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TALIBES, MARGINAUX DE DAKAR, MENDICITE INTERNATIONALE : A chacun son obole



Héritage légué par le pouvoir colonial à l’État du Sénégal indépendant, la question de l’occupation de l’espace urbain dakarois par les mendiants s’est complexifiée avec de nouvelles formes de manifestations en rapport avec la conjoncture économique et politique. Les mendiants, et dans une plus large mesure, les marginaux (prostituées, vagabonds, marchands ambulants..) ont été et demeurent très actifs dans cette compétition pour le contrôle des opportunités offertes par l’espace urbain et son centre. Ne pouvant maîtriser la croissance de la marginalité urbaine, révélatrice de leurs orientations sociales, les régimes politiques successifs se sont évertués à en atténuer la visibilité dans les espaces centraux de la capitale.



TALIBES, MARGINAUX DE DAKAR, MENDICITE INTERNATIONALE : A chacun son obole
De 1960 à la fin des années 1970, les pouvoirs publics affichent une volonté d’éradication de la présence des marginaux dans l’espace urbain, au nom d’une politique de développement productiviste. De 1979 à 1994, la faible efficacité des mesures répressives, la vigueur de la demande sécuritaire et l’émergence de nouveaux acteurs attentifs à la prise en charge humanitaire de la misère sociale des (néo)citadins entraînent la révision de la politique officielle de gestion des marginaux.

Dès l’indépendance acquise, la construction nationale, appuyée sur les cultes du travail et du civisme, et la référence au « socialisme africain », perçu comme une idéologie de désaliénation et d’intégration sociale, ont induit l’effacement de l’espace public des mendiants et des prostituées de l’espace public. Pour rappel, les premiers acteurs de la mendicité urbaine se recrutèrent parmi les enfants mineurs libérés de la condition captive, les populations affamées des zones rurales proches des villes comme Saint-Louis et les élèves de l’école coranique. Ils formaient la catégorie de mendiants focalisant l’attention des pouvoirs publics coloniaux, soucieux du rayonnement de l’école coloniale et influencés par la lutte engagée en Europe au XIXe siècle contre l’enfance errante et le travail des enfants. Dès cette époque, les terroirs de la vallée du fleuve Sénégal, « oubliés du développement colonial », constituent les principaux foyers de départ des enfants transformés en mendiants.

A cette catégorie vinrent s’ajouter, aux premières heures de l’indépendance, les lépreux blanchis et quelques néo-citadins visibles aux feux de signalisation, artères passantes, lieux de culte, marchés, gares (routières et ferroviaires), devantures des banques et magasins de commerce, etc.

Prostituées et mendiants, assimilés à des symboles de l’anormalité sociale, à des dangers pour la santé physique et morale de la nation sénégalaise en construction et à des agents de diffusion de l’oisiveté et du parasitisme, firent l’objet de mesures coercitives de mise en ordre. Celles-ci ont pour noms : surveillance policière du centre urbain de Dakar, rafles, arrestations, fichage, refoulement dans les foyers d’origine et emprisonnement. Ce « nettoyage moral », n’épargnant ni les talibe (élèves de l’école coranique) ni les malades mentaux, cibla surtout « ces filles complexées, entachées de toubabisme [portant] des robes [qui s’arrêtaient] aux genoux, [et laissaient] voir leurs cuisses » (M. Sissoko : « le nettoyage de Dakar ». Paris-Dakar, juin 1960).

Pour cette période, plus que la répression, ce sont des opérations d’intégration et de réintégration sociales des mendiants et des prostituées qui ont imprimé un cachet particulier à la gestion des « fléaux sociaux ». Ainsi, en direction des enfants mendiants, la création de camps de travail et d’un service administratif d’éducation surveillée avait été envisagée. Dans la lutte contre la prostitution, le gouvernement organisa des campagnes d’affectation de conjoints aux prostituées en état d’arrestation.

Eloignement, internement…

Ces mesures furent abandonnées après le « coup d’État » de décembre 1962. Léopold Sédar Senghor fut plus préoccupé par la maîtrise politique de la rue que par son contrôle social. On observe alors un glissement vers une gestion dépassionnée de la mendicité et de la prostitution ne visant plus que « les filles de joie » exerçant dans la clandestinité ou n’observant pas scrupuleusement les mesures réglementaires (loi 66-21 du 1er février 1966). Il en fut de même pour les mendiants évoluant en dehors des zones de tolérance (périmètres des lieux de culte et marges spatiales) ou ne répondant pas au profil acceptable dans le centre urbain. Ceux qui violaient cette réglementation subissaient différents types de sanctions : rafles, internement à Koutal pour les lépreux mendiants – au nombre de 12 000 en 1965 – et pour les mineurs, dans un camp à créer au terme d’un projet de loi déposé en 1965. Ces interventions avaient surtout lieu à la veille et pendant les nombreuses visites d’officiels étrangers, les grandes rencontres sportives (Jeux de l’Amitié de 1963) et les parades culturelles (Festival mondial des Arts nègres de 1966). Aujourd’hui, il est légitime de se poser la question de savoir, si cette opération de nettoyage de Dakar de ses talibés, n’est pas menée en vue du Fesman qui doit se tenir en décembre. Pour les élites au pouvoir, la puanteur et la monstruosité des corps de ces « damnés » de la ville dans une large mesure « produits » de leur politique sociale étaient, et sont encore aujourd’hui, autant de formes de nuisance et de laideur sociales à cacher aux observateurs étrangers.

Loin de se laisser faire, les mendiants furent les premiers marginaux à s’organiser pour faire face à la violence physique de l’État sénégalais et capter les dons distribués par des structures caritatives et humanitaires comme la Croix Rouge. L’Association des Infirmes et Invalides du Cap-Vert, qui avait son siège à la rue Marsat, s’afficha comme un mouvement associatif pionnier.

Outre cet élément d’évolution, on peut mentionner, dans la gestion des « fléaux sociaux », l’adoption en 1964 par les pouvoirs publics de l’idée d’action sociale comme remède à la marginalité et l’importance croissante accordée aux marchands ambulants dans la désignation des types de marginaux urbains à combattre (décrets 66-540 du 9 juillet 1966 et loi 67-50 du 28 novembre 1967, loi 68-664 du 10 juin 1968 portant réglementation de la vente sur la voie et les lieux publics).

La nouvelle orientation mise en œuvre visait à briser les « encombrements humains ». La fin des années 1960 ouvre une crise structurelle aiguë dans l’histoire du Sénégal déclenchée dès 1967 par un cycle de sécheresse, qui s’était traduit sur le terrain agricole, par la chute de moitié de la production arachidière. C’est dans ce contexte que le pouvoir central mit l’accent sur la répression des mendiants et colporteurs perçus comme des « forces du mal » avec l’impératif de promotion du tourisme. Les profits à tirer de ce secteur furent également bien évalués par des pauvres de la capitale et des paysans appauvris réfugiés en ville. Aussi y eut-il une compétition économique serrée entre le bloc État sénégalais/hôteliers et les mendiants et autres ambulants. Elle transparaît dans les discours de dépit, d’indignation et de dénonciation de la concurrence déloyale prêtée à ces derniers par les autorités officielles. Par presse écrite interposée, elles s’insurgèrent contre « une catégorie particulièrement gênante [...], celle des marchands ambulants qui, à partir du port ou de l’aéroport de Dakar-Yoff, harcèlent pas à pas le touriste, le retenant même, parfois, par la chemise ». C’est pourquoi il importait de faire disparaître des rues de Dakar, de façon durable, les mendiants et les colporteurs ainsi que les autres figures de la marginalité.

Ainsi furent prises des mesures radicales consistant en l’éloignement des malades mentaux dans les hôpitaux et villages psychiatriques, l’isolement des lépreux mendiants dans les villages dits de reclassement, la saisie et la vente des marchandises vendues sur la voie publique par les services de douane, l’emprisonnement (un à six mois) couplé ou non à une amende (20 à 200 000 francs CFA) pour les col¬porteurs, l’envoi dans des centres de rééducation surveillée des enfants mendiants.

Excédé par la « violence symbolique » des corps des mendiants et par l’errance des colporteurs, le gouvernement a assimilé les uns et les autres à des « encombrements humains », ce qui suggère le caractère hygiéniste du traitement à leur appliquer. Le Conseil national de l’UPS du 19 juillet 1972 consacré à l’urbanisme, est le lieu choisi pour faire la promotion intellectuelle de l’expression. Les figures de la marginalité visées avec l’emploi de cette expression sont « les bana-bana ou marchands ambulants et les petits cireurs qui racolent les touristes, sans parler des voyous, les faux talibe qui mendient, quand ils devraient être à l’école, les lépreux, handicapés physiques et aliénés qui devraient être dans les hôpitaux ou les centres médico-sociaux » (L.S.S : « Rapport introductif au Conseil national de l’UPS ». Le Soleil, 20 janvier 1975, p.3).

Contre la mendicité, « source d’une dégradation des valeurs traditionnelles » et à l’origine d’une aggravation des délits de viol, de recel et de vandalisme, les lois et règlements prohibitifs avaient été jugés satisfaisants. Il ne restait qu’à les mettre en œuvre avec vigueur et sans complaisance.

Parmi les moyens et formes de lutte adoptés ou préconisés contre les « encombrements humains », il convient de retenir la mise sur pied d’une brigade spéciale de police, la dynamisation du centre de Thiaroye pour le « triage » des mineurs vagabonds, la création de centres de rééducation. Avec la « campagne d’information et d’éducation des populations », la presse rendait régulièrement compte des résultats de la lutte contre ceux qui entravaient la politique de promotion touristique, menaçaient la sécurité des personnes et des biens dans la capitale soumise à la rapide montée de la marginalité économique. Le quotidien gouvernemental Le Soleil s’était particulièrement illustré dans cette tâche en faisant connaître notamment « les mesures énergiques de refoulement en dehors du territoire national prises à l’encontre des étrangers qui constituent les gros des effectifs du colportage », la décision d’interner les mendiants et de traduire en justice les marabouts, ayant un daara et livrant des talibe à la mendicité. D’eux, il est dit qu’ils mendient pour contraindre le passant à respecter le devoir d’aumône prescrit par l’Islam.

S’il existe des daara qui sont encore à cheval sur leur vocation traditionnelle de faire apprendre le Coran par cœur à des enfants, d’autres préconisent l’apprentissage de l’Arabe, qui précède puis accompagne la mémorisation du Texte Sacré. D’autres encore, comme le daara de Coki, sont des internats où l’Islam est enseigné et appris et où l’on dispense une formation aptes à des habilités techniques destinées à aider les pensionnaires à réussir leur vie professionnelle.

Toutefois, les résultats de la répression demeuraient fort mitigés. L’intervention de la brigade spéciale de police chargée d’opérer les rafles et d’évacuer les indésirables dans des centres d’accueil avait souffert de la faible capacité des structures d’accueil. Malgré le succès de son quadrillage du centre urbain pour chasser les marchands ambulants, elle accomplissait un véritable travail de Sisyphe. Beaucoup de gens raflés étaient des récidivistes. Dès lors, il n’est pas étonnant qu’en 1977, à l’occasion d’un conseil national du parti-État faisant suite à cinq conseils interministériels également consacrés à la lutte contre « les encombrements humains », Alioune Badara Mbengue, alors ministre de la Santé et de l’Action sociale, constate que « la mendicité est à son paroxysme dans les endroits rentables : feux de signalisation, magasins d’alimentation, banques. Les vendeurs à la sauvette, plus audacieux et arrogants que jamais, persistent à imposer leur pacotille avec force tirades et balivernes, les talibés de moins en moins enclins à la sagesse coranique se muent en délinquants spécialisés dans le domaine du larcin ». Le constat d’échec est dressé aussi par le Premier ministre d’alors, Abdou Diouf. S’adressant en juin 1977 à ses ministres, il avoua que « les nombreuses décisions qui furent prises permettaient de croire qu’un assainissement de la situation n’allait pas tarder à se faire sentir. Malheureusement, force est de constater que celle-ci ne s’est pas améliorée et le centre de Dakar est toujours envahi par une horde de mendiants vagabonds, bana-bana, gardiens de voitures et porteurs occasionnels, etc., et qui y font pratiquement la loi ».

Marginalité de type nouveau


Le pouvoir mit un bémol à sa politique répressive face à l’accroissement considérable des populations urbaines nécessiteuses. La multiplication des fermetures d’entreprises consécutives à la dé-protection du secteur industriel a jeté sur le pavé un nombre croissant de chômeurs, tandis que la ville, qui, jusqu’ici, avait servi d’exutoire à la crise rurale et de réceptacle aux flots de ses migrants, s’est mise à produire pauvres, déviants et marginaux. L’école continuait de fabriquer des exclus et ses diplômés étaient confrontés à un marché du travail où l’offre n’a jamais, au cours de la décennie 1980-1990, couvert 50 % de la demande. Avec la rapide saturation des secteurs d’activités informelles de survie, imputable au nombre élevé des candidats qui s’y investissent, on assiste à une forte détérioration du pouvoir d’achat des citadins. Cette situation a déstructuré beaucoup de cellules familiales et produit un nombre élevé d’enfants en situation très difficile.

Avec l’accroissement des effectifs de marginaux, c’est l’apparition d’une marginalité de type nouveau qui focalise l’attention. Beaucoup de marginaux sont désignés par des vocables qui renvoient à la violence, à des procédures de rupture sociale et à l’errance déviante. Les années 1980 sont témoins de la formation de bandes de dix à vingt enfants et adolescent(e)s, à l’origine d’une véritable économie de prédation pour compléter les rares revenus qu’ils se procurent dans les menus services (portage, cirage...). Les mendiants vivent en permanence dans la rue, devenue leur source de revenus et de sociabilité. N’étant pas un espace neutre, la rue fait l’enjeu de multiples appropriations. Les mendiants et leurs familles tentent d’y vivre, offrant leur intimité à la vue de tous les passants. La rue, c’est aussi, le vocable par lequel, les citadins et les autorités, définissent une personne comme étant « de la rue », avec toute la stigmatisation que cela sous-entend. C’est ce qui fait d’eux de nouveaux types de marginaux dont l’identification a nécessité la production d’un vocabulaire social qui rend compte de la prégnance du bricolage linguistique. Les termes les plus usités sont jenguman (jeng en wolof qui signifie entrave en fer ou en bois utilisée pour tenir un animal ou un esclave et man tiré de la langue anglaise) et faxman. Avec ce dernier vocable formé du radical fax (lire fakh) qui signifie « s’arracher » (en parlant d’une branche d’arbre), la métaphore renvoie ici à l’arrachement de l’individu de la cellule familiale, voire de la société. Lorsqu’ils ne sont pas en conflit avec la société, ils peuvent revendiquer leur appartenance au monde des bujumaan (fouilleurs de poubelle) et dénombrer dans leur entourage, notamment celui des aînés sociaux, des nurumaan (vendeurs sans marchandises), désignés aussi par les termes de rangumaan et maroodemaan.

Connus pour leur pratique du gainz, autodestructive et transgressive des normes sociales et légales, les adolescents en conflit avec la loi investissent les espaces centraux de la ville. Ils y élisent domicile en occupant les bâtiments désaffectés, les grottes en bordure de mer, les sas des lieux de culte. Il en résulte une aggravation du processus d’exclusion et un renforcement de leur image négative produite par les pouvoirs publics et la société qui adoptent des stratégies d’évitement, dont la palette va du sentiment de compassion à des attitudes de rejet.

La police du Prince semble alors débordée, elle qui menace, rafle, emprisonne. Quand la presse ou les artistes font écho aux plaintes des populations victimes de la prédation des marginaux, en particulier de celle des nouveaux coupeurs de route appelés « agresseurs », l’administration mobilise des forces de police considérables pour « démanteler les bandes des enfants de rues, mettre hors d’état de nuire plusieurs catégories de marginaux ». En atteste la multiplication des opérations dites « karangé », « saphir », « éclair » d’une police incapable de porter « le danger dans le camp des marginaux ». Chaque opération de rafle, couverte largement par la presse, révèle que la majorité des interpellés sont des multirécidivistes.

Face à l’impuissance des pouvoirs publics à éradiquer l’insécurité urbaine, les populations privatisent la sécurité. Les citadins nantis font appel aux services des sociétés de gardiennage, tandis que les couches sociales déshéritées mettent en place des milices de quartier.

Cette substitution de la violence collective à l’action jugée insuffisante ou défaillante des pouvoirs publics forme le lit d’effets pervers dont, entre autres, la banalisation de l’usage d’armes de plus en plus meurtrières. Elle est la pire des réponses à cette marginalisation destructive, cri de détresse des jeunes des groupes sociaux les plus fragilisés par la crise et les programmes d’ajustement structurel.

Attention : ils votent

L’État s’oblige à inventer de nouvelles formes de gestion de la marginalité urbaine visible. La célébration par les Nations Unies de l’année des handicapés physiques offre l’occasion d’infléchir la politique de répression en direction de certaines catégories de marginaux. Ainsi, le 17 décembre 1981, Abdou Diouf, devenu président de la République, inaugure le Centre de Rééducation pour Enfants handicapés physiques financé par le Fonds national d’Action sociale. Les handicapés visuels font également l’objet d’une attention soutenue avec la création d’une école de formation à Thiès. Par le biais de leurs diverses associations et de leaders charismatiques, les personnes handicapées sont associées à différentes instances politiques et administratives où se prennent les décisions les concernant. Les non-voyants parviennent à obtenir une modification de la grille des programmes de la radiotélévision publique. Ils animent une émission dénommée « La canne blanche » et se présentant comme un moment de communion entre eux, de célébration renouvelée de la reconnaissance politique de leur utilité sociale, d’énonciation en pointillé ou non de revendications et de lignes de conduite à adopter en vue d’une bonne gestion des relations humaines.

Ces timides balbutiements d’une politique de rupture avec la prise en charge centrée prioritairement sur la répression de la marginalité procèdent de la découverte par le pouvoir central du poids politique des associations de personnes handicapées qui, à la faveur de l’« ouverture démocratique », monnaient leurs « voix électorales » avec tous les pouvoirs établis. Certaines d’entre elles somment la puissance publique de mettre au point une philosophie de prise en charge de la misère sociale conforme aux préceptes du Coran. Cette sommation, qui est à mettre en rapport avec la logique de surenchère actionnée en vue de bénéficier du soutien des bailleurs de fonds arabes, a préoccupé les autorités gouvernementales en ce qu’elle représente une charge corrosive pour les légitimités de l’État.

Contrainte de remodeler son approche de la gestion de la marginalité, la puissance publique a effectué une discrimination entre les marginaux économiques et les déviants pour bénéficier de l’argent provenant de l’aide internationale relative à la prise en charge de la misère. L’évolution des structures institutionnelles publiques intervenant dans ce secteur rend compte de sa volonté de s’entendre avec les bailleurs de fonds extérieurs et de capter une partie de leurs donations. Ainsi, on est passé d’un secrétariat d’État à l’Action sociale avant le Sommet mondial pour les Enfants (New York, 29-30 septembre 1991) à un ministère délégué devant s’occuper de la condition de la femme et de l’enfant.

En 2002, le gouvernement du Sénégal prend la ferme résolution d’introduire l’éducation religieuse dans l’école officielle et formelle. Une décision semblable avait était énoncée en 1981, lors des Etats Généraux de l’Education et de la Formation. En 1986, Iba Der Thiam, alors ministre de l’Education nationale, proclama cette introduction : « l’éducation religieuse sera […] enseignée sur la base de l’option faite par les parents [pour] assurer la connaissance et l’amour de Dieu »

Ces actes ponctuels mettent la lumière sur la non existence de politiques éducationnelle et sociale véritables. Celles qui existent consistent à raser des bidonvilles, mener des opérations « coups de poings », rafler les mendiants, les enfermer. Elles ne sont pas le fait des ministères de l’Education nationale, des Affaires sociales, mais de la police qui relève du ministère de l’Intérieur.

La bonne question que les idéologues et moralistes du pouvoir ne pose pas, parce qu’elle aurait mis à nu la responsabilité des régimes qui ont gouverné le pays, est la suivante : faut-il s’attaquer à la production de la marginalité ou à sa présence dans les lieux où elle espère assurer sa survie en grappillant les restes des reliefs d’une élite parasitaire qui elle-même se reproduit par la mendicité internationale ?

Par Henriette Niang Kandé et Ibrahima Thioub


* Ibrahima Thioub et Ousseynou Faye, Maîtres de conférences à l’Université Cheikh Anta Diop, Dakar, ont cosigné un document sur le sujet : « Les marginaux et l’Etat à Dakar »


Source : Sudonline.sn

Vendredi 10 Septembre 2010 - 11:25



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