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BASSOUL : Dans les secrets du bunker de Yékini



Pour une fois, le «bunker» de Yékini ouvre ses portes. Pendant 72 heures, notre reporter, en véritable privilégiée, a cohabité avec les plus proches parents du Roi des arènes pour mieux comprendre leur état d'esprit, leur motivation à l'approche du combat devant opposer leur fils, petit-fils, neveu à Balla Gaye 2 à Bassoul où les femmes sont aussi mobilisées que les homme la confiance est totale. «Oh mballa gué»* ne les empêche pas de dormir.



BASSOUL : Dans les secrets du bunker de Yékini
Bassoul. Ici, les maisons sont entassées. Les rues du village de pêcheurs sont très étroites, menant souvent à des impasses. On traverse parfois une maison pour aboutir à une autre. Ce qui, selon El Hadji Babou, s'explique par le fait que «ces maisons sont souvent des dépendances d'une famille qui s'est agrandie avec le temps. Quand deux frères habitent côte à côte, il n'est pas nécessaire de mettre un mur de séparation». La plupart des demeures sont sans clôture, sauf pour quelques rares maisons. Et derrière chaque maison, une petite case est debout, faisant face à la mer. C'est le lieu de ralliement des villageois. Les gens y vont par générations. Le plus souvent, ce sont les vieux, qui n'ont plus l'âge d'aller en mer, qui s'y retrouvent. Les plus jeunes, eux, restent sous l'arbre à palabres, autour du thé. L'affiche tant attendue entre Yakhya Diop Yékini et Balla Gaye 2, prévue le 22 avril 2012, est le sujet de toutes les conversations. Dans les pirogues, sur les places publiques, tout comme à la borne-fontaine, le débat est le même. «Yakhya dama nga oh mballa ngué...(si Yékini prend le petit Balla ...Ndlr)», lance un jeune, la vingtaine, assis avec ses camarades devant un commerce. Visiblement très confiant, ce groupe de garçons, autour du thé, loue les capacités de leur champion, Yékini, le lutteur invaincu dont la légende a pris racine sur les rivages de Bassoul.

Les femmes aussi impliquées que les hommes

À Bassoul, ce ne sont pas seulement les hommes qui s'activent pour soutenir moralement et mystiquement l'actuel Roi des arènes. Les femmes aussi s'y mettent. Pour implorer le Bon Dieu de donner la victoire à Yékini lors de ses combats, elles se réunissent dans un endroit tenu top secret. À la question où, Mamadou Diouf Sabèle; l'oncle de Yakhya Diop marque une pause, avant de servir cette réponse : «Tout ce que nous pouvons dire, c'est que les femmes sortent du village pour prier. Elles ont leur place spéciale en dehors du village pour prier. Ce sont d'ailleurs tous les villages des îles, les Sérères du Sine ou d'ailleurs qui prient pour Yékini. Même des non-Sérères, partout au Sénégal, prient pour lui.»
«Nous entendons tout ce que dit «oh Mballa ngué» (le tout petit Balla, Ndlr), mais on verra le jour J (le 22 avril 2012). Il saura que Yakhya n'est pas son égal», jure Mama Khady Sarr, une dame apparentée au Roi des arènes par sa lignée maternelle (c'est une fata-fata comme Yékini, Ndlr). Sa camarade renchérit : «Ce ne sont pas des menaces de marabouts qui vont nous ébranler. » «Tout sera clair le jour j, incha Allah. Que Dieu nous y mène en paix», prie-t-elle.

On pense déjà à la fête

Alors que la date du 22 avril vient d'être arrêtée, les notables du village se disent plus que jamais sereins pour le combat devant opposer Yakhya Diop Yékini à Balla Gaye 2. À Bassoul, c'est la confiance totale, quasi aveugle. Aucune importance n'est accordée aux déclarations du fils de Double Less et de ses proches. Ici, on pense déjà à la fête. «Vous allez revenir fêter avec nous la victoire de Yakhya ici à Bassoul», jure un jeune, sous le couvert de l'anonymat (à Bassoul, il faut être mandaté pour pouvoir parler à visage découvert, Ndlr).

LE VILLAGE FERME AUX ETRANGERS A UNE SEMAINE DES COMBATS DU ROI DES ARENES Pourquoi Bassoul se «bunkérise »

«Bassoul est ouvert à tout le monde. Le village n'est interdit à personne.» Cette précision est du vieux El hadji Bira Diamé, notable de la localité. Le dignitaire sérère tient d'emblée à apporter des précisions, suite aux rumeurs tenaces selon lesquelles les étranger y sont indésirables. Entouré par ses collègues notables dans le grand salon du chef de village, Ousmane Sarr, absent, le vieux Bira Diamé dément catégoriquement ces allégations qui se passe, explique-t-il, «c'est que nous avons besoin, à l'approche des combats de Yékini, d'être entre nous. C'est pourquoi, à une semaine de ses combats, le village est fermé aux étrangers». Cette décision qui émane de tous les habitants du village est une mesure prise pour protéger l'enfant de Bassoul. Par prudence, les notables interdisent l’ile à tout étranger, pour éviter que des intrus malintentionnés y fassent des trucs mystiques pouvant porter préjudice au Roi des arènes. « Nous aimerions que les "étrangers" nous comprennent, parce que chacun a quelque chose qui lui est cher dans sa localité. Yékini nous a même dit de ne pas interdire le village aux « étrangers » mais ça c'est pour nous que nous le faisons», précise M. Diamé. Un autre notable renchérit : «Nous souhaitons qu'à l'approche de ses combats, ceux qui ne sont pas des nôtres nous donnent l'opportunité de les préparer à notre manière. C'est juste ça. » Même les commerçants et autres «étrangers » qui ont fait un long séjour à Bassoul ne dérogent pas à cette règle. «Nous quittons le village chaque fois que Yékini a un combat, ce n’est plus un problème pour nous, parce que nous sommes habitués», témoigne, sous le couvert de l'anonymat, un commerçant qui vient de boucler ses trois ans à Bassoul. Le vendeur renseigne que lors du combat du Roi des arènes contre Bombardier, il a déserté l’île dix jours avant le face-à-face. «Les notables peuvent nous laisser parfois dans le village, mais nous ne devons pas sortir de nos maisons», dit-il.

«Nous ne sommes pas des extra-terrestres»

Pourtant, Bassoul, malgré ses pratiques singulières, refuse d'être un village à part Trop mystique. «Il n'y a rien à Bassoul. Les gens racontent des histoires. C'est comme toutes les localités du pays. Nous sommes des humains comme tout le monde, pas des extra-terrestres. Nous n'avons jamais tué ni battu quelqu'un, Si Bassoul était mauvais, les autorités n'allaient pas mettre les pieds ici», souligne Ibou Diouf, informant que l'ancien président du Sénégal, Abdou Diouf est venu à Bassoul de même que l'actuel et l'ancien Premier ministre; Souleymane Ndéné Ndiaye et Macky Sall. «Le mystique dont on parle, c'est juste pure imagination et des propos de gens qui ne connaissent pas Bassoul. Ça n'existe pas. Nous sommes des musulmans et des croyants. Tout ce que nous faisons, c'est sur la base de l'islam. Il est vrai que Bassoul est un village traditionnel et nous vivons la tradition, mais tout ici est aujourd'hui dominé par l'islam. »

Balla, « Oh Mballa Ngué »*

Le Lion de Guédiawaye ne fait nullement peur aux habitants de Bassoul. On minimise même Balla Gaye 2, dont ils écorchent le nom de façon presque volontaire. Les habitants ont leur propre façon de nommer le fils de Double Less. Ils l’appellent : « Oh Mballa Ngué », « le tout petit Balla » en sérère. Partout dans le village, on l’appelle ainsi même les enfants. Et pour quelqu’un qui ne comprend pas sérère, il serait difficile de savoir qu’ils parlent du Lion de Guédiawaye.
*Le tout petit Balla

L'HISTOIRE DE DOUDOU DIOP, LE PÈRE DE YEKINI L'invincible !

Tel père, tel fils. Le Roi des arènes, Yakhya Diop Yékini, a hérité son talent de son défunt père, Doudou Diop surnommé Doudou Bassoul. Ce dernier, un grand lutteur en son temps, n'a jamais mordu la poussière. «Aucun jeune lutteur de sa génération ne l'a battu. C'était Un grand lutteur, il n'a jamais été terrassé. Il était même plus performant que son fils Yakhya», confie Mamadou Diouf Sabel, l'oncle de Yékini. Selon M. Diouf, son gendre avait prédit avant sa mort que Yékini serait un jour un grand champion de lutte.

MAMADOU DIOUF SABEL, ONCLE DE YAKHYA DIOP Le meilleur lutteur du Sine-Saloum

De son papa comme de la lignée de sa mère, Yékini a hérité la lutte. Son unique oncle maternel était également un grand champion de lutte : Mamadou Diouf Sabel a été sacré, le 3 avril 1965, Meilleur lutteur du Sine-Saloum. Il avait gagné le Drapeau Sine-Saloum lors d'un tournoi organisé à Passy, dans le département de Foundiougne. La même année, il avait disputé soixante-dix (70) combats, dans les villages environnants et n'avait enregistré que ...3 défaites. «Tous les jeunes de ma génération me connaissent. J'ai vécu plusieurs belles nuits dans ces villages», se souvient Mamadou Diouf Sabél, montrant, réjoui, ses photos de jeune lutteur. Un de ses fils aînés, Babou Diouf, a lui aussi attrapé le virus de la lutte. C'est un champion de lutte très connu dans les villages sérères où il a fini de faire ses preuves.

DAKAR-BASSOUL Parcours d'une combattante!

11h23, le taxi interurbain en provenance de Dakar débarque au croisement Ndiosmone, où attendent des cars ndiaga-ndiaye en partance pour Fimela, chef-lieu de la communauté rurale du même nom. Les apprentis se démènent pour trouver des clients, visiblement très rares en ce lundi 19 septembre 2011. Les minutes passent, le car peine à faire le plein, les nerfs des clients devant rallier les îles du Saloum s'échauffent. «Nous risquons de rater nos pirogues», lance une dame sérère, la quarantaine dépassée, en partance pour Thialane; un village des îles. Après plus d'une demi-heure d'attente, le car, surchargé jusqu'au marchepied, démarre enfin. Sur la route très dégradée, avec seulement de petites portions goudronnées et mille nid-de-poule, les passagers sont contraints à une déviation de 41 km sur l'axe Ndiosmone-Ndangane (lieu d'embarcation pour rallier les îles, Ndlr). Le trajet est long et pénible. À peine sorti de Diofior, le car tombe en panne. Il est 12h35 et l'unique pirogue devant partir pour Bassoul quitte vers 13h Certains passagers prennent des motos pour parer au plus pressé. Mais, peine perdue, la pirogue est déjà partie. Seul «le Courrier de Djirnda» est encore sur place. Après plus de deux tours d’horloge en mer, la pirogue accoste à Djimda, débarque ses premiers passagers avant de rallier Bassoul, le village, du Roi des arènes, au bout d'une heure.



Sophie Barro - L'OBS

PiccMi.Com

Jeudi 29 Septembre 2011 - 12:19



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