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«Tankou ndieukké, podiou badiène, faalaré ndèy» : Ces parts de mouton qui font les bonnes femmes





«Tankou ndieukké, podiou badiène, faalaré ndèy» : Ces parts de mouton qui font les bonnes femmes
Quand on se marie à quelqu’un en Afrique, on se marie à toute sa famille, a-t-on l’habitude de dire. Les femmes, même les plus sceptiques, ont fini de s’en convaincre à cause de leurs charges pendant les jours de fête, comme la Tabaski. En plus de devoir se faire une nouvelle coiffure, de nouveaux habits, pour mieux paraître devant leurs maris ou compagnons, elles doivent également chercher à cette occasion à faire plaisir à leurs belles-familles dans leur générosité à partager leur mouton par des tankou ndieukké, pôdiou badiène, faalaré ndèy. Tradition ou opération de charme pour avoir les grâces de la belle-famille, les avis sont partagés. Les membres de la famille Faye avaient souhaité l’an dernier, que la tabaski prochaine soit meilleure. Vu la situation actuelle, ils peuvent dire que leur vœu a été exaucé. Dans la cour de la maison sise au quartier Diamagueune de Mbour, quatre béliers sont alignés en lieu et place des deux de l’année dernière. Face à tout ce «bétail», elle s’est même payée les services d’un dépeceur pour plus d’efficacité. Mais dans l’esprit de la mère de famille une question revient en boucle : «Où vais-je garder toute cette viande ?» Aussitôt que le gars a fini son service, la dame aidée de ses deux filles entame la séparation de la viande. Assise sur un banc en bois autour de quatre bassines remplies de chair, mère Khady puisque c’est d’elle qu’il s’agit demande une autre bassine vide. «C’est pour mettre les parts que je vais sortir», annonce-t-elle. Sous l’œil vigilante des ses filles qui lui donnent un coup de main pour soulever les gros morceaux, la dame d’une soixantaine d’années munie d’un couteau joue au boucher. Après avoir sorti les parts destinées à l’aumône, elle plonge quatre cuisses dans la bassine vide et ordonne à ses deux filles : «Prenez, ce sont les parts de vos belles-mères et belles-sœurs respectives.» Sa belle-fille qui s’activait dans la cuisine, s’invite au partage. «Maman, vous n’avez pas oublié la part de ma mère j’espère», lui demande-t-elle.

Pour les grâces de la belle-famille

Après avoir sorti toutes ces parts, son souci d’espace pour conserver la viande s’envole, car le peu qui reste peut se contenir dans le congélateur. Devant ce qui reste, le benjamin de la famille commence à rouspéter. «Elle a donné toute la viande.» Mais pour mère Khady, il ne peut en être autrement car c’est la tradition ; «j’ai trouvé mes parents qui pendant chaque fête de tabaski sortaient ces parts ; je ne fais que perpétuer cette tradition», dit-elle. A son avis, ces parts qu’on donne à la tante ou à la belle-sœur font partie des obligations d’une bonne épouse. «Ce sont des choses qui consolident un ménage, car la belle-famille africaine est d’une grande importance dans un ménage. La plupart des belles-mères évaluent leurs belles-filles sur la base de ces gestes», explique la dame. Vu toutes ces explications données pour justifier ces actes mondains, aucune femme ne veut déroger à la règle.

Pour Maïmouna Gaye, une femme mariée habitant le même quartier, du moment que ces parts servent à consolider son ménage, autant les sortir. «En tout cas, ce n’est pas moi qui vais rompre cette tradition. Je l’ai trouvée là, et je continue à la perpétuer. Ce n’est que de la viande.» C’est justement pour cette raison que Mamadou Dieng, un jeune célibataire de 20 ans est contre cette pratique. «Je ne vois pas l’intérêt de donner de la viande le jour de la tabaski à des gens qui ont tous égorgé un mouton», dit-il. Cela est d’autant plus inutile selon lui, que «tu vois des gens qui en ont plus que toi, n’empêche tu leur donnes. Pour moi ce sont des choses mondaines qui ne nous font pas avancer», analyse-t-il. Sa sœur partageait son avis jusqu’il y a un an.

Des tissus et de l’argent en remplacement

Nabou faisait partie de celles pour qui ces «tankou ndieukké» et autres «pôdiou badiène» n’étaient qu’une façon de vivre sur le dos des gens. «J’ai toujours considéré ces actes comme du gâchis et je ne cessais de le répéter à ma mère», rappelle-t-elle. D’ailleurs à cause de ses opinions, on la taxait de toubab qui se démarque des réalités africaines. Mais aujourd’hui qu’elle est mariée, elle n’ose pas finir son mouton sans sortir ces dites parts. «Vu qu’on dit qu’une femme mariée doit forcément les faire, je me conforme à cette volonté des anciens, du moment que ça rehausse mon image devant ma belle-famille», sourit-elle. Mais pour montrer qu’elle reste fidèle à ses convictions antérieures, elle inscrit ces parts dans le cadre du partage. «On nous dit qu’il faut partager la viande ; donc je me dis que c’est une manière de partager, rien de plus», dit-elle. Erreur, fait remarquer Issa Ndiaye, étudiant en arabe, avant de rectifier : «Il est dit que le musulman doit, après avoir égorgé son mouton, le diviser en trois parts ; une pour sa propre cuisson, une autre pour la garder et la dernière donnée en aumône. Mais cette aumône est destinée aux gens qui n’ont pas les moyens de se payer un mouton ou qui vivent des conditions difficiles», précise-t-il. Tout le contraire des gens à qui ces parts sont destinées.

«Les ménages se porteraient mieux sans»

Dans une certaine mesure, cette tradition devient un fardeau pour certaines femmes qui, «pour s’éviter d’être la risée de leur belles-familles font tout pour s’acquitter de ce devoir». Astou est la première femme d’un ménage polygame. A cause de la conjoncture, son mari ne peut se payer deux moutons. Alors elle doit partager son bélier avec sa coépouse, ce qui ne lui permet pas de sortir toutes ces parts. Quoiqu’au courant de la situation, sa belle-famille ne lui dispense pas pour autant de cette charge. «Si chacune de nous deux doit sortir ses parts, il ne resterait rien du mouton. Alors, je remets du tissu et de l’argent à la place», dit-elle.

En effet, à défaut d’un gigot de mouton, les femmes offrent à leurs belles-mères et belles-sœurs une somme d’argent ou des cadeaux. «C’est aussi une manière de leur témoigner sa générosité», dit As­tou. Un fait qui donne raison à Nabou : «Ce n’est plus une tradition, mais une lourde charge dont certaines profitent», soutient-elle, ajoutant : «Je ne sais plus d’où est-ce que nous vient cette tradition, mais les ménages ne s’en porteraient que mieux, sans.»

dsene@lequotidien.sn

PiccMi.Com

Mercredi 23 Novembre 2011 - 20:30



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