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19 MARS 2000-25 MARS 2012 : L’alternance alternée ?



Aujourd’hui, lundi 19 mars 2012, la première alternance politique au sommet de l’Etat au Sénégal postindépendance a douze ans.
L’année dernière, l’anniversaire tombé un samedi a été différemment fêté. Il a été l’occasion de plusieurs manifestations. Si l’opposition regroupée dans Benno Siggil Senegaal avait battu le macadam, les jeunes de «Y’en a marre » avaient pris d’assaut la place de l’Obélisque ; la majorité avait elle, paradé devant les grilles du palais de la République, tandis que Sidy Lamine Niasse, Président du Groupe de presse Walfadjri était en sit-in à la place de l’Indépendance pour protester contre « l’injustice», disait-il.
Aujourd’hui, lundi 19 mars, tous les regards scrutent plutôt le dimanche prochain, jour du scrutin du second tour de la présidentielle. Un épilogue gros d’une nouvelle alternance ?



19 MARS 2000-25 MARS 2012 : L’alternance alternée ?
Le 19 mars 2000 Abdoulaye Wade, candidat du Front pour l’alternance (Fal), se défaisait du candidat du Parti socialiste (Ps), Abdou Diouf à l’issue d’un second tour mémorable. Un élégant perdant qui a aussitôt appelé son vainqueur pour le saluer en permettant une transition en douceur et en toute beauté! Dimanche 25 mars prochain, ce sera également l’épilogue entre le candidat controversé des Forces alliées (Fal2012), le même Abdoulaye Wade et celui de Benno Bokk Yakaar qui a cloné entre les deux tours le Fal de 2000, Macky Sall. Un changement pour alterner l’alternance ? Les dés sont jetés.

L’année dernière, le samedi 19 mars plusieurs manifestations avaient été organisées à Dakar et à l’intérieur du pays pour commémorer chacun à sa manière, le onzième anniversaire de l’accession de Me Abdoulaye Wade à la magistrature suprême au Sénégal. L’opposition regroupée essentiellement dans « Benno Siggil Senegaal » battait le macadam. Le mouvement « Y’en a marre » était à la place de l’Obélisque, tandis que Le Pdg du Groupe de presse Walfadjri organisait un un sit-in de protestation à la place de l’indépendance. Plusieurs personnes scandant des slogans tels que « non à l’injustice ! Wade est mort enterrez le ! Enflammez Karim Wade » avaient voulu même se diriger vers le palais présidentiel, malgré l’interdiction des forces de l’ordre qui avaient été fortement mobilisées.

L’Alliance Sopi pour toujours (Ast) qui s’était substituée entre temps à la coalition Sopi 2009 et semblait phagocyter la Cap 21 de Iba Der Thiam, n’avait pas voulu être en reste. Elle avait fêté devant les grilles du palais le 11ème anniversaire de l’avènement de l’alternance après une marche qui avait démarré devant la Poste de Malick Sy. Mais, sa parade et son meeting n’avaient pas pu masquer les marches de protestation qui se sont tenues le même jour à travers tout le pays.

Cette vague de protestations qui émanaient des couches les plus défavorisées du pays et que paraissait canaliser l’opposition avait-elle amené le pouvoir libéral bousculé à voir ou à inventer un complot d’Etat ?

On se rappelle que la veille, vendredi 18 mars 2011, tard dans la soirée, le ministre d’Etat, ministre de la Justice, Cheikh Tidjane Sy, dénonçait sans sourciller devant les caméras de la Radio Télévision nationale (Rts), une tentative de complot contre le régime et demandait au procureur de la République d’ouvrir une information contre certains individus qui seraient au cœur dudit. Il citait nommément des responsables de mouvements de jeunesse de l’opposition, notamment du Parti socialiste, des groupes de rap et des étudiants. Tout comme il accusait l’opposition d’en être le responsable principal, tout cela dans le souci évident d’étouffer les manifestations de l’opposition finalement autorisées.

Les transhumants au pinacle, Les alliés à l’échafaud

La présidentielle de 2000 a conduit à la victoire du libéral Abdoulaye Wade sur socialiste Abdou Diouf, président sortant. Le premier tour s'est déroulé le 27 février 2000, le second le 19 mars 2000. Si au premier tour, le candidat Abdou Diouf est arrivé en tête avec 690917 voix soit 41.30% des suffrages valablement exprimés contre 518740 voix, soit 31,01% pour son suivant immédiat, Abdoulaye Wade, ses dix points « tiens, tiens cet écart ne rappelle-t-il une situation déjà vue ? », furent avalés par son challenger qui fit, bénéficiant du soutien des 17% de Moustapha Niasse et de sa coalition ainsi que de l’effet entraînant, 969332 de voix soit 58.49% des suffrages valablement exprimés. Abdou Diouf se contentant quasiment de son score du premier tour malgré le soutien certes tardif et après tergiversation d’un Djibo Kâ, actuel ministre d’Etat de Wade et coordonnateur de ses souteneurs du Fal 2012. Le candidat socialiste voyait même son score baisser en valeur réelle : 687 969 voix au deuxième tour contre 690 917 au premier, même si en valeur relative consécutivement au taux de participation qui a relativement baissé au second tour, il a marqué une progression de…0,21 point en obtenant 41,51%.

Beau joueur et pour couper l’herbe sous les pieds de certains de son camp qui nourrissaient quelques velléités, Abdou Diouf salua la victoire de son challenger de toujours, Abdoulaye Wade qui venait ainsi d’opérer avec ses alliés, la Coalition alternance 2000 (Ca2000) essentiellement organisée et encadrée autour du Parti démocratique sénégalais (Pds) par le Pôle de Gauche (And Jëf/Parti africain pour la démocratie et le socialisme (Aj/Pads) de Landing Savané, le Parti de l’indépendance et du travail (Pit), d’Amath Dansokho et la Ligue démocratique, alors Ligue démocratique/ Mouvement pour le parti du travail (Ld/Mpt) du Pr. Abdoulaye Bathily. Entre temps, le vieil opposant aura échoué sur les remparts de la forteresse socialiste à quatre reprises en 1978, 1983, 1988, 1993. 2000, le cinquième assaut fut le bon. Sa ténacité alliée au soutien de l’ensemble de l’opposition et des fissures béantes du parti au pouvoir avait fini d’avoir raison du règne socialiste largement atteint par l’usure du temps, miné par les multiples querelles de positionnement en son sein, affaibli par la fameuse demande sociale insatisfaite, corsée par les ajustements structurels imposés par les institutions de Bretton Woods.

Abdoulaye Wade arriva donc au pouvoir avec ses alliés, dont certains le sont depuis toujours. C’est le cas du Pit qui dès 1983 bat campagne à ses côtés. D’avril 2000 à mars 2001, Moustapha Niasse son « colistier » entre les deux tours, assure les fonctions de Premier ministre, dans une atmosphère de complicité festive, puis d’adversité feutrée puis carrément ouverte. L’attelage de l’alliance tangue, vacille même. Les intrigues se les disputent aux complots. Les enjeux de la réforme constitutionnelle et les élections législatives anticipées de 2001, finirent par avoir raison de « l’entente cordiale ». D’autant plus que théorisant la massification du Pds, Idrissa Seck, alors tout puissant n° 2 du parti et du pays, théorise et fait appliquer la transhumance politique. Il a sous le coude le dossier sous la base des audits commandités, de plusieurs dignitaires socialistes à qui on met le marché à prendre ou à aller en prison de rejoindre les rangs libéraux. Ils arrivèrent en masse. Certains ont même pris les devant, en débarquant avec armes et bagages dans les prairies verdoyantes libérales sans y être priés.

L’allié du second tour posait problème dans un tel schéma. Lui et ses ministres parmi lesquels, Madiéyna Diouf l’actuel maire de Kaolack, Madior Diouf Secrétaire général d’un Rassemblement national démocratique (Rnd) qui n’avait pas encore connu la scission, quittèrent ainsi le gouvernement, mois d’un an après son installation. Le président Wade redistribua les rôles en nommant Mame Madior Boye, une ancienne magistrate, ministre de la Justice dans le gouvernement sortant. Pour se justifier, Wade s’exclame : « Je ne vais pas nommer quelqu’un qui passe tout son temps à lorgner mon fauteuil ». Le Secrétaire général de l’Alliance des forces de progrès (Afp), Moustapha Niasse rejoint dans l’opposition son ami, premier ministre de Wade à être défénestré, Amath Dansokho qui avait quitté le gouvernement, à cause d’une liberté de ton que lui reproche le maître des lieux. La première Première ministre de l’histoire politique sénégalaise Mame Madior Boye coule avec le « Joola » englouti dans les eaux de l’océan atlantique aux larges de Diogué avec ses près de 2000 morts. Elle est remplacée en 2002 par l’ancien directeur de campagne de Wade, jardinier de ses rêves, son ministre d’Etat, tout puissant directeur de cabinet, Idrissa Seck qui migre ainsi de la station présidentielle à celle de la primature qu’il prend le soin de rapprocher cependant du palais en prenant possession de l’ancienne maison militaire, délaissant le 9ème étage du Building administratif trop éloigné de « Keur gorgui » (la maison du vieux) à ses yeux.

Moustapha Niasse, ses alliés et son ami Amath Dansokho, seront quant à eux, rejoints dans l’opposition par tous les autres alliés significatifs de la première heure un à un. Ceux-ci parce qu’ils ont appelé à la « rectification » de l’alternance piégée à leurs yeux en organisant une séance de « ndeup » en 2003 en lieu et place des réjouissances habituelles du 19 mars, seront bannis du peuple de l’alternance. Un peuple régénéré et riche de plus de 2 millions de manifestants avait soutenu le Pr. Iba Der Thiam coordonnateur de la Cap 21, à la place du Souvenir africain devant un Wade euphorique. Ainsi Abdoulaye Bathily de la Ld et ses camarades démissionnent. Le Pr. Bathily quitte l’Assemblée nationale où il occupait les fonctions de troisième vice-président, tandis que Yéro Deh et Seydou Sy Sall partaient du gouvernement. L’Afp et ses alliés, le Pit, la Ld partis, il ne restait qu’Aj/Pads. Ce sera chose faite après la présidentielle de 2007 qui vit Abdoulaye Wade rempilé avec sa nouvelle coalition où Djibo Ka et Abdourahim Agne, l’ancien porte-parole du Ps, devenu Secrétaire général du Parti de la réforme (Pr) ainsi que tous les transhumants socialistes, jouent les premiers rôles. Ils sont même élevés au pinacle de l’alternance, eux qui hier, avaient tout fait pour qu’elle ne survienne.

Après les alliés, les cadres libéraux de la première heure

A la suite des alliés des années de braise rejetés comme des malpropres, les principaux cadres du Pds sont à leur tour, progressivement écartés. Idrissa Seck le premier. Un vaste complot dira-t-il dans son Cd n°1 diffusé alors qu’il est convoqué à la Division des investigations criminelles (Dic) atteinte à la sureté de l’Etat et d’autres actes d’accusation parmi lesquels et pas des moindres, un détournement de denier public notamment dans l’affaire dite des chantiers de Thiès 2004. Son successeur à la Primature et dans le parti, Macky Sall[ ]est poussé lui aussi à la démission du perchoir de l’hémicycle par ses frères et sœurs instruits par leur patron Abdoulaye Wade. Son crime : avoir avalisé la convocation du fils, Karim par la commission des Finances de l’Assemblée nationale alors président du conseil de surveillance de l’Agence pour l’organisation de la conférence islamique (Anoci). Ensuite, Aminata Tall, l’égérie du parti, puis Abdou Fall l’allié de la Cds qui s’est laissé absorber bien avant la survenance de l’alternance par le Pds en 1998 déjà. Lamine Bâ revenu entre temps au bercail tout comme Modou Diagne Fada « ngone si » (l’enfant). Ils sont nombreux, les cadres et militants de la première heure à avaler des couleuvres le long de ces 12 ans du régime libéral ou à finalement larguer les amarres dépités.

Un ticket pour le fils ?


Le 23 juin 2011, il propose une modification du scrutin présidentiel afin de permettre l'élection d'un « ticket » (président et vice-président) à la tête de l'exécutif avec seulement 25 % des voix au premier tour ,-selon l’insistance ou la suggestion de son actuel ministre de la Décentralisation, Alioune Sow un des premiers à théoriser un tel schéma,- Abdoulaye Wade est soupçonné de chercher à se maintenir au pouvoir et à attribuer la fonction de vice-président à son fils Karim qui lui succéderait automatiquement s'il venait à quitter la tête du pays[]. Il faut dire qu’auparavant le chef de la majorité avait obtenu du Parlement à sa dévotion la création d’un poste de vice-président qu’il nomme à sa convenance. Un vice-président à qui il voulait seulement conférer une dignité élective avec son nouveau projet de loi qui s’est heurté aux violentes manifestations d’un peuple debout, manifestations qui ont éclaté le 23 juin 2011, principalement à Dakar. Abdoulaye Wade est contraint de renoncer à son projet. Pendant ce temps, les magistrats se plaignent d'un usage politique de la justice.[ On a assisté en effet, ces douze ans à un recul des libertés individuelles : journalistes interpellés, voire emprisonnés, manifestations réprimées, gardes à vue et convocations fréquentes devant les tribunaux []d’honnêtes citoyens qui ont le tort de mal penser. La stabilité et l’entente religieuse qui faisaient jusque-là, la réputation du Sénégal sont remises en cause par sa politique de division et d’ostensible favoritisme.

L'érection par ailleurs du monument de la Renaissance africaine, inauguré en avril 2010, ignoré par les touristes et critiqué pour son coût pharaonique, son financement opaque, est désigné comme un symbole de sa folie des grandeurs.

Il s’est isolé en outre diplomatiquement, en se positionnant contre l'avis de l'Union africaine concernant la crise libyenne, tandis que les principaux partenaires du Sénégal, les États-Unis et la France, critique son attachement au pouvoir, lui qui commande à Laurent Gbagbo de passer le témoin parce que battu à la régulière par Alassane Ouattara.
Lorsque le 19 mars 2000, le candidat du Fal Abdoulaye Wade avait réussi à déboulonner le candidat du Ps Abdou Diouf, une page entière de l’histoire politique du Sénégal avait été tournée. Une nouvelle d’attendre d’être remplie. 12 ans après faudra-t-il à nouveau tourner la page ? Réponse le 25 mars prochain.

PiccMi.Com

Lundi 19 Mars 2012 - 08:33



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