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VOYAGE AU BOUT DES CARRIERES DES PHOSPHATES DE MATAM



De l’usine des phosphates de Matam ou de Hamady Ounaré, nous savons très peu de choses ou rien du tout. Les responsables nous ont refusé l’accès à l’unité de granulation. Les ouvriers qui y travaillent se sont vus imposer la loi du silence. C’est le récit des membres de la plate forme des Acteurs non étatiques (ANE) qui vient contrebalancer le discours servi par un agent de la société exploitante. Voyage au bout des carrières des phosphates de Matam, avec le granite qui scintille de mille mystères.



VOYAGE AU BOUT DES CARRIERES DES PHOSPHATES DE MATAM
Ourossogui, la vie reprend son cours, en ces premières heures de la matinée.  La gare-routière grouille de monde. Transporteurs, tenants de petits commerces et « coxeurs » (rabatteurs) tentent de tirer le maximum de profits des voyageurs. Les enfants talibés se faufilent entre les véhicules garés. Dans leur vêtement usé et déchiré, un pot de tomate contenant quelques morceaux de sucre, les cheveux crasseux, l’image que nous renvoient ces talibés nous pose un problème moral. Le fameux « Sarakh nguir Yalla » (donnez-moi de l’aumône, au nom de Dieu) agresse davantage notre conscience. Une pièce de 100 FCfa jetée dans le pot ou posée, parfois indélicatement, dans le creux de la paume humide du talibé, vaut quelques prières. Du genre : « Que Dieu vous prête longue vie ; qu’Allah vous donne les moyens d’aller à la Mecque ; qu’IL vous donne beaucoup d’argent…un mari, etc). Les moins chanceux d’entre les talibés se voient rabrouer par des personnes qui n’ont pas su faire face à la demande sociale. Et ce sont les pauvres talibés qui font les frais d’une société de consommation prise à son propre jeu. Dieu reconnaîtra les siens ! Nos oreilles guettent des conversations en wolof, en vain.

La langue dominante ici est le « Poular » (peul). Rien qu’à voir le déguisement de certains pour se faire une idée de l’attachement à la culture du terroir. Drapé d’un grand boubou bleu, un septuagénaire enturbanné, une canne à la main, est en pleine discussion avec un chauffeur de transport en commun. Les cars sont « remplis » à ras bord, même le porte-bagages est occupé par des passagers. Ces derniers, qui n’ont pas le choix, sont obsédés par une seule chose : arriver à destination. Dans ces endroits du pays où le transport est un véritable casse-tête, la question de la sécurité devient secondaire.

L’aiguille de la montre affiche 10h30mn. Notre taxi-clando vient de quitter la gare-routière. Cap sur  Hamady Ounaré. Une localité située à 50 km et dont les champs abritent la petite mine de phosphates ouverte pour les besoins de fabrication d’engrais de la GOANA. Pour cette distance (50 km), il a fallu près de deux heures pour arriver à destination. La route défoncée, cahoteuse, obligeait le chauffeur à faire certaines acrobaties. A plusieurs reprises, il a abandonné la route bitumée (en réalité, il s’agit d’un abus de langage), pour emprunter un sentier au milieu de la brousse, aux fins de contourner ces nids de poule devenus, en ce début d’hivernage, des oasis au milieu de la chaussée.

Des carcasses de bétail sont visibles.  Des éleveurs, à l’aide de longs bâtons, cueillent les feuilles et fruits des « accacias senegalensis », la plante la plus présente dans la zone, pour nourrir les moutons et chèvres. Les quelques points d’eau encore disponibles servent d’abreuvoir pour le bétail qui doit, en cette période de l’année, se contenter de quelques pâturages.

Quant aux points d’eau qui sont proches des villages, ils sont utilisés par les populations pour laver le linge et la vaisselle. Enfants et adultes s’y lavent et, par endroits, ces eaux servent à étancher la soif de certaines populations.

Loin du regard indiscret

Ouf, nous voilà enfin devant les grilles de l’usine des phosphates de Ndendoury, située à la sortie de la commune de Hamady Ounaré. De là, on peut voir le hangar qui abrite l’unité de granulation.  Qu’est-ce qui s’y passe ? Votre serviteur est incapable de répondre à la question, parce que les responsables de l’usine lui ont interdit l’accès. Seul un confrère qui a pu entrer, nous rapporte que « les travailleurs ont des équipements de sécurité. Et « l’unité, dit-il, a une cheminée qui rejette la poussière en l’air, à l’aide d’un aspirateur ». Qui y travaille, dans quelles conditions ? Le hangar refuse de dévoiler son secret ! Loin du regard indiscret, impénitent, l’unité de granulation a peut-être beaucoup de choses à raconter. Il fera jour…

Dans l’enceinte de l’usine, des camionnettes, des bennes et engins sont garés. Le directeur d’exploitation a aménagé ses bureaux dans un conteneur climatisé. Une guérite, à l’entrée gauche, sert de poste au gardien. Une poignée d’individus  s’activent autour d’un monticule de sable qui tend vers le jaune. Ces ouvriers, sans gants, ni masque de protection, encore moins de bottes et de casques de sécurité, remplissent, à l’aide de pelle, des sacs. Des ouvriers enturbannés qui se protègent comme ils peuvent de la poussière et des rayons solaires. Savent-ils quelque chose du produit qu’ils manipulent ? Tout à fait dehors, à l’entrée droite, un camion plateau immatriculé au Mali attend son chargement d’engrais. Des rafales de vent chaud empoussiéré, balaient l’atmosphère.

En prolongeant la route latéritique, la mine est à quelques centaines de mètres. Mais à mi-chemin, une camionnette blanche nous dépasse à vive allure, envoyant des nuages de poussière dans la nature, avant de rebrousser chemin à la minute qui suit. En réalité, il s’agit du directeur de l’exploitation qui s’en allait ainsi donner des consignes au responsable des ouvriers sur place. Rien ne doit filtrer. Le silence est d’or dans cette mine, surtout lorsque les visiteurs sont des journalistes. L’accès nous est interdit.

                       Allez voir ailleurs …

A environ 200 mètres, nous avançons vers un monticule de phosphate brut extrait de la mine, un agent vient à notre rencontre et lance : « l’accès à la mine est formellement interdit à toute personne étrangère. C’est pour des raisons de sécurité. Tous ceux qui connaissent le fonctionnement d’une mine, savent que c’est dangereux, il y a beaucoup de risques ». Il est aux ordres, la consigne est appliquée à la lettre. Pendant ce temps, dans la mine, un groupe de manœuvres travaillent sans relâche. Comme si la mine n’était dangereuse que pour les visiteurs. Ici aussi, les ouvriers n’ont ni gants, ni masque de protection, ni bottes encore moins de casques de sécurité. Leur travail : remplir les sacs de phosphate brut, avant de charger les camions qui doivent les transporter jusqu’à l’unité de granulation.
 

…Ils « travaillent » pour les générations futures


En ce qui concerne des tranchées ouvertes et qui servent de « mouroir » pour le bétail, il rassure : « cela n’existe pas. Nous fermons toutes les carrières que nous creusons. C’est un bien national, voir pour toute l’Afrique. Nous en sommes conscients, nous travaillons en tenant compte des générations futures », dit-il à qui veut bien l’entendre.

Il est 14h. Nous quittons les carrières, direction Hamady Ounaré, une commune rurale disposant d’un poste de santé, de quatre écoles primaires, un CEM et un lycée. Seulement, on vient de nous informer que les travaux du forage de Ndendory ont été suspendus à cause des phosphates. Nous voulons en avoir le cœur net. Sur place, le premier adjoint au maire de la localité, Samba Sylla déclare qu’il n’en est rien. Cap sur Hamady Ounaré où nous voulons interroger les acteurs pour savoir réellement ce qui se passe dans ces carrières. Pas d’interlocuteurs. Les représentants des ouvriers et des éleveurs sont introuvables. Nous avons appris que les ouvriers qui ont « osé » parler de leurs conditions de travail, dans une émission télévisée de la place, ont été purement et simplement remerciés. Depuis, c’est la loi du silence.    

                 Ce qu’ils cachent !


C’est à Ourossogui que nous allons rencontrer quelqu’un qui connaît bien ce dossier, il s’agit de Ousmane Ba de la plate forme des Acteurs non étatiques (ANE). « Ces employés n’ont même pas le matériel qu’il faut pour travailler dans une mine. A cela s’ajoute la poussière soulevée par les camions et les bulldozers. Quid de la poussière qui s’élève de l’exploitation et toutes les maladies que cela pourrait engendrer chez la population. Ils ont fait deux grèves pour arrêter le travail à cause de ces mauvaises conditions. Nous étions sur le terrain avec la direction du travail pour discuter avec la direction de la société qui avait donné des promesses fermes. Mais jusqu’à nos jours, rien n’a été fait. Il y a même beaucoup de jeunes qui se sont découragés et ne veulent plus travailler à la société », confie-t-il. Il poursuit en indiquant que « le fonds social devrait aider ces villages environnants qui subissent l’impact négatif de l’exploitation de ces carrières de phosphates. Ils devraient pouvoir bénéficier, en contrepartie de forages, d’écoles, de postes de santé équipés au moins pour qu’ils sentent l’intérêt des phosphates ».

source:Sud.sn



Vendredi 23 Septembre 2011 - 12:48



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