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CES MOTS ET EXPRESSIONS QUI FONT LE SENEGAL : « YIIR » OU LA PROTECTION MORALE



Expression wolof très méconnue des Sénégalais, parce que pas très usitée, le mot « yiir » se traduit en français par protection. Selon Massamba Guèye, docteur ès-Lettres, spécialiste de la littérature orale, cette protection peut être évoquée dans deux sens. « yiir, c’est protéger pour que la personne ne vive pas la déchéance morale et la déchéance matérielle.



CES MOTS ET EXPRESSIONS QUI FONT LE SENEGAL : « YIIR » OU LA PROTECTION MORALE
C’est en quelque sorte protéger la personne financièrement, matériellement, mais aussi la protéger moralement. Comme exemple de protection, Massamba Guèye cite le cas d’un père de famille qui s’apprête à voyager. Auparavant, dit-il, lorsqu’un père de famille partait en voyage, il appelait un membre de sa famille, soit le frère ou le fils aîné ou un meilleur ami pour qu’il le raccompagne. En mi-chemin, ils se mettaient au milieu du village et se parlaient à bas mots. Quand il partait, les gens du village disaient, il faut faire attention, il a confié sa famille à Untel. C’est dans ce genre de situation que nous pouvons dire que le père de famille protège sa progéniture « da yiir askanam ». Ce n’est pas une protection physique, mais plutôt une protection morale et indirecte.

L’autre contexte où le terme est aussi utilisé, « c’est lorsqu’on éduque quelqu’un positivement », (yiir nègne ko » en wolof. C’est dans ce sens d’ailleurs que les Wolofs combinent les deux expressions en disant « kou yarr, yiir » (qui éduque, protège), indique M. Guèye. Dans ce contexte, poursuit-il, le mot « yar » se traduit par la création d’attitude pour forger des caractères, mais aussi la protection. En effet, les Wolofs préfèrent utiliser ce mot, car « yiir » se traduit aussi par une protection pour ses enfants. Pour eux, éduquer un enfant, c’est lui donner les moyens de se protéger, d’avoir du « fayda ». C’est pour cela qu’ils disent en wolof « bo yaré bou bakh yiir nga » (quand tu éduques bien un enfant, tu le protèges), car tu donnes à la personne les qualités de se protéger et de protéger le groupe « kou yaar yiir ».

La situation la plus anecdotique dans l’utilisation de cette expression, indique Massamba Guèye, est la prière de bénédiction que Serigne Touba (personnalité religieuse du Sénégal) avait faite à Lat Dior Ngoné Latyr Diop (figure historique sénégalaise), quand il l’a rencontré. En ce temps, confie le spécialiste de la littérature orale, Lat Dior Diop venait de Coki (village d’apprentissage du Coran). Il y’avait dans ce village Mactar Ndoumbé Diop. Ce dernier a fait venir Issa Dièye qui était lui aussi un marabout. Selon M. Guèye, Lat Dior a eu donc, d’après ce récit, un contact avec le monde islamique et cette image de Serigne Touba qui rencontre Lat Dior est vraiment une image de protection « yiir ».

Maguette GUEYE DIEDHIOU
Le Soleil

PiccMi.Com

Lundi 23 Août 2010 - 09:50



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