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A quand «Fodé Kaba 3» ? (Par Madiambal Diagne)





A quand «Fodé Kaba 3» ?  (Par Madiambal Diagne)
Des jeunes ont manifesté à Serrekunda, dans la banlieue de Banjul, la semaine dernière, brandissant des banderoles pour réclamer plus de démocratie dans leur pays. La police a procédé à de nombreuses arrestations. Des manifestants arrêtés et torturés, un jeune leader, le journaliste Ebrahim Solo Sandeng, a été sommairement exécuté. Des éléments de la police continuent de visiter les domiciles de certains leaders politiques pour les arrêter. Nul n’ignore ce qu’il leur arrivera. Les méthodes de Yahya Jammeh sont connues de tout le monde. Les opposants qui tombent entre ses mains sont tués après de terribles tortures.

Nous n’avons de cesse de tirer la sonnette d’alarme, d’étaler à longueur de colonnes de journaux les noms d’innombrables victimes des tueries de Yahya Jammeh, menées notamment par les agents de la sinistre National intelligence agency (Nia). Le Peuple gambien est laissé à son sort, celui d’être aux mains d’un despote sanguinaire qui fait torturer, tuer et disparaître les journalistes, ses anciens ministres, ses opposants, les activistes des droits humains, les officiers de son Armée, les marabouts qui ont plus d’aura que lui et même les élèves des cours élémentaires. Quand Yahya Jammeh vous en veut, s’il n’arrive pas à mettre la main sur vous, il s’en prend à vos mères, pères, femmes, enfants et amis qu’il fait incarcérer dans la sinistre prison «Mile 2». On a déjà écrit dans ces mêmes colonnes les mots suivants qui sont d’une actualité criante : «Au pouvoir depuis 1994, Yahya Jammeh dirige la Gambie en maître absolu et d’une main de fer. Il ne supporte ni critique des opposants, a fortiori la presse. Jammeh n’en a cure de la liberté d’expression ni des droits de l’Homme.» Il terrorise tout un Peuple, musèle la presse et les organisations des droits de l’Homme, torture et tue depuis des années, et en toute tranquillité. Dans les geôles gambiennes, on torture, on massacre, on assassine. Déjà en 2012, le bilan était on ne peut plus macabre. Yahya Jammeh a commis nombre de crimes. Il a fait assassiner 26 soldats et agents de sécurité, fait disparaître mystérieusement plus de 17 personnes, et fait massacrer en 2000 autour de 14 étudiants de diverses écoles gambiennes. L’assassinat de 12 civils, dont Ousman Koro Ceesay, ancien ministre des Finances, Deyda Hydara, correspondant de Reuters et directeur du journal Le Point, et l’opposant Sidia Sanyang, mort sous la torture, lui sont imputés. Les étrangers n’échappent pas à la machine meurtrière du Président gambien. Yahya Jammeh a massacré cinquante-huit (58) étrangers : cinquante-cinq (55) Ghanéens, deux (2) Sénégalais, un (1) Guinéen, un (1) Togolais. Cinq prisonniers politiques ont été victimes de tortures en Gambie dont Alhagie Kebbeh, maintenant paralysé, Wassa Janneh (membre de l’Udp), Marian Denton, activiste, Ousman Rambo Jatta, politicien, Tamba Fofana, enseignant. Eu égard à cette terreur, les avocats Ousman Sillah et Mai Fatty n’avaient qu’à accepter de subir ou de s’exiler. Eh bien, ils ont sauvé leur peau en s’exilant à l’instar de notre confrère Musa Saydikhan ou de notre consœur Ndey Tapha Sosseh, entre autres. Les hommes d’affaires en Gambie sont rançonnés. Yahya Jammeh et son clan font arrêter et même disparaître les personnes dont les affaires sont prospères pour faire main basse sur leur patrimoine.
La communauté internationale ne s’émeut guère de cette situation. La «petite Gambie» ne semble pas être un enjeu diplomatique ou stratégique pour se préoccuper du sort de ses populations. Yahya Jammeh peut donc continuer à régner par la baïonnette. La Gambie est éloignée de tous les pays du monde sauf du Sénégal, avec lequel elle partage toutes ses frontières. La question gambienne ne constituerait un sujet de préoccupation que pour le seul Sénégal. De toute façon, la communauté internationale a laissé aux bons soins du Sénégal le droit et le devoir de régler, à sa guise, tous les problèmes politiques en Gambie. Au moment de l’accession du Sénégal à l’indépendance, le Président Senghor n’avait pas voulu s’encombrer du cadeau que l’Angleterre lui faisait en lui cédant le territoire gambien. Il reste que le Sénégal s’était vu laisser carte blanche pour ne pas dire s’était vu sous-traiter par la communauté internationale pour intervenir militairement en Gambie et 1981 et en 1982 dans le cadre des opérations Fodé Kaba 1 et Fodé Kaba 2. Ces opérations militaires étaient destinées à régler des situations politiques majeures. Le Sénégal a toujours su le faire avec autorité, responsabilité et professionnalisme. Aucune objection n’était relevée. Si aujourd’hui le Sénégal ne le fait pas à nouveau, aucun autre pays au monde ne se substituera à lui. Pour des raisons historiques, géographiques, stratégiques et pour des raisons liées à sa propre sécurité intérieure, le Sénégal doit s’assurer qu’il n’y ait pas à Banjul un régime politique aussi hostile à ses intérêts. Mais on voit bien que les différents gouvernements du Sénégal, durant les vingt dernières années, depuis l’arrivée de Yahya Jammeh au pouvoir, ont toujours fait montre d’une faiblesse ou d’une indifférence coupable face à la situation qui prévaut en Gambie. Pourtant, le régime de Yahya Jammeh n’arrête de provoquer, d’agresser même le Sénégal. Les situations de casus belli ne manquent pas et sont répétitives. Yahya Jammeh intervient directement pour armer, préparer et offrir divers soutiens aux rebelles casamançais. Le Sénégal a toujours eu de bonnes raisons de faire cesser une telle situation d’agression jusqu’à ce que, comble, plus de 16 soldats de l’Armée sénégalaise fussent tués par des armes iraniennes fournies en 2011 aux combattants du Mfdc par la Gambie. Les autorités gambiennes étaient obligées de reconnaître avoir équipé les troupes rebelles contre le Sénégal ; ce qui était une raison suffisante pour en finir avec le cancer Yahya Jammeh. Le Président Wade n’avait pas su se faire respecter. Il avait rompu avec l’Iran le fournisseur, en épargnant Yahya Jammeh qui avait commandé et distribué les armes. Macky Sall non plus n’a pas su faire montre de fermeté et d’intransigeance à l’endroit du despote gambien. Macky Sall cherche à amadouer ce tyran, croyant qu’une telle méthode pourrait lui réussir alors que tous ses prédécesseurs s’y étaient déjà essayés. Yahya Jammeh estime que les chefs d’Etat du Sénégal «sont tous pareils», le craindraient même, pour on ne sait quelle raison mystique. Il peut donc narguer son monde et continuer d’insulter dans les médias le Sénégal et ses dirigeants. Aucune provocation ne lui semble de trop vis-à-vis du Sénégal et de ses plus hautes autorités. C’est devenu une nécessité impérieuse, un devoir même d’en finir avec Yahya Jammeh. Personne ne pourra croire qu’il n’y ait pas dans les cartons de l’état-major de l’Armée sénégalaise les plans d’une opération «propre», combinée «air, terre, mer», pour régler le «cas Yahya Jammeh». Si on n’y prend garde, Yahya Jammeh, qui a proclamé la Gambie comme un Etat islamique, va s’allier avec les terroristes de Daesh pour constituer un Emirat dans le ventre du Sénégal. Il s’était d’ailleurs déjà proclamé «Roi» non ? Il y a lieu cependant de s’interroger sur l’attitude de certaines élites sénégalaises à l’égard de Yahya Jammeh. Il peut faire un pied de nez au Sénégal, car les célébrités musicales et sportives et des médias lui tissent des lauriers au moment où il sape continuellement les intérêts nationaux légitimes du Sénégal.


Lundi 18 Avril 2016 - 10:01



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