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UN QUARTIER FLOTTANT DE DAKAR: 'SOUFOU PONT' TOISE LA VIE DE HAUT





UN QUARTIER FLOTTANT DE DAKAR: 'SOUFOU PONT' TOISE LA VIE DE HAUT
Dans la masse des Sénégalais qui empruntent chaque jour le pont de Colobane, fort peu ont eu la témérité de plonger sous les entrailles de l’édifice. De loin, le site qui est un amas de tôles et de carcasses de voitures, ressemble à un dépotoir. Mais il suffit de franchir les quelques marches qui séparent le bitume de la terre humide pour entrer dans un autre monde. Un monde de labeur et de misère. Mais où la solidarité n’est pas un vain mot. Soufou Pont, comme le dénomment familièrement les Dakarois, a une attache historique avec Colobane, mais pour ses habitants, ce voisinage est plutôt source de stigmatisation. Là-bas, on préfère se réclamer du quartier de Bel-Air.

Vu du ciel, c’est un enchevêtre- ment de tôles et de toiles rouillées qui s’étalent à perte de vue. Un ensemble homogène et inextricable qui abrite le quotidien de milliers de vie. Démembrement de Colobane, le quartier dénommé Soufou pont du fait de sa position géographique, quasiment en-dessous du pont de Colobane, a en réalité été baptisé Wakhinane.

Selon les explications fournies par les plus vieux habitants, ses populations sont celles-là même qui habitent le quartier du même nom, situé à Guédiawaye. C’est après avoir été déguerpis de ces lieux que les habitants sont revenus s’installer petit à petit à cet endroit.

Dans un premier temps, seuls les ateliers de travail et les échoppes fleurissent sur ces lieux abandon- nés aux autorités pour les besoins de l’aménagement du rond-point de Colobane. Petit à petit, ces premiers habitants ont donné un second souffle à cet espace. Faute de certitudes et par crainte d’une expulsion, les échoppes prennent la forme de huttes faites d’assemblages hétéroclites de matériaux de fortune.

Zinc, tôles, bois ou cartons, les baraques, qui s’érigent bientôt en une petite ville sur cet espace jadis boisé, accueillent une humanité laborieuse, peu désireuse de rester loin de ses activités professionnelles. Une humanité à la recherche du pain quotidien. Au fil du temps, les échoppes ont fait de la place aux chambrettes, qui accueillent de plus en plus de monde.

Parents et amis du village viennent grossir la cohorte de ruraux qui a fini d’installer ses quartiers dans la capitale. Du haut du pont de Colobane, de petites venelles, pourvues de marches inégales, permettent de descendre dans les entrailles du quartier. Aujourd’hui, Soufou Pont est un microcosme ou l’on entre difficilement et qui, à l’image des plus grands bidonvilles du monde comme Dharavi en Inde ou Kibera au Kenya, offre au regard un spectacle de misère, de pauvreté et d’insalubrité.

UNE RUCHE EN ACTIVITÉ

Il est midi. Sitôt que l’on plonge dans les entrailles du quartier, on est assailli par le bruit. A l’image d’une ruche d’abeilles, les allers et venues sont constants. Le bruit des marteaux sur le fer est prégnant. Dans la ruelle qui serpente à travers le quartier, les ateliers bourdonnent d’activités. Fondeurs, mécaniciens ou récupérateurs ahanent sous le poids de l’effort.

L’air est brûlant. La chaleur des forges s’ajoute à la moiteur de l’air. Les hommes, aux visages noircis par la fumée ou les huiles mortes, arpentent le sol toujours humide de leurs pas lourds. La journée a commencé depuis des heures.

Et le poids du temps pèse lourdement sur les épaules. Le grincement des raclettes sur les culs des marmites toutes chaudes de leur séjour dans les braises rougeoyantes est une musique de fond qui ne dérange plus guère. Les cris et les interpellations fusent de partout.

Aussi loin que le regard porte, guère loin, il faut dire, des tables croulent sous le poids des gros bols de riz. Une floraison de restaurants propose de la nourriture aux travailleurs. Dans les salles de jeu qui fleurissent un peu partout, des matchs, des jeux et de la musique s’ajoutent au fond sonore. Une femme, souvent une ménagère accorte, surveille clientèle et marchandise du même regard attentif. C’est bientôt l’heure du repas.

DANS LA CHALEUR DES FORGES

Non loin de la chaleur des fourneaux de cuisson, d’autres fourneaux attisés par les soufflets atteignent les 300°C. Dans ces forges installées sous des abris de fortune faits de fragments de tôles et de zinc, la moindre gouttelette d’eau est vite transformée en vapeur. C’est dans cet enfer que Mbaye Faye, un jeune fondeur de 33 ans, et son équipe travaillent. La forge de Mbaye est composée de deux pièces. Dans la première, le feu qui rougeoie illumine l’argent des marmites en cours de réalisation.

Au fond de l’abri, un tas de sable et des moules servent au modelage des ustensiles. La deuxième pièce qui sert de magasin et de réserve est plongée dans l’obscurité. Pour l’heure, on s’apprête à honorer une commande. Un ouvrier en- ferme le moule dans une gangue de terre qui sera ensuite remplie avec de l’aluminium bouillant.

Au dehors les va-et-vient ne s’interrompent pas au grand désespoir de Mbaye. «On ne peut pas travailler comme on le voudrait parce qu’on doit constamment tenir compte de la présence des populations», fulmine le fondeur. Selon lui, «c’est la crédibilité du job qui est en jeu», puisque même les petits enfants savent maintenant comment faire une marmite.

Dans ce quartier, le danger est présent à chaque pas. Si ce ne sont pas les cohabitations dangereuses entre fondeurs et habitations, le danger vient également de ces installations électriques fantaisistes. Dans les rues, des fils électriques à moitié enfouies dans le sable conduisent l’électricité là où la Senelec n’a pas encore accédé. Sur les toits, ce sont des morceaux de bois qui servent de supports aux fils électriques.

Selon le chef du quartier, Issakha Diop, d’année en année, eau et électricité se fraient un passage dans la cité, mais des zones non couvertes subsistent encore. C’est dans un de ces coins que l’on retrouve la maison des lingères. Dans une vaste concession où les fils à linge quadrillent l’espace, un groupe de femmes devisent en se tressant les unes les autres.

Originaires de Touba Toul, les femmes de cette concession sont essentiellement lingères ou domestiques dans les quartiers environnants. Depuis dix ans que leur existence de labeur s’écoule entre les murs branlants de cette maison, rien n’a changé. Des baraques branlantes et obscures, pas d’eau courante ni d’électricité et encore moins de toilettes.

Mais elles continuent tout de même à s’y entasser et à trimer dans l’espoir de ramener quelque chose à leur famille restée au village. Situé dans une partie basse, le quartier Soufou Pont est bâti sur une zone où la nappe phréatique affleure. Résultat, pendant l’hivernage l’eau envahit les chambrettes et oblige les femmes à faire la cuisine sur les lits ou en superposant des briques.

Mais l’humidité qui monte des sols en terre ne semble pas gêner les petits rois de ce royaume. Présent partout, le dédale de ruelles est un terrain de jeux aux ressources inépuisables pour les jeunes enfants. Même si certains d’entre eux y travaillent comme vendeurs d’eau ou de jus, petites ménagères dans les restaurants ou encore en apprentissage dans les ateliers.

Ce sont principalement les tout-petits qui se chargent de la corvée d’aller verser les eaux usées dans le canal qui traverse le quartier de part en part. On les croise à longueur de journée, traînant des seaux remplis de déchets vers le dépotoir naturel qu’est le canal.

Noirci par l’huile de moteur et plein de détritus, ce canal qui longe le rail disparaît par moment sous le poids de la saleté. En l’absence de tout système d’assainissement, c’est ici que les populations déversent leurs déchets, solides comme liquides. Jusqu’aux déjections humaines qui sont déversées dans le canal.

TAKUSSAAN, L’HEURE DE LA DÉTENTE

A dix sept heures, quand sonne l’heure de la détente, l’atmosphère est tout autre. Aux démarches pressées se sont substituées des poses plus décontractées, languissantes et séductrices chez les dames. Après une rude journée de travail, les corps aspirent à la détente. L’humeur est aux rires. Par petits groupes, les habitants devisent sur le pas de leur porte.

Les ménagères en profitent pour vendre cacahuètes et mangues devant leur porte. Dans ce labyrinthe de cabanes et de carcasses de véhicules, la spiritualité est une réalité très présente. En plus de la mosquée, les habitants disposent d’un deuxième lieu de culte. Le Mbar Serigne Fallou est dédié aux dahiras et autres organisations confrériques.

En cette fin d’après-midi, un groupe de jeunes s’est mis en cercle pour réciter des khassaïdes. Tout prêt, des jeunes dames, visiblement des domestiques en fin de journée, se sont installées autour de la table d’une vendeuse de café touba.

Maquillées et habillées de belles tenues, ces demoiselles devisent entre elles pendant que les hommes regroupés sur les pas des ateliers font de même. Les échanges de regards expriment les mots que les bouches peineraient à dire.

UNE MAUVAISE RÉPUTATION QUI DÉRANGE

A l’ombre du pont se trouve la zone dédiée aux gallinacées. Poulets, pigeons, oies, toutes les sortes de volatiles y sont enfermés dans des enclos. Le vieux Cheikh Ndir semble être la mémoire des lieux. Il compte parmi les premiers occupants et se désole que les acheteurs aient déserté le coin. «Même les gens qui veulent acheter n’osent plus s’aventurer ici parce qu’on dit que l’endroit n’est pas sûr.»

A vue de nez, ils n’ont pas tort. Le poids imposant des dalles du pont apporte une ombre bienfaisante, mais accentue la face lugubre des lieux. Des hommes couchés dans les recoins ajoutent à la lourdeur de l’atmosphère. Le couplet sur l’insécurité de ces lieux, Demba Dieng, étudiant en 1ère année à la Faculté de Droit de l’Université Cheikh Anta Diop, l’a souvent entendu.

Il a souvent dû emprunter la robe de l’avocat qu’il se prépare à devenir, pour défendre ce quartier qui l’a vu naître. Le corps couvert du sable de la plage qu’il vient de quitter, il soutient, la main sur le cœur, «qu’il n’y a pas de banditisme dans le quartier, ni d’agression». Le jeune homme est soutenu dans sa verve par le chef du quartier.

Le vieux Issakha Diop est pour ainsi dire la cheville ouvrière de ce quartier. Sa présence agit comme un aimant sur ses administrés. Interpellé, happé ou accroché, le vieillard à la barbe poivre et sel, débonnaire et solide, répond avec patience et bonne humeur. A la tête du quartier depuis de longues années, Pa Issakha ne ménage pas ses efforts pour améliorer le cadre de vie.

C’est pourquoi, à chaque fois qu’un membre de la communauté enfreint la réglementation fixée par le comité de quartier, le vieux n’hésite pas à brandir son fouet.

Tantôt conciliant, tantôt menaçant, il dirige le quartier d’une main de fer dans un gant de velours. C’est sans sourire qu’il va demander aux jeunes ferrailleurs de débarrasser le plancher. Installé sous le pont, ce groupe de jeunes, âgés d’une vingtaine d’années en moyenne, passe la journée à concasser du fer.

«On ramasse des pneus dans toute la ville. Ensuite, on les amene dans la brousse vers Thiès ou Mbour pour les brûler. Les résidus de fer, c’est ce qu’on ramène ici pour les concasser dans ces seaux de peinture vide», explique le jeune ferrailleur qui dit s’appeler Mamadou Diouf.

Tout autour, des jeunes abattent vigoureusement des barres de fer pour tasser le fer dans les sceaux. De loin, ils ressemblent à des pileuses de mil. Mais de près, leur mise chiffonnée et graisseuse ne laisse aucun doute. Ils remplis- sent ces seaux du fer récupéré dans les pneus brûlés avant de les revendre à l’usine de Sébikotane, à raison de 200 francs le seau. Le groupe uniquement formé d’adolescents s’est attiré l’ire du chef de quartier

à cause des nuisances qu’entraîne cette activité. Comme pour donner raison au vieux, un groupe est réuni sous le pont autour d’un feu dégageant une épaisse fumée noire. Ces jeunes-là ont choisi de brûler les pneus sur place, accentuant une pollution déjà forte.

A quelques mètres de ces jeunes, des plus vieux s’activent aussi dans la récupération de la ferraille. Mais ici, on procède différemment. Ce sont des jeunes envoyés pour parcourir la ville avec des charrettes à bras qui ramènent les bouts de ferraille que Saer et son ami sont en train de redresser afin de pouvoir la revendre aux Chinois.

Très amer, Saer se plaint de la baisse drastique du prix du fer. Vendu entre 40 et 45 francs le kilo, le fer voit son prix tomber en chute libre depuis le départ des Indiens. Avant, le kilo pouvait aller jusqu’à 130 francs.

Avec la tombée de la nuit, le calme ne règne pas encore à Soufou Pont. Malgré une rude journée de labeur, ses habitants ne dormiront pas avec les poules. Jusque tard dans la nuit, les ruelles sinueuses et à peine découpées vont raisonner du bruit des conversations.

La longue file de jeunes filles rentrant des quartiers environnants, portant leur repas à bout de bras, annoncent des moments de retrouvailles entre amis et voisins.

A l’image du chemin qui passe par-dessus les rails, sortir de Soufou Pont est un effort de volonté que beaucoup de ses habitants ne font qu’à contre- cœur. Grands transporteurs, garagistes ou commerçants, ils gardent ce quartier dans une parcelle de leur cœur. Fortune faite, ils continuent à y travailler et pour certains, à y vivre. Insécurité

L’ordre règne à Soufou Pont

Sous le désordre ambiant, l’ordre règne à Soufou Pont. Du moins, c’est ce que les habitants du quartier tiennent à faire passer comme image. Le chef de quartier Issakha Diop ne lésine pas sur les moyens pour convaincre que son quartier «jouit» d’une réputation usurpée de coupe- gorge et de réservoir de bandits. Tout comme lui, les habitants n’ont que ces paroles à la bouche : «Dans ce quartier, il n’y a que des travailleurs».

Seyni Lô est le muezzin de la petite mosquée peinte en vert. Il a précisé que «le quartier a beaucoup changé et le nombre d’habitants s’est accru régulièrement. La sécurité s’est améliorée aussi. Avant, la délinquance était importante, surtout avec la proximité de l’autoroute. Les voleurs, les agresseurs, les vendeurs de drogue et les femmes de mauvaise vie pullulaient. Mais on s’est organisé et on est allé voir le commissaire de Bel-Air.

C’est un quartier très sûr maintenant.» Arrivé en 1985 en provenance de Touba, sept ans après la création du quartier, le vieux maçon explique que les habitants ont livré une lutte ardue contre les bandits et autres délinquants qui pillaient dans le coin. Avec le soutien du commissaire de police de Bel-Air, il assure que désormais nul acte de banditisme n’est toléré.

Pourtant, comme pour le contredire, une petite altercation oppose le chef de quartier au tenancier d’un magasin d’aliments de volaille. L’homme ne s’est pas acquitté de sa cotisation mensuelle aux gardiens chargés de veiller sur les lieux. Sûr ou pas, le quartier polarise les petites bourses. Ici la location d’une chambre varie entre 5 et 15 mille francs.

Preuve de ce nouvel ordre qui règne à Soufou Pont, le dynamique comité de quartier s’est lancé dans de nombreuses activités pour revaloriser le niveau de vie et faciliter le quotidien de ses habitants. Outre une case de santé fonctionnant avec presque pas de matériel, le comité gère également une école communautaire qui assure le suivi des enfants, mais aussi l’alphabétisation des adultes.

De plus, souligne Issakha Diop, pour pallier l’absence de toilette dans les maisons, le comité s’est lancé dans la construction de deux édicules publics. Le chantier avance à petit pas, mais n’en fait pas moins la fierté des hommes et femmes du quartier, qui ont déboursé jusqu’au dernier centime pour le financement.

Avec la forte densité humaine, se développe également une solidarité agissante entre les membres de la communauté. Malades et nécessiteux bénéficient d’une aide financière provenant des cotisations des membres.

Lequotidien

PiccMi.Com

Mercredi 3 Septembre 2014 - 22:22



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