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EL HADJ MOMAR THIAM, RÉALISATEUR DE « BAKS » / A 81 ans, le doyen veut créer un musée du cinéma


Il se tient encore droit à 81 ans, même s’il s’appuie sur une canne pour marcher. IL a perdu la mobilité d’il y a trente ans lorsqu’il arpentait le plateau de tournage de « Sadaga », son dernier long métrage, El Hadj Momar Thiam n’en reste pas moins actif pour autant. Alors qu’il fête aujourd’hui ses 81 ans (né à Dakar le 24 septembre 1929), le Doyen des cinéastes veut réaliser des films et surtout créer un musée pour le 7e Art sénégalais.




EL HADJ MOMAR THIAM, RÉALISATEUR DE « BAKS » / A 81 ans, le doyen veut créer un musée du cinéma
Ce matin là, je m’empresse d’arriver au rendez vous fixé avec le cinéaste Momar Thiam dans sa maison sise à la Patte d’oie « Builders ».

Quand j’arrive dans la cour, quelques documents, couverture de journaux et autres photos prises de vue sur les plateaux de tournage de film sont étalés épars, sur le sol. Le doyen Momar Thiam m’invite à entrer dans le salon et s’empresse d’expliquer qu’il a été obligé de sortir ces documents de son magasin où l’humidité causé par les pluies d’hivernage avait fini d’envahir les boîtes de carton. Une vieille camera « super 8 » traîne sur un côté, vestige d’une époque où le film muet était encore un must pour ceux qui avait la chance de posséder un appareil du genre.

Les salutations vite échangées, le vieux cinéaste nous plonge dans son univers, le 7e art et surtout la réalisation cinématographique. Photographe amateur à ses débuts dans les années 60, Momar Thiam a eu l’opportunité d’aller en France et d’y suivre une formation en cinématographie.

A son retour, il travaille à la direction de la cinématographie et particulièrement aux « Actualités sénégalaises » en tant que cameraman.

Attiré par le cinéma depuis sa jeunesse, et préparé à la manipulation des appareils optiques, Momar Thiam acquiert avec sa formation en cinéma les moyens techniques qui vont lui permettre de mieux servir sa passion.

« Mes films sont toujours là, on les trouve dans les cinémathèques, au niveau des archives ». « Sarzan », d’après un conte de Birago Diop est son premier film, c’est aussi le premier film sénégalais réalisé en 1963.

Momar Thiam tourne une dizaine de films entre 1963 et 1983, des documentaires, mais aussi des fictions et s’intéresse chaque fois aux œuvres de nos écrivains, notamment Birago Diop sur trois films (Sarzan, la malle de Maka Kouli et Sadaga). Son premier long métrage « Karim » est lui aussi inspiré de l’œuvre d’Ousmane Socé.

« J’étais plus à l’aise pour tourner le film « Karim », parce que le tournage s’est fait en 16mm, avec une camera électrique. Avant, je tournais avec une camera à manivelle-, c’est plus avantageux, même si le film est en noir et blanc et parlant. J’ai tourné le film et au pré-montage on a enregistré les voix, c’est très difficile d’avoir dans ces conditions un film parfaitement synchronisé entre les gestes et les paroles des acteurs » se rappelle El Hadj Momar Thiam. Il a eu le droit de porter le titre de « El Hadj » au lendemain de son premier pèlerinage à la Mecque, en 1973. Il avait profité d’un voyage dans la région, précisément en Iran où se déroulait un Festival culturel pour se rendre dans la ville sainte de la Mecque et y effectuer ce pèlerinage qui est le cinquième pilier de l’Islam.

Le service des « Actualités sénégalaises » a permis à El Hadj Momar Thiam de couvrir de grands événements historiques tels que les Jeux de l’Amitié à Dakar en 1963, la réconciliation entre les présidents Léopold Sédar Senghor et Modibo Keïta etc. Entre deux reportages, l’homme revenait toujours à son sujet préféré.

« Je me rappelle, lors de la première projection du film Karim au cinéma Palace, c’était le premier long métrage sénégalais, il y avait beaucoup de personnalités, Habib Thiam était ministre à l’époque, Alioune Sène, ministre de l’information avait été représenté. Je connaissais bien l’actuel président de la République, Me Abdoulaye Wade, je le croisais des fois chez mon frère qui était son mécanicien. C’était toujours l’occasion de discussions et notamment sur le cinéma qui était déjà ma passion, en ce moment, je venais de réaliser le film « Sarzan ». Il m’encourageait tout le temps, il n’avait pas encore créé son parti. C’est ainsi que Abdoulaye Wade était venu voir le film « Karim », il avait garé sa voiture « ID » de couleur crème en face de l’école Berthe Maubert pour se rendre au cinéma Palace situé juste sur le trottoir d’en face. C’est pour cela que j’ai soutenu, il y a quelques jours dans une radio de la place, que Me A.Wade connaît le cinéma et il aime le cinéma ».

Momar Thiam a toujours été assez jaloux de sa liberté de créer et affirme avec un sentiment de fierté « j’ai fais du cinéma sans avoir subi une quelconque influence. Je connais peu de réalisateurs, mais ceux que je connais sont des africains ».

Son film « Baks » coproduit avec la société nationale de cinéma est considéré comme le meilleur film sénégalais des années 70. Il a battu le record des entrées sur une longue période. Ce succès avait le goût d’une revanche sur le passé pour le cinéaste. Il avait utilisé des moyens technologiques plus sophistiqués qui lui ont rendu la tâche moins ardue.

« J’ai l’intention de tourner encore des films »

« C’est le premier film que j’ai réalisé avec du matériel professionnel, une camera sonore, un nagra et des prise de son en direct, en quelque sorte tout les moyens de faire une bonne réalisation. J’ai eu l’occasion d’avoir de bons acteurs tel que Mangoné Ndiaye, l’acteur principal de « Baks ». Je l’ai vu dans un film de Djibril Diop Mambety et j’ai pensé qu’il était bon. Il ne m’a pas déçu.

Momar Thiam a surfé sur la vague du succès de ce film culte des années 70, une longue absence s’en est suivie dans la production nationale.

Aujourd’hui, le cinéaste explique cette rupture essentiellement par un manque de financement pour ses projets de tournage de film. Entre temps, il a tourné « Sadaga, le mbandkat » avec les comédiens aujourd’hui disparu Babou Faye et Abou Camara. Ce sont les aventures d’un troubadour qui, au son de son tama (tambour d’aisselle) égaillait la population, de place en place pour gagner sa vie. Ce film réalisé sur fonds propre est, à ce jour le dernier long métrage réalisé par Momar Thiam.

« J’ai l’intention de continuer à faire des films tant que je le pourrais affirme avec conviction le doyen Momar Thiam ». Atteint par une attaque cardiovasculaire en 2006, il est resté alité de long mois. Retraité depuis deux bonnes décennies, Momar Thiam, polygame (deux épouses) et père d’une grande famille, rend grâce à Dieu puisqu’il bénéficie du soutien précieux de ses grands enfants. « Lors de mon accident cardiovasculaire, on m’avait expliqué que je pouvais m’adresser au Bsda pour obtenir une aide par rapport à mes frais médicaux, je n’étais pas tellement décidé pour cela. Je traîne un contentieux avec ce bureau. Figurez-vous que je n’ai jamais perçu le moindre droits d’auteur pour aucun de mes films », raconte-t-il. Pourtant, à l’époque, lorsque les films comme « Baks » ou « Sadaga » passaient dans les salles de cinéma, je sais qu’un pourcentage était toujours versé au Bsda. J’ai eu à faire des réclamations, et Mme Diabé Siby la directrice qui m’avait prêté une oreille attentive, avait promis d’examiner le problème, mais je n’ai rien vu depuis... »

Finalement, le cinéaste Ngaïdo Bâ en insistant a pu fléchir le doyen Momar et obtenir une somme de 350 000 francs pour les frais médicaux.

Affaibli, le vieux cinéaste tenace a, cependant, fini par reprendre le dessus. IL poursuit actuellement ses activités et se déplace désormais à l’aide d’une canne, notamment pour se rendre au siège de l’association des cinéastes sénégalais associés (Cineseas) au sein de laquelle il assure le poste de trésorier. IL a été en 1970 parmi les cinéastes qui ont mis sur pied cette association.

Sur les derniers événements qui ont secoué l’association des cinéastes sénégalais, Momar Thiam a condamné avec la dernière énergie la création d’un nouveau bureau. Il estime que celui-ci est illégitime, puisque ne répondant pas aux conditions d’éligibilité.

Le Doyen Momar Thiam se dit confiant, le bureau dont il est membre et présidé par Ngaïdo Bâ (élu à l’unanimité et sur l’insistance des membres souligne-t-il). Ce bureau dont le mandat courre jusqu’en décembre 2010, est le seul interlocuteur valable des pouvoirs publics.

En déplorant l’attitude de certains jeunes cinéastes intéressés seulement par l’argent, El Hadj Momar Thiam indique « il y a une chose que je n’ai jamais accepté, c’est de courir après les financements qui m’obligent ensuite à travailler avec des techniciens européens qui viennent se tailler la part du lion sur nos budgets. Il a toujours préféré une équipe entièrement sénégalaise ou africaine.

Cet entêtement est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles le film long métrage « Buur tillen » d’après Cheikh Aliou Ndao n’a pas encore été réalisé.

Présenté pour obtenir une aide à la réalisation, ce film lui a été retourné avec la note « à réécrire ». Ce fut d’ailleurs le même scénario avec l’autre long métrage « Le procès du pilon » d’après Ousmane Goudiam. « Quand on m’a dit à nouveau -à réécrire-, je leur ai répliqué vous êtes mal tombés, je ne ferais jamais cela ».

A ce jour, le doyen Momar Thiam a ces deux films en projet et cherche à les réaliser. « Je ne peux pas laisser le cinéma de toute façon et puis d’ailleurs, je suis entouré par des enfants bien imprégnés. J’ai en permanence une équipe sous la main ». En effet, sa fille aînée est technicienne monteuse de film, formée au Conservatoire. L’aîné des garçons est également dans la profession, il vit aux Etats Unis où il a fait des formations en cinématographie enfin, l’une des épouses du cinéaste enseignante de formation fait aussi, au besoin, le travail du scripte pour le plateau.

Toujours sur le filon intarissable du 7e art, Momar Thiam raconte qu’il a découvert le cinéma dés 1957 en participant au tournage du film « Mool », à Dakar avec le Groupe africain du cinéma. C’était avec un certain Paulin Soumanou Vieyra cinéaste sénégalais d’origine béninoise, Georges Carristan, un haïtien et deux sénégalais, Mamadou Sarr et Jacques Mélokane.

Ce qui passionne El Hadj Momar Thiam, c’est toujours le cinéma, une raison supérieure qui nourrit d’ailleurs son intention de créer un musée du cinéma dans la grande banlieue non loin de Dakar. Il voudrait y retracer l’histoire de notre cinéma, c’est un autre challenge pour celui qui fait aujourd’hui figure de doyen incontesté et pionnier du cinéma sénégalais.

Filmographie

d’El Hadj Momar Thiam :

1963 « Sarzan », 1e film sénégalais, il est tiré du conte de Birago Diop

1965 « Diabel, le pêcheur »

1968 « la lutte casamançaise »

1969 « la malle de Maka Kouli » d’après l’œuvre de Birago Diop

1969 « Simb »

1970 à 1971 « Karim » est le 1e long métrage, il est inspiré de l’œuvre d’Ousmane Socé.

1974 « Baks » long métrage 1h50, sur le thème de la drogue

1983 « Sadaga », long métrage d’après une œuvre de Birago Diop

Jean PIRES

Source : Le Soleil




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