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AZIZ SOW, DÉLÉGUÉ GENERAL DU FESTIVAL MONDIAL DES ARTS NEGRES : « Le Sénégal est fin prêt pour accueillir le monde noir »



Activités et lieux des manifestations identifiés, moyens matériels et humains listés et chiffrés. Abdoul Aziz Sow, délégué général du Festival Mondial des Arts Nègres se veut rassurant. Tout est mis en œuvre, dit-il, pour que ce grand rendez culturel et scientifique se tienne à date échue. Dans cette interview, la première après sa nomination comme délégué général du festival, M. Sow fait le point des préparatifs, insiste sur le sens de cet événement et dit ce que l’Afrique mais surtout le Sénégal gagne en réunissant, à Dakar, du 10 au 31 décembre prochain, les compétences, dans tous les domaines, du monde noir.



AZIZ SOW, DÉLÉGUÉ GENERAL DU FESTIVAL MONDIAL DES ARTS NEGRES : « Le Sénégal est fin prêt pour accueillir le monde noir »
Une Délégation générale à la place d’une coordination

J’ai été coopté, avec Sindiély Wade, officiellement depuis novembre 2009 mais officieusement en fin mai, début juin 2010. C’était pour participer à la réflexion sur la faisabilité du de la troisième édition du Festival mondial des Arts nègres. Comme vous le savez, il aurait dû se tenir depuis longtemps. La dernière échéance en date, pour la tenue de ce festival, était décembre 2009. Entretemps, un certain nombre de problèmes sont survenus, notamment sur la faisabilité concrète du festival. A chaque fois qu’il y avait une rencontre entre le président de la République et ceux qui avaient la responsabilité de l’organisation, il y avait toujours des doutes quant à la faisabilité de cette manifestation. C’est vrai, ils ont fait beaucoup mais peut-être pas suffisamment pour pouvoir rassurer. Depuis lors, nous travaillons dans l’ombre. C’est la première fois que nous nous rendons dans une rédaction depuis ce temps-là. Le seul face-à-face avec ldes journalistes a eu lieu lors du point de presse que l’on a tenu au mois de juin. D’ailleurs, c’était sur demande insistante de Mamadou Koumé (Directeur de la Communication du festival) qui, comme nous tous, pense qu’il faut faire et faire savoir. Donc, il nous a plus ou moins bousculés pour que l’on puisse montrer qu’il y a quelque chose qui était en train d’être préparé. Depuis, cela s’est un peu enclenché. On a acquis la certitude, en novembre 2009, pour ce qui me concerne, que le festival pouvait se tenir. Je reviens sur cela parce qu’il est utile de le rappeler afin d’amener à comprendre ce sur quoi on est actuellement. On s’est dit, par-delà l’ambition de laisser une empreinte, de faire porter un message, de monter ce qu’il y a de mieux dans le monde noir dans le domaine des arts, de la culture, de l’intelligence, que le festival, c’est aussi une suite de manifestations, d’activités. Si on les liste de façon claire, avec des choix faits quant à leurs contenus et des choix faits quant à la cohérence du discours d’ensemble des différentes activités pris séparément, on se rend compte que ce sont des œuvres humaines.

Expositions, musique, théâtre, mode... pour assurer l’animation

On va exposer de la peinture. Il y a une démarche. Quel va être le discours que l’on voudra monter pour essayer de faire ressortir le génie noir au travers de sa peinture ? On va montrer de la danse. Quelle va être la démarche, quel va être le contenu, le discours qui va ressortir des différentes manifestations qui se feront ? La même chose pour le théâtre, la musique, etc. Pour cela, on s’est dit, pour chacun des domaines identifiés comme devant être les activités qui seront montrées pendant cette période, qu’il faut qu’on aille chercher les personnes ressources dont c’est le métier, dont c’est la vocation pour pouvoir nous éclairer. Des choix ont été faits.

Des compétences dans ces domaines, il en existe partout dans le monde, y compris au Sénégal. On s’est dit qu’on peut faire simple, sans pour autant lui enlever cet aspect féerique et intellectuel. Nous avons identifié des personnes ressources, chacun dans son domaine. Je prends l’exemple de la musique. Avant, des choix avaient été faits de confier des domaines à certains qui sont parties-prenantes dans la musique et qui sont dans le festival. Cela risque de poser problème parce que c’est sûr que l’artiste va plaider pour sa paroisse, c’est-à-dire pour son genre musical.

Cette fois-ci, à notre niveau, nous avons porté notre choix sur le président du Conseil d’Administration du Bureau sénégalais des Droits d’auteur qui se trouve être en même temps président de l’Association des Métiers de la Musique, en l’occurrence Aziz Dieng. Il réfléchit, avec nous, sur les types d’acteurs et les types de plateaux à mettre en place pour montrer ce qu’il y a de plus beau dans le monde noir, dans le domaine de la musique. C’est à partir de ses choix qu’on a pris la décision d’inclure Noël et le Nouvel an dans la programmation, mais aussi, d’y inclure la période du « Tadjabone » (fête du Nouvel an musulman) qui va tomber vers le 17 ou 18 décembre 2010. C’est ce qui explique la période du 10 au 31 décembre choisie pour le festival, soit trois semaines correspondant à la durée du festival de 1966. A partir de là, puisque c’est la musique qui va irriguer tout le dispositif du premier au dernier jour, on est allé voir les professionnels dans leur métier. Que ce soit dans les domaines de la musique, de la danse, des arts graphiques, du cinéma, ils nous ont listé leurs contraintes pour répondre au discours. Ils nous ont montré ce qu’il est possible de faire et de montrer.

L’Afrique dans le concert des Nations au stade Léopold Senghor

A partir de là, nous avons essayé de dérouler un chronogramme qui nous semble le plus logique, le plus cohérent, le plus facile à mettre en œuvre sans édulcorer le concept dans son ensemble. Ensuite, le faire où ? Quand on a décidé de tenir le festival du 10 au 31 décembre, on s’est dit, pour la cérémonie d’ouverture, qu’on ne va pas réinventer le fil à couper le beurre. Soit un fait un truc populiste dans les rues, etc. ou bien on fait quelque chose de simple et on organise une cérémonie au stade Léopold Sédar Senghor. En l’état, c’est le site qui a été retenu. Peut-être qu’il y a des coups de pinceau à donner, sécuriser le système électrique et de sonorisation. En plus, il y a un certain nombre de manifestations dites intellectuelles qui sont d’ailleurs la justification du festival. C’est-à-dire remettre l’Afrique dans ce que l’on appelle le concert des nations. L’idée est de montrer que l’Afrique n’est pas en marge de la marche du monde, que l’Afrique a tous les niveaux d’évolution de ce qui constitue le monde moderne.

Cinq thèmes majeurs autour de la renaissance africaine

Il y a une série de forums. Il a fallu discuter pour en arriver à cinq thèmes majeurs autours desquels on peut fédérer toutes les réflexions actuellement en cours au niveau des universités et des cercles académiques. Le Pr Iba Der Thiam va coordonner ces réflexions sur cinq moments majeurs. La première de celles que l’on appelle les conférences structurantes, c’est « L’apport des noirs à la science, à la technologie ». Deuxième conférence, « La permanence de la résistance des peuples noirs ». Troisième conférence, « Les diasporas africaines : géographie, peuplement, histoire et situation politique ». Quatrième conférence, « La participation des peuples noirs à l’avènement du monde libre » et enfin « Les anciens Egyptiens étaient-ils ou non des noirs ». C’est cette série de conférences qui ouvre le festival le vendredi 10 au matin. Elles se tiendront au centre multifonctionnel de l’hôtel Méridien Président. Dans les attentes que nous avons, nous tablons sur 800 voire 1000 personnes qui vont participer à ces rencontres. C’est environ 50 conférenciers que l’on invitera pour chacune des manifestations qui sont au nombre cinq.

Pour les autres activités, nous avons parlé de musique, de danse et de théâtre. Pour la musique, il y a deux types de plateau que l’on envisage, de façon ferme, à organiser, plus d’autres possibilités par la suite. Les grands publics : la place de l’Obélisque avec un système de relais en son, image, lumière et autres tout le long du Boulevard Général De Gaulle. Donc, les dispositifs y compris d’accueil, de sécurité existent. Il n’y a pas de souci en la matière. Deuxième plateau musical, ce sera au Monument de la Renaissance africaine pour des activités beaucoup plus intimistes : jazz, blues entre autres. Ensuite, pour le théâtre, nous avons Sorano. Il va falloir le rénover techniquement. C’est 10.000 fois moins cher que d’avoir un nouveau théâtre.

Concernant les expositions d’art plastique, on est tombé sur une mécène, la veuve Seydi, propriétaire de la Biscuiterie de Médine. Quand on a fait le tour des lieux avec notre commissaire chargé des expositions, certains artistes étaient complètement émerveillés. Et c’est gratuitement qu’elle a mis cet espace à notre disposition. Au sujet de l’exposition sur les arts premiers, le Musée d’Art africain Théodore Monod (Place Soweto) a été retenu. Il fallait réfectionner le bâtiment. On est tombé sur une opportunité avec un mécène amoureux des Arts qui nous a demandé de faire l’évaluation. Ce que l’on a fait. Il a pris en charge la totalité de la réfection du musée. Nous avons donné nos termes de référence : les parties que l’on voudrait voir disponibles à partir du 5 décembre et l’entreprise Eiffage pourra travailler sur cette base. Ensuite, nous aurons la mode et le design qui sont prévus à l’ancienne Gare de Dakar. Du coup, cela permet d’anticiper sur le budget du Ministère de la Culture dans le cadre des travaux de réfection de la Gare destinée à devenir un Musée d’Art moderne.

Pour le cinéma, la Place du Souvenir est là. Il y a une contrainte : à partir de 19h, il y a un vol toutes les quinze minutes. Une question : comment faire pour prendre en compte cette contrainte ? Soit la projection ne sera pas faite à ciel ouvert, sous une tente insonorisée ou, au dernier moment, il faudra se délocaliser ailleurs. Mais, au même moment, il y a la Foire de Dakar. La première option, c’était d’annule la Foire internationale et tout faire sur ce site. Maintenant, il y a un Musée virtuel que l’on veut mettre en place. Là aussi, on a été un peu opportunistes parce que les Brésiliens cherchaient, en terre d’Afrique, un endroit pour faire le même musée qu’ils sont en train de réaliser à Bahia sur l’histoire des musiques noires et leur évolution. On est en relation avec les Brésiliens concepteurs de ce projet et nous avons choisi Douta Seck à cet effet. L’ensemble des travaux d’aménagement à faire sont identifiés.

En soi, nous n’avons pas diminué la teneur des ambitions que nous avions. Tout se passe normalement. Mieux, on travaille avec les compétences disponibles. Pas ou rarement de personnes de l’extérieur. Nous avons demandé des mises à disposition de l’Administration selon les domaines de compétence. Et nous travaillerons exclusivement en relation avec les ministères sectoriels. Maintenant, nous allons huiler ces relations avec certains privés qui auront des obligations de résultats. Cela permettra d’aller un peu plus vite. Toujours est-il qu’à trois mois du début des manifestations, je peux affirmer que nous sommes sur la bonne voie.

Place des régions dans les manifestations

Nous avons choisi délibérément Dakar et Saint-Louis. Tout cela, dans une cette approche opportuniste. Saint-Louis a une expérience reconnue avec son Festival de Jazz. Malgré les nombreuses contraintes liées à l’organisation, Saint-Louis s’est toujours tirée d’affaire, sans grands couacs. La ville sait donc travailler en termes de dernières minutes. Ce qui est un avantage pour se lancer dans une grande aventure comme l’organisation du Festival mondial des Arts nègres. Les contraintes sont nombreuses, l’ampleur des tâches immense. Toute région qui n’a pas une petite expérience pourrait paniquer. Nous avons même vu des commissaires qui ont paniqué devant l’ampleur des tâches. Mais cela ne veut pas dire que c’est seules Dakar et Saint-Louis qui vibreront au rythme du festival. Il se trouve qu’entre novembre et décembre de chaque année, se tient au Sénégal une soixantaine de festivals. Entre autres, on peut citer Loumpoul, Podor, Foundiougne, Gorée, Mbour, Fatick, Sédhiou. Nous les avons listés. Ce travail a été facilité par Aziz Dieng du Bureau sénégalais des droits d’auteur (Bsda). Avec Aziz que nous avons pris comme responsable technique, nous avons pris les festivals de régions qui cadrent avec l’esprit du festival mondial pour les labéliser. Cela veut dire que quelqu’un qui organise un festival pular à Podor et qui, dans sa programmation souhaite avoir les plus grands noms de la musique pular, pourra compter sur nous. Je rappelle au passage que nous montrerons ce qu’il y a de mieux dans le domaine de la musique pular. Donc, nous allons faire caler leur période de programmation avec la nôtre, de telle sorte que ces célébrités seront le premier jour chez nous et le lendemain chez eux. Mieux, ces organisateurs de festivals de régions pourront bénéficier non seulement de notre public mais de notre dispositif de communication. En rapport avec le service de sécurité, un système de navette est prévu pour aller sur toutes les places. Autrement dit, toutes les régions seront occupées et vibreront au rythme du festival mondial.

Le budget

Dans ce cas précis, on ne peut pas savoir, a priori, combien cela va coûter. On ne peut pas, avant les manifestations, connaître combien va demander, par exemple, un artiste.

Surtout quand on lui dit Festival mondial des Arts nègres. Certains sont moins exigeants. En revanche, d’autres vous demandent des sommes faramineuses. Un million, deux millions de dollars plus un jet privé qui va les chercher seuls. Tout cela pour une journée ! Il y a même quelqu’un qui nous demande un hôtel 7 étoiles. Et notre réponse était : ‘’oui, on vous envoie à Dubaï et on vient vous chercher de là-bas’’. (Rires).

Un autre dit : ‘’j’arrive la veille, je dors. A 10 heures 05mn, je viens sur le lieu des manifestations pour faire ma balance. Après, je me rendors. A 21 h, je suis sur scène. Et à 22 h 30, je suis dans mon avion pour le retour’’. C’est inimaginable ! Ces gens ne nous intéressent pas ! Je rappelle que l’ancienne équipe avait estimé un budget quatre à cinq fois plus élevé. Non pas pour faire mal mais parce que, justement, on est dans l’inconnu total.

Notre équipe a serré et ramené ce budget à 18 milliards FCFA. Une somme déjà inscrite dans le budget 2009 de l’Etat du Sénégal. En faisant une simulation, des calculs, nous sommes rendus compte que tout a été pris en charge.

Les retombées économiques et financières

Devenue un métier. Nous sommes en train de signer des contrats avec beaucoup de prestataires de service extérieurs. Nous avons un comité scientifique composé de toutes les sommités du monde, y compris des sommités sénégalaises. Pour l’hébergement, par exemple, la première équipe avait pensé mettre en place un village des artistes avec des tentes. Le Roi du Maroc avait même dit qu’il allait mettre ces tentes gratuitement à la disposition du Sénégal. Évidemment, ces tentes engendreraient quelques frais. La nouvelle équipe que je dirige a jugé plus rentable de louer un hôtel. C’est l’Hôtel des Almadies. Nous allons y mettre des maisons préfabriquées sous forme de chalets. Après le festival, ces maisons seront démontées et serviront d’habitats pour les universités des régions. Et récemment, le président de la République a décidé que certains sinistrés des inondations y seront relogés.

Il faut dire que ces maisons seront entièrement montées par des Sénégalais. Donc, ce sont des Sénégalais qui feront et bénéficieront de ces maisons. Il s’y ajoute que ce festival est une belle opportunité pour vendre la Destination Sénégal. Donc, une chance pour le privé de se faire de l’argent. Pendant 21 jours, il y aura un focus sur le Sénégal qui sera le centre de l’Afrique. Nous avons signé des accords avec TV5, France 24, Rfi, Africa 24 et Africable. Ces deux dernières chaînes viennent gratuitement parce qu’elles disent que le festival leur donne des contenus. Nous sommes à la recherche d’une chaîne américaine pour négocier un moment de direct tous les jours jusqu’à la fin du festival. Tous les jours, une activité sur le Sénégal ! Cela, sans compter les pubs que nous ferons sur l’événement. Incontestablement, le festival sera une belle opportunité pour les acteurs économiques du Sénégal.

Contentieux avec Médiatique Events

Ce n’est pas la Délégation mais plutôt l’Etat qui est en conflit avec Médiatique Events. Au niveau de la Délégation, nous nous considérons comme des prestataires de service pour le compte de l’Etat. Je peux dire que c’est un litige qui ne nous concerne pas. Mais, dans notre approche, nous l’avons pris en compte. Le logo du festival a changé. Nous venons de recevoir un mail de son concepteur. Dans ce mail, Karim Guangué - c’est son nom - nous a envoyé les lettres d’échange et l’enregistrement du logo à son nom. Mieux, il nous a envoyé la lettre par laquelle il a fait le transfert de propriété à l’Etat du Sénégal. Jusqu’ici, les gens ne le savent pas. Karim dit avoir protégé son œuvre bien avant de soumissionner à l’appel d’offres fait par l’Etat du Sénégal. C’est avec le ministre de la Culture d’alors, Safiétou Ndiaye Diop, qu’il avait signé, en 2005, la convention. Tout cela pour dire qu’on allait avoir raison si on avait porté plainte. Mais, nous avons jugé nécessaire de ne pas aller à un procès qui durerait deux, trois ans. Pour gagner du temps, nous avons lancé un autre concours et changé de logo. Pareille pour la dénomination « Fesman ». Il y a un petit malin qui a protégé le nom « Fesman » site web. Il a protégé en son nom « Fesman.sn », « Fesman.org », « Fesman.com », « Fesman.net », etc. On peut dire que c’est légitime. Il peut se faire beaucoup d’argent avec son site. Mais, heureusement, la législation en la matière a changé.

En ce qui nous concerne, nous sommes revenus à l’appellation d’origine : Festival mondial des Arts nègres. Je rappelle que le procès Médiatique/Etat du Sénégal est en cours, aussi bien devant les cours de justice que dans les chambres d’arbitrage.

Des réponses efficaces à la mondialisation


On nous attend dans la musique, la danse, le théâtre. Dans ce que Senghor appelait, l’émotion. Un concept qui nous a causé beaucoup de torts. Aujourd’hui encore, nombreux sont ceux qui sont persuadés que le Nègre n’est pas doté de raison. Justement, dans les conférences au programme du festival, l’afro-pessimisme est délibérément pris en compte. Ce sera donc des échanges, des réflexions. Il s’agira de convaincre par des arguments scientifiques. Je dois rappeler qu’il s’agit juste, pour nous, de rétablir les faits. Rien que cela ! J’ai une fois suivi à la télévision une émission sur les animaux. Ce qui m’a permis de découvrir un autre visage de l’hyène. Différente de l’image qui a été véhiculée à travers « Bouki l’Hyène ».

Contrairement à l’imaginaire populaire qui considère l’hyène comme un animal poreux, tricheur, j’ai découvert que l’hyène était un bagarreur qui faisait fuir des lions. C’est la même chose qui se passe avec les Noirs. Il arrive souvent, dans les grandes rencontres, que certains vous disent : « c’est bizarre on ne vous voyez pas comme cela » ou « c’est bizarre, vous, vous êtes différent ». Une manière de dire que les autres Noirs sont des bons à rien. Dans les conférences, il sera question pour les universitaires qui seront retenus pour leurs travaux de discuter, d’échanger avec d’autres universitaires, d’autres sources venant de divers horizons. C’est la meilleure manière de rétablir la vérité historique et certainement, de monter à la face du monde que toutes les grandes inventions, à la base, ont été l’œuvre de Noirs. Mais, c’est également une manière de redonner espoir à la nouvelle génération. L’histoire enseigne que ce sont des Musulmans d’Afrique du Nord qui ont colonisé toute l’Espagne. Il suffit juste de regarder la ressemblance entre Marrakech et certaines villes espagnoles pour s’en convaincre. C’est pour dire que les conférences structurantes constituent l’élément essentiel de ce festival. Comme d’ailleurs l’exposition sur l’apport des noirs dans les sciences et technologies. Je rappelle que cette exposition sera co-gérée par Dr Mbacké Diop, fils du grand égyptologue Cheikh Anta Diop. Si le festival devait se tenir le lundi prochain, eux, ils sont déjà prêts. Les termes de références faits et les appels à contribution lancés. Et ceux qui sont sélectionnés pour les présentations connus.

Hébergement des participants


Le ministre du Tourisme m’a dit qu’il y a une possibilité d’héberger au moins un million de personnes à Dakar. En plus de Dakar, il y a la Petite Côte qui sera sollicitée pour loger certains participants. Nous allons mettre en place un système de navette. Au niveau de la délégation, nous avons en charge les artistes, les participants aux conférences structurantes. Nous avons loué un hôtel de 1600 chambres. Dans nos calculs les plus optimistes, nous ne pensons pas recevoir 800 personnes en même temps. Chaque participant vient assister aux activités pour lesquelles il est programmé. Ceux qui participent du début à la fin du festival ne sont pas nombreux. Le tout compris, artistes, danseurs, panélistes que nous prévoyons d’avoir est estimé entre 3000 et 3500 personnes. Donc, au niveau de la Délégation, le problème d’hébergement est déjà réglé. Maintenant, il y aura certainement beaucoup de touristes en cette période. Ce sont des gens qui viennent par eux-mêmes, par leurs propres moyens et qui seront logés dans des réceptifs que nous n’utiliseront pas. Toujours est-il que nous travaillons quotidiennement avec les services du Ministère du Tourisme.

Appropriation du festival par la population


Le festival est organisé pour les Africains. Donc, tous les Sénégalais doivent se mobiliser pour sa réussite. Cette mobilisation sera en prise en charge par ces festivals labélisés. Mieux, nous avons le concept « échos quartier ». C’est le fruit d’un partenariat que nous avons noué avec le mouvement « navétane ». Il n’y a pas, au Sénégal, plus grande occupation spatiale que ce mouvement. Ce n’est pas une information si je dis que toutes les Asc s’identifient à des quartiers.

Nous sommes en train de voir comment labéliser ces quartiers. Un commissaire travaille déjà avec ce mouvement. Nous allons organiser des concours de quartiers du festival avec un certain nombre de termes de référence qui cadrent avec l’événement. Un promoteur artistique qui vient du Brésil va nous aider à animer tous les quartiers.

Actes du festival dans les programmes scolaires

Nous allons faire de telle sorte que les actes du festival soient enseignés dans nos collèges, lycées et universités.

Beaucoup de choses vont changer, par exemple, lorsque ces jeunes sauront que celui qui a inventé l’ascenseur n’est pas un blanc

mais un noir. Mieux, ils seront heureux de savoir que le tracteur a été inventé par un Noir.

Dans chacune des manifestations, du début à la fin, nous voulons réaliser des films, éditer des livres. Contrairement au festival de 1966, des documentaires seront faits et tout sera conservé pour l’enseignement et la recherche.

Plan de communication

D’abord, une précision s’impose : si nous sommes restés longtemps sans parler, c’est parce que nous avons fait le pari d’éviter de beaucoup parler et de ne rien montrer. Nous sommes en train de finaliser notre site web. Toute la communication axée à l’information se fera à partir de ce site. Il sera opérationnel au plus tard le 30 août 2010. En juin dernier, nous avons fait, à Dakar, notre première manifestation réservée à un point de presse. Un mois après (ndlr : juillet), nous avons organisé un second point de presse à Paris. Profitant de l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre, nous envisageons d’organiser un troisième point de presse aux Etats-Unis. En ce moment, nous sommes en train de prendre contact avec l’ensemble des membres du comité consultatif, notamment le président Abdou Diouf et le Malien Cheikh Modibo Diarra qui ont décidé de nous accompagner. Au Sénégal, nous allons commencer, dans dix jours maximum, une campagne d’affichage sur tous les grands axes de Dakar. Nous y avons associé l’ensemble des communicateurs traditionnels. Nous venons de signer une convention avec Google qui va nous aider dans l’adressage et dans la recherche. A partir du 1er septembre, la première ligne des résultats de toute recherche sur l’Afrique sera Festival mondial des Arts nègres. Google commence déjà à diffuser un bandeau. Mieux, on aura un système SMS en partenariat avec nos partenaires. Toutes les activités du festival seront filmées, mises en ligne et diffusées en direct. Tout cela sera retravaillé et conservé pour la postérité.

Rôle et place de la diaspora dans le festival

L’Union africaine a été constituée avec un concept majeur : la diaspora considérée comme la sixième région d’Afrique. Comme une partie prenante du processus d’édification de ce monde noir. Il s’agira, au cours du festival, de voir comment impliquer davantage cette diaspora dans le développement de l’Afrique. Il faut que la diaspora se sente concernée par le développement de l’Afrique. L’un des concepts majeurs du Nepad lancé en 2001, par-delà les termes « Renaissance africaine », était : « Je suis et je participe ». Encore une fois, l’objectif, à terme, est de montrer que le Noir n’a pas été en marge dans la constitution de ce qui est identifié aujourd’hui comme étant les références du monde moderne. Il est admis que les Noirs ont participé à la construction de grandes nations. Entre autres, on peut citer des pays comme les Etats-Unis, la France, l’Espagne, la Portugal, la Hollande et l’Angleterre. Tous ces pays sont devenus ce qu’ils sont aujourd’hui grâce à des fortunes et des hommes africains.

Infrastructures pour accueillir les différentes manifestations

Cette question relève du ministère de la Culture. Nous sommes un démembrement de ce ministère, chargé d’organiser le festival. On nous a dit le thème, le concept et le résultat souhaité.

Il s’agit, pour nous, de dire : voici ce qu’il faut faire, comment le faire et où le faire. Nous avons fait le tour de Dakar et identifié des sites.

Entre autres, nous avons choisi le Stade Léopold Senghor, le Théâtre Daniel Sorano. Du coup, la question de l’existence ou de la non-existence est du domaine de celui qui est chargé des infrastructures au Ministère de la Culture.

Nombre de pays ayant confirmé leur participation

Difficile de répondre exactement à cette question. En revanche, il faut noter que nous avons prévu 60 pays participants. Nous avons reçu des lettres de deux pays qui, a priori, peuvent ne pas être concernés par le monde noir : la Corée et la Chine. Ils ne demandent que notre feu vert pour prendre part au festival. Des orchestres japonais peuvent également être de la partie. En plus, il faut rappeler que c’est l’Union africaine qui a confié l’organisation de ce festival au Sénégal. Donc, ce n’est pas une affaire sénégalo-sénégalaise. En toile de fond, il y a cette volonté de pérenniser ce festival. C’est possible de l’organiser, tous les deux ou quatre ans, dans un pays africain ou de la diaspora. Et cela ne peut être pris en charge que par une structure continentale.

Respect du délai

Je suis un optimiste. Je ne m’engage pas pour qu’après les gens me disent que j’ai échoué. C’est pourquoi, nous avons proposé un schéma simple et facile à mettre en œuvre. A trois mois de l’échéance, je peux affirmer qu’il n’y a aucune contrainte majeure pour que le festival ne se tienne pas. Nous avons identifié les activités à mener, nous les avons dimensionnées en termes de volume de travail, identifié les acteurs, artistes qui doivent intervenir dans ce processus. Aussi sommes-nous en contact avec tous ceux qui sont susceptibles, le moment venu, de pouvoir acteur actif. Nous en avons évalué le coût, mis en place un mécanisme de disponibilité financière avec un mode opératoire de décaissement qui nous permet de payer. Et devant chaque rubrique, nous avons essayé au maximum de lister tous les moyens matériels et humains dont nous avons besoin. Nous les avons chiffrés avant d’élaborer le budget correspondant. Il est de 18 milliards FCFA, soit moins de ce que l’Etat du Sénégal avait prévu dans sa côte part. Donc, une seule partie du budget évalué nous suffit pour couvrir la totalité des besoins. Que reste t-il alors ? Les lieux pour abriter les manifestations identifiés, tout est mis en œuvre pour les rendre opérationnels, les grands noms de la musique, de la danse, sollicités, sont engagés, les moyens pour le faire sont en train d’être sortis. Tout ce qui est humainement faisable pour que le festival se tienne est en train de se faire. )

Propos recueillis par E. Massiga FAYE et Abdoulaye DIALLO,
Source : le Soleil

PiccMi.Com

Mardi 24 Août 2010 - 09:50



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