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Abdoulaye Ndoye, secrétaire général du Cadre unitaire des enseignants du moyen-secondaire (Cusems) : «Aujourd’hui, on va vers un front uni...





Abdoulaye Ndoye, secrétaire général du Cadre unitaire des enseignants du moyen-secondaire (Cusems) : «Aujourd’hui, on va vers un front uni...
L’école sénégalaise a renoué avec les perturbations. Comment donc arriver à mettre fin à cette crise récurrente ? La réponse du secrétaire général du Cadre unitaire des enseignants du moyen-secondaire (Cusems) est claire : le gouvernement doit respecter ses engagements. Dans cet entretien, Abdoulaye Ndoye fait le point sur les accords signés avec le gouvernement. De même, il annonce la mise en place d’un éventuel front uni avec des syndicats d’autres secteurs pour pousser les autorités à respecter leurs engagements.

Les perturbations dans le secteur de l’éducation ont repris. Qu’est-ce que vous reprochez au gouvernement au juste ?
Les revendications de tous les syndicats portent invariablement sur le non-respect d’accords signés par le gouvernement davantage préoccupé de satisfaire les recommandations des bailleurs de fonds. Qu’il s’agisse du Cusems, du Saes, du Sames, du Sutsas, ce sont les mêmes problèmes : non-respect des accords. Pour le Cusems, si nous évaluons le procès-verbal que nous avons signé avec le gouvernement le 6 mai 2015, entre autres engagements il y a les lenteurs administratives dans la gestion de la carrière des enseignants. Ces lenteurs persistent toujours, la prise en compte des actes issus de l’opération Coup de poing est très lente.

En juin, on parlait de 5 000 dossiers en souffrance. A combien en est-on aujourd’hui ?
On ne peut pas l’évaluer parce qu’eux-mêmes ils ne peuvent pas vous donner les chiffres exacts. Mais les deux premiers mois, on a sorti les actes, après on est retourné à la case de départ. Ce sont des lenteurs. Les rappels consécutifs à la mise en solde aux avancées traînent. Parce que dans la gestion de la carrière, il y a les actes qui sont délivrés par la Fonction publique, ensuite il y a eu la mise en solde au niveau du ministère des Finances, il y a également le paiement des rappels qui traîne. Alors que dans le procès-verbal du 6 mai 2015, le gouvernement avait dit que le ministère de la Fonction publique prendra à l’avenir des dispositions pour la prise en charge diligente des actes afin que de pareilles lenteurs ne se renouvellent plus. D’ailleurs, ils avaient dit qu’un dispositif est mis en place au niveau du ministère des Finances pour procéder aux chargements de tous les actes issus de l’opération Coup de poing. Malgré cette opération, les lenteurs administratives demeurent toujours. Je rappelle que l’enseignant n’a pas de 13ème mois, ni de fonds commun ni de prime. Il ne compte que sur sa carrière pour améliorer ses revenus mensuels. Maintenant quand un enseignant n’est pas intégré, il est professeur contractuel. Quand il n’avance pas, son salaire est plombé.

Est-ce que les délais fixés pour la satisfaction de ces différents points sont arrivés à terme ?
Dans le procès-verbal que nous avons signé avec le gouvernement, on avait dit que le ministère de l’Economie, des finances et du plan procédera au paiement des reliquats des rappels d’intégration d’un montant d’un milliard 600 millions entre le 29 mai et le 31 juillet 2015. Jusqu’à présent, il y a des rappels qui ne sont pas payés. Si vous prenez la formation diplômante, on avait dit que la Fastef en accord avec le ministère de l’Education nationale est disposée la démarrer à partir du mois de mai 2015, les candidats aux passerelles qui ont des diplômes académiques peuvent être pris en charge dans le cadre de la formation à distance (…) cela aussi n’a pas été respecté. Le gouvernement avait dit qu’après l’opération Coup de poing, tous les actes seront pris en charge, mais après cette opération jusqu’à présent, il y a des actes qui ne sont pas encore délivrés (…)
Concernant toujours les lenteurs, on est resté deux mois sans mise en solde, c’était au mois de novembre et de décembre. Et l’accord concernant les passerelles, en lieu des acquis de l’expérience, c’est une mise en position de stage qui est proposée. Nous avons noté le silence coupable du gouvernement sur la grève de la faim des sortants de la Fastef poussés à l’extrême par le reniement des autorités, il en est de même des sortants du Cneps de Thiès. Ce qui est paradoxal, c’est au même moment où on parle de déficit dans le système éducatif. Pour les dossiers de validation, il n’y a aucune avancée significative. Sur l’étude du système de rémunération de la Fonction publique sénégalaise, l’alignement de l’indemnité de logement a été renvoyé pour la fin de l’étude sur le système de rémunération, le rapport de synthèse de cette étude a été partagé le 27 octobre ; donc on a largement dépassé le délai qui a été fixé. Le rapport a révélé des iniquités et des disparités du système indemnitaire. Nous avons également noté que le rapport n’est pas exhaustif : sur 103 mille 358 agents de l’Etat, seuls 71 mille 350 ont été concernés par l’étude. Les termes de référence complétés par un rapport d’orientation méthodologique excluaient certaines institutions, le personnel politique, les contrats spéciaux et les fonds communs, c’est un rapport qui n’est pas exhaustif. L’autre élément, c’est l’absence des statistiques dans le rapport de synthèse avec comme conséquence une opacité totale sur le pourcentage de la masse salariale dévolue à chaque segment de la Fonction publique. Le gouvernement nous a toujours rétorqué l’argument de la soutenabilité. Nous avons dit que cet argument ne pouvait pas tenir parce que si on se réfère au ratio masse salariale-recette il est passé de 30,2% en 2000 à 32,7% en 2014 au Sénégal alors que l’Uemoa a fixé le ratio salaire-traitement ressource à 35%.

Il y a aussi l’argument selon lequel on est dans un pays pauvre où tout est priorité, alors qu’on n’a pas suffisamment de ressources…
Le gouvernement effectue aujourd’hui des dépenses de prestige qui ne sont d’aucune rentabilité, d’aucune utilité pour le Sénégal. Lorsqu’on crée de nouvelles institutions budgétivores, inopportunes, impopulaires, c’est pour caser une clientèle politique. L’autre élément c’est que les agents des Impôts et domaines ont tenu un point de presse pour montrer que l’Etat a renoncé gracieusement à des impôts dans des entreprises comme le Port à hauteur de 8 milliards de F Cfa, et dans d’autres structures. Renoncer à des impôts qu’on aurait dû prélever et qui auraient servi à régler les problèmes de l’école et de la santé. Qu’on ne nous dise pas qu’il n’y a pas d’argent (…)

Apparemment il y a d’autres questions qui sont venues s’ajouter au non-respect de ces accords…
Non seulement il n’a pas respecté ses engagements, le gouvernement provoque les enseignants en organisant un second mouvement national. Je rappelle que chaque année, on organise un mouvement national avec des critères très clairs pour l’affectation des personnels enseignants. Dans ces éléments, il y a la gestion démocratique du personnel et c’est même un point d’accord (…)

Mais à Thiès par exemple, l’inspectrice d’académie parle de surplus…
Je suis désolé, mais à Thiès comme partout ailleurs il n’y a pas de surplus. Au Sénégal, il n’y a pas de surplus. Le redéploiement proprement dit est un outil de rationalisation de la gestion du personnel, c’est une exception qui ne peut en aucune manière être érigée en règle. Aussi, doit-il procéder d’une nécessité de service et n’être appliqué que dans des établissements où des surnombres d’effectifs sont identifiés. Mais là où l’administration a procédé à des réductions horaires, à la suppression de certaines disciplines (…) nous avons dit, respecter les ratios 45 élèves par classe, on donne à chaque professeur son crédit, les Professeurs contractuels du moyen (Pcm) qui interviennent dans le second cycle reviennent dans le premier cycle, vous verrez qu’il y aura un déficit que personne ne pourra combler. Par exemple, un professeur de français peut se retrouver avec 5 classes au lieu de 3. Même un redéploiement justifié ne doit pas se faire en pleine année scolaire à raison des conséquences pédagogiques et les conséquences fâcheuses aussi bien pour les élèves que les professeurs. Ce qui se passe maintenant n’est pas un redéploiement, c’est un second mouvement qui ne dit pas son nom. C’est une remise en cause de la gestion démocratique. A Thiès, non seulement il n’y a pas de surplus, au lycée Malick Sy il y a des réductions horaires, il y a les Pcm qui interviennent dans le secondaire ; donc on ne peut pas parler de surplus. Dans certains établissements, ils disent qu’il y a beaucoup de surveillants, ces derniers ont reçu des Ordres de service. Qui les a signés ? En plus, il y a des irrégularités dans ces affectations. S’il y a redéploiement, c’est qu’on doit avoir un surplus, mais ce qui est étonnant c’est qu’on a redéployé deux professeurs pour faire revenir un autre. Un professeur de Math/Svt qui a été redéployé dans une école où il n’y a pas de besoin. Ce n’est pas normal et à Thiès il y a refus systématiquement de parler aux syndicats (...)

Que dire des engagements pris par le président de la République ? Est-ce que les échéances qu’il avait données sont arrivées à terme ?
Les échéances sont à terme parce qu’il avait dit à partir de janvier 2016. Les gens disent vous êtes pressés. L’autre engagement c’est l’alignement des indemnités. Jusqu’à présent le gouvernement n’a pas traité cela, les lenteurs administratives il y a même des collègues à qui on a dit qu’on n’a pas vu leurs dossiers. Parce qu’il y a le ministère de l’Education, celui de la Fonction publique, des Finances qui sont tous concernés et ils ne parlent pas le même langage. Je pense que maintenant le gouvernement ne peut plus se dérober. Après tant d’engagements devant la Nation sénégalaise, il se doit d’honorer ses engagements.

Vous avez démarré votre plan d’action la semaine dernière avec un débrayage. En plus de cela, vous avez annoncé la rétention des notes. Est-ce à dire que cette année c’est la rétention des notes que vous avez choisie comme stratégie de lutte ?
Les stratégies ne se dévoilent pas. Nous avons déposé un préavis en janvier, le gouvernement devait même éviter que les syndicats déposent un préavis. Mais comme il ne peut pas honorer ses engagements… Nous avons reçu la lettre du ministre de la Fonction publique en réponse à notre préavis. Il faut dire que nous avons rencontré le Comité national pour le dialogue social, mais c’est à la fin du préavis. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de dialoguer, mais de respecter des accords signés.

Il a été constaté qu’il y a des enseignants qui ne suivent plus les mots d’ordre parce qu’estimant que chaque année c’est la même chose : on se bat, on perd des heures de cours et au finish pour sauver l’année on retourne dans les classes sans pour autant avoir gain de cause…
Nous au niveau du Cusems, nous n’avons pas de problème par rapport à ça. Beaucoup de gens respectent les mots d’ordre du Cusems. Maintenant, il y a des gens qui ne comprennent pas. Je reprends tout le temps cette phrase, «Si l’enseignement coûte cher alors essayons l’ignorance, si la grève n’est pas utile essayons la résignation». Mais on a mené des luttes, on a eu gain de cause, on a mené des luttes parce qu’il y a des biens matériels et des biens immatériels. Nous sommes obligés de lutter, nous devons lutter parce que le rôle d’un syndicat c’est de défendre les intérêts matériels et moraux de ses membres. Nous avons des acquis, mais si on ne se bat pas on risque de les perdre, où d’être écrasés par le capital. Et le droit syndical est consacré par la Constitution. Ceux qui le disent c’est parce qu’ils n’ont pas compris les enjeux. Malheu­reusement, nous avons un régime qui, au lieu de chercher à résoudre les problèmes, cherche à casser les enseignants. Le régime a bloqué le compte du Cusems arbitrairement depuis plus d’un an. Ils peuvent bloquer notre compte, mais ils ne peuvent pas bloquer notre syndicat, ils ne peuvent pas ceinturer les enseignants. Et puis dans un pays démocratique, nous avons besoin d’un mouvement syndical fort, le contraire aurait été surprenant.

Ça fait quand même presque 10 ans que le Cusems court toujours après ces revendications…
Oui c’est parce que nous avons en face un gouvernement qui ne respecte pas ses engagements. Pendant 10 ans, on n’a même pas le temps de penser le système éducatif, on se bat pour des détails, respect d’engagements, paiement d’indemnités, de salaire, gestion de carrière. Mais la carrière on ne doit même pas venir à Dakar pour réclamer. Dans un Etat sérieux, si l’administration fait son travail, d’autant plus qu’on a informatisé les choses, ça ne doit même pas poser de problème. Donc le gouvernement est responsable de cette situation. Ce qu’ils disent et ce qu’ils font sont diamétralement opposés.

Vous avez tantôt parlé d’une possible collaboration avec d’autres syndicats qui ne sont pas dans le secteur de l’éducation. Est-ce à dire que vous êtes dans une logique de faire un front commun pour faire face au gouvernement ?
Le Cusems est en train de travailler avec le Saes, le Grand cadre. Et dès la semaine prochaine, nous comptons organiser une grande marche et inviter d’autres syndicats comme le Sames, le Sutjust, le Sutsas etc. Parce qu’aujourd’hui, il s’agit de faire un front pour faire face à ce gouvernement. Partout ailleurs c’est le même problème, le Saes vous dira le gouvernement n’a pas respecté ses accords, le Sames parlera de la même chose. Il faut élargir parce que nous ne pouvons pas accepter que ces gens quand ils veulent qu’on les confie les destinées de ce pays viennent voir tous les secteurs, prennent des engagements fermes, mais dès qu’ils sont élus ils deviennent les pires ennemis des masses laborieuses qui vont bâtir le Sénégal. Nous la question qu’on se pose, c’est comment on peut avoir un pays émergent si on a un système éducatif en déliquescence ?

Jusqu’où êtes-vous prêts à aller pour obliger l’Etat à respecter ses engagements ?
Si le gouvernement est suffisamment responsable, il va éviter au Peuple sénégalais cette situation. Parce que maintenant, tous les secteurs ont compris que le gouvernement divise les structures syndicales pour mieux régner. Aujourd’hui, nous avons les mêmes intérêts : la défense de l’école sénégalaise, la défense de la Fonction publique, la lutte pour l’équité et la justice. Tous les syndicats que j’ai cités tantôt peuvent se mettre ensemble pour se battre. Aujourd’hui, on va vers un front uni pour amener le gouvernement à respecter ses engagements.

lequotidien.sn




Mercredi 17 Février 2016 - 09:15



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