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Cesaria Evora, la gloire aux pieds nus





Cesaria Evora, la gloire aux pieds nus
La chanteuse cap-verdienne est décédée samedi à l'âge de 70 ans. Elle avait popularisé la musique de son archipel.

Grâce à elle, on a appris à situer le Cap-Vert sur une carte. Et la musique de cet archipel de dix petites îles sis à l'ouest du Sénégal et de la Mauritanie s'est invitée parmi les sons les plus célébrés au rayon «musiques du monde». Cesaria Evora s'est éteinte samedi, trois mois à peine après avoir annoncé ses adieux à la scène. Comme si la perspective de ne plus jamais chanter rendait la vie insupportable à cette femme qui aura consacré son existence entière à la musique. Si elle était devenue immensément populaire dans les deux dernières décennies de son existence, elle n'avait jamais couru après le succès, consacrant les deux tiers de sa carrière à chanter pour le seul plaisir de le faire.

Une fois la gloire et la reconnaissance arrivées, elle était restée fidèle à sa ville, Mindelo, sur l'île de Sao Vincente, où elle avait vu le jour le 27 août 1941.

Originaire d'un milieu très modeste, elle avait été élevée par une mère cuisinière avant d'être placée en orphelinat au décès de son père, alors qu'elle n'avait que 7 ans. De celui-ci, guitariste et violoniste occasionnel, elle avait tiré un amour de la musique traditionnelle du Cap-Vert, la morna. Cousin du blues américain comme du fado portugais, ce chant plaintif disposait d'un ambassadeur de choix en la personne du compositeur B. Leza, parent du père de Cesaria. C'est à sa mort, en 1958, que Cesaria Evora commencera véritablement sa carrière de chanteuse. Jamais mariée, mère d'un enfant, Cesaria croise le chemin d'Eduardo, un guitariste portugais qui lui donnera un deuxième enfant et l'accompagnera dans les bals populaires. Très vite, le public découvrira à quel point le ton lancinant de cette jeune femme se prête à la mélancolie de la morna. Elle chante tard, dans des bars où l'alcool coule à flots et où sa rémunération se résume bien souvent à quelques verres de whisky et de cognac.

Dix ans de silence
Abandonnée par Eduardo, elle se trouve un mentor en Ti Boy (Gregorio Gonçalves), de vingt ans son aîné, qui lui fournit un répertoire original. Découvreur de talents et compositeur reconnu, il lui redonne espoir et lui permet d'entrevoir un avenir tout entier tourné vers la musique. C'est ainsi qu'elle grave ses premiers enregistrements au milieu des années 1960, pour la radio Barlavento. Deux 45-tours voient le jour, sans que sa vie modeste s'en voie affectée. Cesaria continue de vivre avec sa mère, élevant ses enfants dans le plus grand dénuement, tandis que sa réputation grandit au sein de l'archipel.

La morna, considérée comme une musique aux consonances coloniales, est supplantée. De la même manière que l'arrivée au pouvoir de Castro contraindra les musiciens de son cubain traditionnel à cesser d'en jouer, le nouveau régime pousse Cesaria Evora à arrêter de chanter. Son silence durera dix années. C'est d'ailleurs à l'occasion des célébrations liées à la première décennie de l'indépendance du Cap-Vert que Cesaria Evora remonte sur scène, le 8 mars 1985. La gloire n'est pas encore au rendez-vous, mais les perspectives semblent meilleures que jamais pour la quadragénaire. Deux ans après, elle confectionne son premier album solo et donne quelques concerts aux États-Unis. Les comparaisons avec les figures tragiques de Bessie Smith et, surtout, Billie Holiday abondent. Cesaria Evora monte souvent sur scène en état d'ébriété et l'absence d'entourage professionnel solide limite ses perspectives de carrière internationale véritable.

L'homme providentiel se nomme José Da Silva. Natif du Cap-Vert, exilé en France, cet agent de la SNCF entend Cesaria Evora chanter à Lisbonne. Sous le charme, il décide de l'aider. Après avoir gravé les titres de La Diva aux pieds nus, en 1988, il se heurte au refus des multinationales du disque, qui trouvent le physique de la chanteuse trop disgracieux. François Post, du label Celluloïd, sera son deuxième homme providentiel. Sa carrière explose d'abord à Angoulême, puis au New Morning de Paris en juin 1991. L'album Miss Perfumado vogue vers les 300 000 exemplaires lorsque le Théâtre de la Ville la consacre définitivement en décembre 1992. Au rythme d'un album tous les deux ans, «Cize», qui arrête de boire en 1994, devient une star planétaire. Madonna se dit fan, David Byrne ou Caetano Veloso se pressent pour chanter avec elle…

Pourtant, c'est pieds nus qu'elle continue de chanter sur les plus prestigieuses scènes mondiales. Les vingt dernières années de sa vie seront celles d'un succès qui ne se démentira jamais, au gré de disques toujours inspirés et de concerts régulièrement bouleversants. Ses colères sont légendaires et sa timidité complique parfois les interviews.

Pourtant Cesaria Evora honore toujours un engagement professionnel. Jusqu'à ce que ses années de mauvaise vie la rattrapent et la condamnent au silence…

LEFigaro




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