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ABDOULAYE BALDE «Je n’ai pas peur de la Dic, j’assume tout ce que j’ai fait»



Ancien Directeur exécutif de l’Agence nationale pour l’organisation de la conférence islamique (Anoci) et ministre pendant les 11 années sur les 12 qu’a duré le régime de Me Abdoulaye Wade, Abdoulaye Baldé, dont le nom est mêlé aujourd’hui, à tort ou à raison, aux différentes magouilles qui ont ponctué le règne du Pape du Sopi, répond à ses accusateurs. Le maire de Ziguinchor et membre de la Coalition «Bokk Gis Gis», qui s’est lancé dans la présente campagne des élections législatives, donne son opinion sur toutes les questions de l’heure.



ABDOULAYE BALDE  «Je n’ai pas peur de la Dic, j’assume tout ce que j’ai fait»
Abdoulaye Baldé, vous avez débuté votre campagne électorale pour les Législatives 2012 à Dakar, et non à Ziguinchor votre fief politique, pour venir en appoint à vos collègues de « Bokk Gis Gis » au niveau national. Comment ça se passe sur le terrain ?

Ça se passe très bien. Vous savez que j’étais parti aux Etats-Unis où j’ai participé à la grande assemblée des maires noirs. Et puis après, j’en ai profité pour faire la campagne à Atlanta, à New York et à Washington. On a parlé de la création du parti et j’ai eu beaucoup d’adhésions de la part des Sénégalais d’Amérique. Je suis revenu il y a deux jours et hier (mardi), j’ai débuté la campagne électorale au plan national dans la banlieue de Dakar. J’ai commencé par les Maristes, je suis parti à Sicap Diamaguène et Sicap Mbao, mais aussi à Malika et Grand-Yoff. Aujourd’hui (hier), j’ai fait Keur Mbaye Fall, Yarakh et je me rends comme ça aux Parcelles assainies et après, j’irai aux Hlm. Je fais des visites de proximité et tout se passe bien sur le terrain. Il y a une grande adhésion à la Coalition « Bokk Gis Gis » et au projet de parti que je compte mettre en œuvre. J’irai à Ziguinchor demain (aujourd’hui) pour des activités concernant la mairie, mais je rentrerai le soir même à Dakar. Dès vendredi, je ferai des meetings un peu partout, à Ndiaganiao, dans la région de Fatick, dans le Saloum etc.

Pourtant, une rumeur a circulé selon laquelle Baldé était parti aux Etats-Unis pour échapper aux convocations de la section de recherches de la Brigade de Gendarmerie de Dakar par rapport aux auditions sur l’enrichissement illicite?

Toutes les personnes qui le pensent ou qui le disent sont malhonnêtes. Je suis quelqu’un de vraiment responsable, qui a gagné tout ce qu’il a de manière loyale et légale. Je ne suis pas un homme riche. Je n’ai pas de maison, ni de compte en banque à l’étranger. J’ai ma maison à Ziguinchor et une autre à Dakar. Je suis resté au plus au sommet de l’Etat pendant presque une vingtaine d’années. Parce que j’étais à la Présidence de la République depuis 1992 (comme chargé de mission du Président Diouf, Ndlr). J’ai aussi exercé des fonctions ministérielles depuis 11 ans, donc j’ai gagné loyalement ma vie. Les gens font de la confusion. Et je crois que dans ce pays-là, pour être vraiment célèbre, il faut passer par la Dic (Division des investigations criminelles). Mais moi, je n’ai pas peur de la Dic. J’ai été le patron de la Brigade financière de la Dic.

Mais par rapport à l’enrichissement illicite ?

Je pense qu’on est en train de faire un mauvais procès aux autorités de l’ancien régime. Et c’est très malsain. On ne peut pas, à vue d’œil, dire que quelqu’un a gagné sa vie de manière illicite, sans en apporter les preuves. Une infraction, elle se qualifie. Il y a l’élément moral, l’élément légal. Il ne faut pas que les gens fassent la chasse aux sorcières.

Mais pour l’enrichissement illicite, c’est le renversement de la charge de la preuve…

Oui, mais quelles preuves ont-ils, tous ceux qui accusent aujourd’hui les autorités de l’ancien régime ? Quelles preuves ? Ils parlent de maisons, je pense qu’ils en ont beaucoup plus que nous. Je pense qu’il faut savoir raison garder. Il faut ne pas faire une chasse aux sorcières ou essayer d’humilier les gens de l’ancien régime en les faisant convoquer à la gendarmerie. Ils ont servi le pays pendant des années. Les audits, par contre, c’est tout à fait normal. Il faut auditer, parce que l’obligation de rendre des comptes est un devoir pour tous. Mais, ce qui me gêne un peu aujourd’hui, c’est qu’avec ce nouveau régime, n’importe quel quidam va vers la presse pour parler de l’Anoci, pour dire que c’est la casse du siècle.

Si les gens en parlent autant, c’est peut-être parce qu’il y a matière à débat ?

Il n’y a rien. Ils ne racontent que des bêtises, l’Anoci est auditée depuis longtemps par l’Inspection générale d’Etat. Nous, nous avons rien à craindre. Nous avons travaillé de manière tout à fait légale, tout à fait transparente. Nous avions un Conseil d’administration où il y avait l’ensemble des corps de l’Etat. Il y avait aussi la Raddho, le Synpics, le Forum Civil etc. Ils ont tous validé le programme, ils ont validé le budget et nous ont donné le quitus. Ensuite, nous avons été audités par l’Armp (sic). Je pense qu’on l’a dit et répété, nous n’avons rien à cacher. Ce qui me fait mal, c’est tous ces quidams qui se lèvent pour parler de l’Anoci, je pense qu’il faut revenir à la raison. Nous avons travaillé pour ce pays et nous n’avons pas à faire l’objet d’une vindicte populaire, parce que, honnêtement, nous n’avons rien à nous reprocher.

Pourtant, le Président Macky Sall parle de (ré)auditer l’Anoci et a même lâché officieusement les services compétents de l’Etat à vos trousses ?

Oui, mais c’est son droit. Le Président Macky a le droit de faire l’état des lieux, cela s’impose quand on arrive nouvellement au pouvoir. Il peut faire ce qu’il veut, mais nous, nous avons la conscience tranquille. Nous savons que nous avons respecté toutes les procédures, toutes les règles. Que ce soit les appels d’offres, les marchés que nous avons nous-mêmes signés et que Macky Sall, lui-même, a approuvé en tant que Premier ministre. Donc, je pense que sur ce plan-là, nous n’avons rien à nous reprocher.

«J’ai beaucoup de respect pour le Président Wade, mais…»

Le Président Wade a dit, lors de sa première conférence de presse à Fann-Résidence, que son fils, Karim Wade, était simple président du Conseil de surveillance de l’Anoci et que c’est vous, Abdoulaye Baldé, qui signiez les papiers. Est-ce que ce n’est pas une manière de vous jeter en pâture à la justice, si jamais des choses peu orthodoxes sont découvertes à l’Anoci ?
Honnêtement, je n’ai pas de commentaire à faire sur cette déclaration du Président (Wade), pour qui j’ai beaucoup de respect et il le sait bien. C’est vrai qu’il y avait le Directeur exécutif, le président du Conseil de surveillance etc. Chacun a joué son rôle. Je considère que c’était une équipe qui était à la tête de l’Anoci, où chacun avait sa part de responsabilité. Je ne suis pas quelqu’un qui fuit ses responsabilités. J’assume tout ce que j’ai fait. Et je sais aussi qu’on ne peut pas me refuser l’actif et me donner le passif. Par conséquent, j’assume tout ce que j’ai fait, toute ma part de responsabilité dans ce que nous avons ensemble réalisé, que ce soit moi, Karim Wade, ou tous les jeunes Sénégalais qui ont participé à ce travail-là. Nous nous sommes battus corps et âme pour réussir un travail pareil pour notre pays.

Pour revenir à la campagne électorale. Qu’est-ce que « Bokk Gis Gis » propose aux Sénégalais ?

Ce que nous proposons d’abord, c’est une nouvelle mandature où les députés ne seront plus des béni-oui-oui, mais où il y a une obligation du gouvernement de venir rendre compte. Nous sommes en discussion au sein de notre coalition, pour faire de l’Assemblée nationale le socle le plus rigide du pouvoir. Nous sommes en train de discuter pour voir comment, une fois à l’Assemblée, nous pourrions faire venir plus fréquemment le Premier ministre, les ministres, le pouvoir exécutif en général, à l’Hémicycle pour les écouter par rapport aux aspirations du peuple. Nous allons aussi faire des propositions de loi pour faire avancer les choses, parce que nous avons une certaine expérience du pouvoir. Donc, nous allons pleinement jouer notre rôle de défenseurs des intérêts des populations, de contrôle permanent de l’activité gouvernementale. Nous ne voulons pas qu’il y ait une majorité automatique à la solde du président de la République, nous voulons proposer une autre Assemblée nationale, qui veillera aux intérêts des populations.

C’est le contraire de votre argumentaire que soutient aujourd’hui le camp de «Bennoo Bokk Yaakaar», dont toute la campagne tourne autour de la nécessité de donner la majorité à l’Assemblée au Président Macky Sall ?

(Il coupe) Oui, mais c’est suspect. Quand on demande aux gens de leur donner une majorité mécanique à l’Assemblée nationale, c’est qu’ils ne sont pas trop animés d’une bonne intention. Nous sommes tous des Sénégalais et si nous sommes majoritaires à l’Assemblée, nous allons l’accompagner sur tout ce qu’il propose de bien. Nous ferons une opposition républicaine. Mais il est évident que nous nous opposerons à tout ce qui ne sera pas bon pour le peuple. Je pense que nous devons être majoritaires à l’Assemblée pour l’équilibre des pouvoirs. Mais de toute façon, Macky Sall va faire de la cohabitation. Que ce soit avec nous ou avec sa coalition hétéroclite, composée de communistes, de socialistes et de libéraux, de toute façon, il y aura cohabitation. Et même si «Bennoo Bokk Yaakaar » est majoritaire, il sera obligé de composer avec nous. C’est ça la réalité politique actuelle du Sénégal. Je crois qu’il n’y aura plus de groupements d’intérêt économique à l’Assemblée nationale.

Certains leaders de parti ou de coalition voient dans les Conseils des ministres décentralisés de Macky Sall une immixtion du chef de l’Etat dans la campagne. Est-ce votre avis ?

Oui. Et je condamne cela, parce que ce n’est pas républicain. Nous pensions que Macky Sall allait réagir autrement, mais nous voyons qu’il convoque des gens au niveau des gouvernances pour faire du débauchage politique, alors que nous l’avions élu pour satisfaire la demande sociale, ce qui n’est pas aujourd’hui le cas. Il avait promis de régler le problème de la Casamance, jusqu’à présent, il n’en parle pas. La situation se détériore de plus en plus et je pense qu’il est important qu’il fasse tout pour régler le problème définitivement. Il avait promis de baisser les prix des denrées, jusqu’à présent ce n’est pas effectif. Il y a les problèmes des inondations, l’hivernage approche et jusqu’à présent il n’y a rien. Nous allons faire une campagne catastrophique. Il y a des problèmes immédiats qui sont là et qui doivent être réglés au lieu d’être là à faire la médiatisation des audits qui sont normaux dans tous les pays. En plus, un Conseil des ministres, ce sont des projets nationaux concernent tout le pays qu’on y développe et non les problèmes d’une localité en particulier. Pour cela, il n’a qu’à organiser des Conseils interministériels, cela suffit largement. Je ne vois pas pourquoi délocaliser cela, parce que cela ne fait que coûter cher au contribuable.

L'OBSERVATEUR

Jeudi 14 Juin 2012 - 20:05



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