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Dislocation des valeurs familiales dans la société: Entre tradition et modernité

ces noyaux sociaux ne savent plus sur quel pied danser.



C’est un fait, certaines familles ne savent plus ce qu’entraide, cohésion, unité et solidarité, signifient. La crise économique qui sévit actuellement est pour beaucoup dans l’éclatement de ces ménages dont les idéaux partent désormais dans tous les sens.



 Dislocation des valeurs familiales dans la société: Entre tradition et modernité
Présentement, beaucoup de jeunes, à l’issue des entretiens qui nous ont été accordés, ont manifesté le désir de quitter leurs familles et d’aller s’installer ailleurs. A première vue, leurs vœux peuvent paraitre légitimes surtout si on considère qu’à un moment donné de leur vie, ils se doivent d’apprendre à supporter leurs propres charges. D’un autre côté, l’étonnement nous gagne lorsque ces mêmes jeunes reviennent sur les véritables raisons qui les poussent à vouloir quitter père et mère. Abdou Diagne, la trentaine, vendeur à la sauvette au marché Sandaga est l’un d’eux.

« Mon père est décédé il y’a une dizaine d’années maintenant. Ma mère s’est remariée par la suite avec un de ses cousins émigrés en Italie. Ce dernier avait déjà deux femmes à gérer. Mais là n’est pas le problème. Ce qui me dérange dans tout ça, c’est que ma mère a bien changé depuis qu’elle a fêté ses secondes noces. Mes deux frères et moi, ne la reconnaissons plus. Du vivant de mon père, elle s’occupait bien de nous. Maintenant, elle passe son temps à courir les cérémonies de haute facture et à dilapider l’argent que notre beau-père lui envoie pour l’entretien de la maison. Excédé par son comportement, j’ai quitté la maison un beau soir. Elle a tenté en vain de me joindre, elle n’y arrive pas. Ses mauvaises fréquentations ont dépeint sur son comportement. Je trouve qu’elle n’est plus la femme humble qu’elle était auparavant. »
Fin du premier acte. Abdou voit arriver un groupe de jeunes filles et leur propose les friperies qu’il porte à bout de bras. L’une d’elles, sans doute plus sensible que les autres, lui prend deux corsages aux couleurs vives et un pantalon en daim. Elle lui règle la facture et disparait. Abdou, l’air satisfait de son début de matinée, consent volontiers à poursuivre la conversation là où il l’avait laissée.

« Mes deux frères ont quitté la maison à leur tour. Ils sont partis vivre en colocation avec des amis basés à Saint-Louis. Ils m’ont d’ailleurs proposé de les rejoindre. Je le ferai après avoir réglé certains détails. »
L’histoire d’Abdou parait « commune ». Mais à l’observer de plus près, on se rend compte que ce jeune homme est très affecté par la situation qu’il vit. Il nous confie également que si sa mère avait été saine d’esprit, elle aurait prêté de l’argent à ses fils pour que ceux-ci ouvrent des commerces qui leur permettraient d’avoir des revenus réguliers. Mais cette dame ne pense qu’à elle, à ses toilettes et à son prestige. Au détriment de ses enfants qui en arrivent à se demander ce qu’ils ont fait au Ciel pour mériter une telle parente.


Aicha Diagne, quant à elle, vend des fruits frais sur le bas-côté, non loin du rond point du même marché. Elle se dit « dégoutée » par l’attitude d’une de ses grandes sœurs. La personne dont elle parle est fonctionnaire dans le secteur public. « Elle se comporte comme une malade. Il y’a des années, notre mère lui a confié deux de nos sœurs pour qu’elle s’occupe de leur éducation parce qu’ayant les moyens de les faire. Adja, c’est comme ça qu’on l’appelle, a accepté. On a découvert sa véritable personnalité par la suite. Adja ne supporte pas qu’on la dépasse, matériellement je veux dire. Au lieu de payer à mes sœurs de bonnes études, elle les employait comme femmes de ménage chez elles. Chaque fin de mois, elle leur donnait une somme symbolique, les maltraitait psychologiquement et s’est mise à favoriser ses belles-sœurs qui vivaient dans la même maison. Un jour, mes deux sœurs ont décidé de se liguer contre elles et d’aller la dénoncer à notre mère. Adja les a poussées à quitter la maison et est allée voir notre mère pour lui dire que mes sœurs mentaient. »

Aicha s’arrête de parler pour tendre un sachet d’eau fraiche à son petit garçon qui en réclamait à cor et à cri. « Je ne peux pas comprendre qu’elle soit aussi cynique envers nous. Dieu l’a dotée de biens matériels considérables. Au lieu de rester humble et modeste, elle est au contraire devenue suffisante, vénale et sans scrupules. Heureusement que ma famille l’a mise à l’écart aujourd’hui. Autrement, elle aurait écrasé la cohésion et l’entente qui règnent entre nous. »


Voilà un troisième cas de figure. Cette jeune fille diplômée en Sciences de la Gestion qui vit aux Maristes, et qui répond au nom de Seynabou, revient sur les circonstances qui l’ont poussée à haïr sa mère de toutes ses forces. « Je trouve cette femme irréaliste, sans cœur et déséquilibrée. Elle est propriétaire de plusieurs maisons en ville et dans les autres régions, roule sur l’or, vit bien. Malgré tout cela, elle ne vient pas en aide à sa propre famille. Sa sœur qui vit à Dakar, est un vrai cas social, qui peine avec son mari, à joindre les deux bouts. Ma mère se comporte avec elle comme une étrangère. Elle favorise son second mari, un doctorant, qui n’est doté d’aucuns scrupules, qu’elle nourrit et entretient sans aucune honte. Malgré tout ce qu’elle fait pour lui, ce dernier n’a aucun respect pour elle et pour nous.

Il a vendu à son insu une des maisons qu’elle lui avait offerte, et s’apprête à prendre une autre épouse dans son dos. On a essayé de le lui dire, mais elle n’a pas voulu nous entendre. Cet homme est un matérialiste pur et dur qui ne se cache même plus. Matin, midi et soir, ils se prennent la tête. Au finalement, mes frères, sœurs et moi, ne tenons même plus à vivre avec eux. A quoi cela sert-il d’avoir de l’argent et de ne pas pouvoir le consommer en toute tranquillité parce qu’on a des parents qui se comportent de façon intolérable ? »

Mame Kane, collégienne, vivant non loin de l’Avenue Bourguiba, ne supporte pas son père. Selon elle, ce dernier est tout ce qu’il y’a de plus égoïste sur terre.

« Il ne s’occupe pas de nous agit comme un locataire dans sa propre maison, trouve du travail pour les autres et nous ignore royalement. Je me dis qu’il a reçu une éducation peu conforme à la normale. A chaque fois que notre mère part rendre visite à sa famille à l’intérieur du pays, il fait comme si nous n’existions pas. Il s’achète à manger et à boire, pour lui tout seul. Nos études, il s’en moque, notre niveau scolaire, il n’en a rien à carrer. Il se paie des habits hyper coûteux, des portables dernier cri, une voiture flambant neuve, entre autres excentricités. Bref, nous ne pouvons rien faire pour changer son attitude scandaleuse. Je n’ai qu’une envie : quitter ce foyer instable et qui est peu propice à l’épanouissement. »
Des cas, comme ça, il y’en a plusieurs. On en arrive à se demander si les jeunes tiennent à quitter leurs familles dans lesquelles ils ne se sentent plus bien, quel genre d’avenir les attendra là où ils vont se rendre ?
Le rôle premier que jouait la famille, on l’aura constaté, est entrain de se désintégrer. Le manque de cohésion, d’unité et d’équilibre affectif gagne en ampleur au sein de certaines familles, au point de voir celles-ci se désincarner totalement. Au final, les idéaux et autres rêves communs partent dans toutes les directions. C’est la porte ouverte à plusieurs types de déviances sociales qui touchent les jeunes gens qui sont issus de ces familles là. A ce stade d’individualisme et d’égoïsme avérés qui caractérisent ces noyaux sociaux, comment sera la société dans une dizaine d’années ?

K. NDIR - PiccMi.Com

Vendredi 12 Novembre 2010 - 13:43



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