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Ces mots et expressions qui font le Sénégal - « LIGGEY » : Terme central qui définit notre existence





Ces mots et expressions qui font le Sénégal - « LIGGEY » : Terme central qui définit notre existence
Terme extrêmement polysémique, liggey vient du verbe travailler. Selon Massamba Guèye, docteur ès-Lettres, spécialiste de la littérature orale, liggey signifie l’action de travailler. Aussi, liggey, c’est le fait de jeter un sort à quelqu’un. En wolof, quand on dit de quelqu’un « diw dafay liggey », cela veut dire que c’est quelqu’un qui travaille de manière acharnée. Par contre, quand les gens disent en wolof « diw deeňko liggey », cela veut dire qu’il est victime d’un sort qu’on lui a jeté. Le wolof a aussi l’habitude d’utiliser un proverbe avec ce terme liggey. Selon le spécialiste de la littérature orale, lorsque le wolof dit « liggey yu ndeye aňe dome », cela veut dire que la femme qui se comporte bien dans son ménage en général, ses enfants ont mille chances de réussir.

Aujourd’hui, constate M. Guèye, l’évolution de la société fait que nous assistons à la dépravation des mœurs. La preuve, on va jusqu’à dire maintenant que « xaliss ken du ko liggey degne koy lidjeunti » (l’argent ne s’obtient pas par le travail, mais par des astuces). « Voici deux mots en ambivalence, le mot liggeey qui signifie l’action positive de s’investir pour réussir socialement, et le mot lidjeunti qui renvoie à l’idée de ruse, dans une société où on disait « niax diariniu » (vivre à la sueur de son front). « Aujourd’hui, les gens veulent nous faire croire que liggey ne sert plus à rien, il faut juste être quelqu’un de rusé pour réussir dans la vie », déplore Massamba Guèye. A son avis, « cette vision explique aujourd’hui l’éclatement des valeurs, cette course effrénée vers les biens, ces détournements de deniers publics et individuels et cette mauvaise gestion des héritages, etc. Liggey, c’est vraiment le terme central et qui est la philosophie du nègre, il n’existe que dans l’accomplissement par le travail ».

Comme anecdote, Massamba Guèye raconte, la fameuse histoire des marchands ambulants. A chaque fois qu’ils sont déguerpis par les policiers, ils donnent cette excuse en wolof : nioune sath ňu, feenu ňu, djiayu ňu yamba de ňuye liggey (nous ne volons pas, nous ne mentons pas, nous ne vendons pas du chanvre indien, nous travaillons). « Mais ces vendeurs à la sauvette oublient que la notion de liggey doit aller dans le sens de la cohésion sociale », souligne M. Guèye. A son avis, « il ne suffit pas de dire juste que j’exerce un métier, mais il faut l’exercer de manière à ne pas entraver les autres aussi. S’il y a par exemple, un encombrement et tu dis damay liggey (je travaille), celui qui est un médecin et qui doit travailler et qu’un malade attend n’y parviendra pas parce que ton travail empêche les autres de travailler ».

Maguette GUEYE DIEDHIOU

Le Soleil

Jeudi 2 Septembre 2010 - 02:30



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