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TATA ET ARBRE MOUSSA MOLO BALDE : Ces sites mythiques et mystiques de Kolda



À Kolda, le mythique se confond avec le réel. Le tata de Moussa Molo Baldé (fort où il se retranchait du temps de la résistance), implanté au nord de la commune de Kolda, dans la communauté rurale de Ndorna, ainsi que le gigantesque caïlcédrat portant le nom de l’ancien souverain, qui trône fièrement au cœur de Kolda à un jet de pierre du camp militaire Moussa Molo Baldé, sont les symboles de ce mysticisme koldois. On raconte beaucoup de choses sur ces sites. Vrai ou faux, nombre de Foulabés y croient dur comme fer.



TATA ET ARBRE MOUSSA MOLO BALDE : Ces sites mythiques et mystiques de Kolda
À quelque trente kilomètres de la commune de Kolda se trouve la communauté rurale de Ndorna. Le chemin qui y mène est cahoteux. Des nids-de-poule, des crevasses rendent cette piste latéritique quasiment impraticable. Il faut s’armer de courage pour ne pas rebrousser chemin.

À une vingtaine de kilomètres, on arrive à une intersection. Pour aller à Ndorna il faut quitter la piste latéritique qui mène à Pata (commune du département de Médina Yoro Foulah) et arpenter un sentier sablonneux long d’une dizaine de kilomètres. La densité de la végétation, les arbres qui étendent leurs branches jusque sur le chantier rendent le transport peu commode. Il faut rouler à pas de tortue ou emprunter une charrette pour négocier ce tronçon.

Quelques minutes de galère et enfin le village de Ndorna. Le tata de Moussa Molo, en ruine, vous accueille. Il est situé à gauche du village, à droite de l’ancienne maison communautaire.

Un tata en ruine


De forme rectangulaire, ce tata qui servait de base au souverain de Fouladou est en ruine. Seuls les contours de la bâtisse en pierres rouges sont visibles. Des arbustes, l’herbe et des animaux sauvages sont les seuls habitants de ce lieu classé depuis 2003 monument historique par arrêté du ministre de la Culture et du Patrimoine historique classé au même titre que la tombe de Coumba Woudé (la mère de Moussa Molo) à Soulabaly ainsi que la préfecture de Kolda.

Le chef du village de Ndorna raconte que le choix de cette localité pour abriter le tata n’est pas fortuit. «Pour l’histoire, il faut que les gens sachent que ce tata n’a pas été construit par Moussa Molo Baldé, mais par son père, Alpha Molo Baldé, sur recommandation d’El Hadji Omar Tall. Il se raconte que le marabout avait rendu visite à Alpha Molo chez lui, à Soulabaly. Au moment de rentrer, Alpha Molo l’a raccompagné jusqu’à l’emplacement actuel du village de Ndorna. El Hadji Omar s’est alors arrêté pour lui dire que ce site est un emplacement idéal pour abriter sa famille et pour mener les combats qui l’attendent. C’est ainsi que le marabout a érigé son tata à Ndorna», raconte-t-il.

Après la mort de son père, Moussa Molo a réfectionné le tata, mais quelques années plus tard, il a quitté Ndorna pour ériger un autre fort à Hamdallaye.

Interdit aux hommes d’Etat

Si le tata de Moussa Molo Baldé fait beaucoup parler de lui, c’est parce que, selon une légende, tout homme d’Etat qui s’aventure à y poser les pieds perd son pouvoir. C’est inéluctable, disait-on. Aussi, il était interdit aux Mandingues de passer la nuit à Ndorna, sous peine de perdre la vie. Le chef de village rectifie. Selon lui, le tata n’était interdit qu’aux hommes de tenue. «C’était juste une stratégie pour empêcher les troupes ennemies d’y pénétrer. Un homme d’Etat peut bien visiter le tata sans problème. L’ancien et l’actuel président de la République, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade ont visité le tata sans problème», informe le chef de village.

L’arbre Moussa Molo Baldé

Autre symbole mythique du Fouladou, l'arbre Moussa Molo Baldé. Il s’agit d’un caïlcédrat géant qui se dresse au quartier Doumassou, sur un croisement («sélébé yoon» en wolof) au milieu de la route menant au camp militaire. Aussi bien l’arbre que le camp militaire porte le nom de Moussa Molo Baldé.

Sa taille, son emplacement et sa réputation ont fini de convaincre les sceptiques que l’arbre Moussa Molo Baldé est mystique. Il se raconte que lors de ses conquêtes, c’est sous cet arbre que le roi guerrier peulh se reposait. Pour éviter d’être surpris dans son sommeil, il l’avait «blindé» pour anéantir toute velléité d’attaque. Plus tard, cet arbre a été vénéré par les autochtones et évité par les étrangers.

Des gens y faisaient des bains mystiques nocturnes pour apprivoiser la chance et chasser le mauvais sort. Les femmes qui ne pouvaient pas avoir d’enfants le contournaient trois fois en formulant des prières pour être fécondes.

Aussi, selon la légende, un étranger qui contourne l’arbre à sept reprises sera coupé de ses origines. Il ne pourra plus rentrer chez lui de son propre chef. Les fonctionnaires qui le font sans s’en rendre compte verront toutes leurs demandes d'affectation rejetées.

Mythe ou réalité ? En tout cas, il y a plus d’un Koldois qui y a cru pendant longtemps, même si le vent de la modernité qui souffle à Kolda fait que ces histoires sont maintenant inscrites dans le passé du Fouladou. L’arbre continue à trôner fièrement à un jet de pierre du camp militaire Moussa Molo Baldé occupé en majorité par des soldats venus d’horizons divers qui le contournent chaque jour sans problème.

Daouda Mine | L'Obs

Mercredi 15 Septembre 2010 - 17:32



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