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Mercredi 23 Mai
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VILLAGE TRADITIONNEL DE BOUNE : Au début, un brassage entre Peulhs et LébousC’est une grande concession à l’ancienne. Elle est composée de quatre bâtiments dont les trois sont à un stade avancé de délabrement. La maison d’Omar Dia, le chef de village de Boune, offre tous les atours de ces demeures traditionnelles comme on en voit dans tous les villages. Elle dispose d’une vaste cour intérieure au milieu de laquelle deux arbres offrent tant bien que possible de l’ombre aux habitants pendant la journée. Un enclos pour les moutons complète le décor. Aujourd’hui, c’est dimanche. Les femmes font la lessive dans la cour. Mais le linge flottant au milieu de la cour ne trouve pas beaucoup de soleil pour le moment. Le ciel est nuageux...
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Le maître des lieux, Omar Dia, plutôt petit, en boubou blanc, a l’air jovial et actif. Mais il se compose une mine sérieuse quand il aborde l’histoire de son Boune natal. Les femmes du voisinage le saluent avec respect. Il cache aussi difficilement sa fierté d’être un arrière petit-fils du fondateur du village, Mame Abdoulaye Dia, originaire du village de Thiaroye Kao, avec son compagnon Mame Diadia. « Notre aïeul était un éleveur.
Quand Thiaroye a commencé à devenir surpeuplé et compte tenu qu’un éleveur a toujours besoin d’espace, il s’est retiré et a fondé le village de Boune », explique Omar Dia. Il est le septième chef du village dans la lignée. Il ignore quelle est la date exacte de cette fondation, mais il garde en mémoire ce que la tradition séculaire raconte. « Le nom du village fait allusion à une maladie appelée Boune qu’un seul poisson appelé ‘gaïndé guedj’ peut soigner », dixit le chef de village. Curieuse allusion pour des éleveurs. Cela s’explique peut-être par un long séjour en milieu lébou (à Thiaroye Kao). Cette longue cohabitation a développé un assez singulier syncrétisme culturel. Bien que d’ascendance toucouleur, une bonne partie des arrières descendants du fondateur du village dont l’actuel chef lui-même ne parle plus le pulaar et se sent désormais beaucoup plus proche de la culture wolofo-lébou. « Nous avons toujours entretenu d’excellentes relations de cordialité avec les Lébous. Et cette situation continue aujourd’hui encore », explique Omar Dia. Pour en revenir à l’histoire, lorsque Boune fut fondé, « toute cette zone allant de Thiaroye à Keur Massar était constituée d’une grande forêt ». Les habitants du village vivaient de l’élevage et de l’agriculture. Etant « le plus ancien village traditionnel de Dakar, en dehors de Thiaroye Kao », Boune a ainsi vu Dakar devenir la métropole qu’elle est aujourd’hui. Le village a vu le chemin de fer le traverser et rejoindre la capitale. Tout comme l’immense conduite d’eau venant du Lac de Guiers pour alimenter Dakar. Tous des vestiges restés intacts aujourd’hui encore. Mais, « malgré son ancienneté, le village tarde à se développer », regrette Omar Dia. Un rapide coup d’œil sur son architecture permet en effet d’en faire le constat. « Nous étions des agriculteurs et des éleveurs. Aujourd’hui, toutes les terres ont été occupées par des habitations, alors que nous n’avons pas réellement su trouver d’autres occupations alternatives. Le chômage est très présent », indique le chef du village. L’autre élément, c’est l’absence, pendant très longtemps, d’infrastructures sociales de base. En effet, Boune n’a eu sa première école d’enseignement primaire qu’en 1984 et son poste de santé - doublé d’une maternité - il y a environ quinze ans. Pour le reste, il ne dispose pas encore d’un Collège d’enseignement moyen (Cem) de proximité, ni de lycée. « Nos enfants collégiens et lycéens sont obligés d’aller à Yeumbeul ou Malika », indique Dia. Il s’y ajoute que le village est confronté depuis quelques années à un sérieux problème : celui des inondations récurrentes (voir par ailleurs). Sur le plan administratif, le village, composé de dix-neuf quartiers, est divisé en trois zones, l’une rattachée à la commune d’arrondissement de Keur Massar, les deux autres, respectivement à Yeumbeul Sud et Yeumbeul Nord. Une « incongruité » qui pousse les habitants de Boune, par la voix d’Omar Dia, à réclamer que leur village soit érigé en commune d’arrondissement, comme c’est le cas des autres villages traditionnels de Dakar (Keur Massar, Thiaroye, Yeumbeul, etc.). « Nous avons écrit une lettre au président de la République dans ce sens », renseigne Dia. Toutefois, il faut bien dire que si Boune a vu sa population augmenter fortement ces dernières années - comme dans toute la grande banlieue dakaroise - il n’en garde pas moins, aujourd’hui, l’esprit et l’ambiance d’un gros village. Ainsi, il n’est pas rare de voir les vieilles personnes deviser tranquillement à l’ombre d’un arbre, tandis que des charretiers marchandent avec les vendeurs de foin installés tout au long de la route principale. Dans la même rubrique :
Seydou Ka | Le Soleil
Lundi 20 Septembre 2010 - 07:27
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