce dernier, on pompe l’air aux fidèles mourides en disant qu’il est un talibé de Serigne Touba. Depuis quand Karim Wade est-il un disciple de Serigne Touba ? Cet homme ne s’est jamais préoccupé de Touba du temps où il était aux affaires. Il n’avait à faire qu’avec des Libanais, Marocains et autres cercles mafieux. Il ne doit pas attendre d’être entre les mains de la justice pour crier partout qu’il est mouride.

Soupçonnez-vous des dignitaires mourides de manœuvrer pour le sortir de prison ?

Bien sûr ! Dans la hiérarchie mouride, il existe des «Cheikh 15%» comme Karim Wade fut «Monsieur 15%». C’est donc très normal que des «Cheikh 15%» et «Serigne 15%» soutiennent «Monsieur 15%». Je suis sûr que si les enquêtes sont poussées, on découvrirait d’autres personnalités bien cachées sous la camisole religieuse. Etre un fidèle de Serigne Touba ne dédouane personne de la reddition des comptes.

Comment analysez-vous les rapports de Macky Sall avec les forces sociales de gauche ?

Les forces socialistes de gauche sont aujourd’hui dans l’œil du cyclone. Malgré les apparences, il y a un complot en incubation. Ils ont un projet pour l’élimination des forces de gauche socialiste. L’aristocratie religieuse n’aime pas la gauche socialiste du fait de sa posture opiniâtre dans les revendications sociales et son combat acharné contre les inégalités sociales.

PAR ASSANE MBAYE
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Dimanche 28 Septembre 2014 - 10:04



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