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[Edito] "Tu vas arrêter le foot..."



C'est un week-end aussi surréaliste que consternant qui vient de s'achever à Knysna, retraite dorée d'une équipe de France devenue la risée du monde entier. Entre une Fédération qui ne cesse de naviguer à vue, un Raymond Domenech transformé en marionnette et des joueurs dont les caprices d'enfants gâtés ont fini de décourager les plus fervents de leurs supporters, la France du football a touché le fond au point que lundi matin, on n'a envie de dire qu'une chose: tous dehors !



[Edito] "Tu vas arrêter le foot..."
"Papa, pourquoi ils mettent des insultes en gros sur le journal ?" Le week-end a tout juste commencé que me voilà obligé d'expliquer à mon fils de 9 ans que, non, ça ne se fait pas de titrer de telles choses, mais que oui, Nicolas Anelka a eu tort de s'en prendre à Raymond Domenech dans ces termes, le minimum de respect s'imposant entre un joueur et son entraîneur. Mes explications l'ont-elles convaincu ? Toujours est-il que je n'étais pas au bout de mes peines, le feuilleton lamentable de cette équipe de France ne faisant alors que commencer. Dans la journée, devant les réactions outragées de tout ce que la France compte de moralistes de tout poil, la Fédération française de football, sans que l'on sache qui la représentait ou qui avait pris la décision, annonçait, pressurisée, l'inéluctable, à savoir l'exclusion de l'équipe de France de l'attaquant de Chelsea, coupable de "lèse-Domenech".

Sanction a priori logique d'un écart de conduite, mais aussitôt remise en cause lors d'une conférence de presse qui restera à n'en pas douter dans les annales du genre, mettant en scène un capitaine, Patrice Evra, transformé en agent de l'ex-DST, décidé à traquer la taupe tapie dans l'ombre du groupe, et un Jean-Pierre Escalettes, président de la FFF, évoquant "l'attitude digne et noble" du banni, Nicolas Anelka, tout en balbutiant au moment d'expliquer les raisons de l'exclusion du joueur, qui, avant de faire ses valises, trouve le temps de se confier à l'un de ses biographes, pour évoquer une "discussion houleuse qui n'aurait pas dû sortir du vestiaire" entre lui et le sélectionneur. A ce stade de la journée, les mots me manquent pour expliquer la situation à mon garçon qui, méticuleusement, continue à coller ses stickers Panini sur l'album officiel du Mondial. Tiens, il a Anelka en double...


Un feuilleton qui écrase tout sur son passage...



Il est temps de tourner la page en se disant que cette équipe de France dans sa globalité a touché le fond, je n'ai malheureusement pas tout vu ni entendu... Dimanche sous la grisaille parisienne d'un été qui ne veut toujours pas venir, coup de fil dans la voiture, il doit être 15h30, c'est l'un de nos deux envoyés spéciaux à Knysna: "Axel. Il y a eu une altercation devant toute la presse entre Patrice Evra et Robert Duverne, et on vient de rejoindre Jean-Louis Valentin sur la butte au-dessus du stade qui, "écoeuré", nous a annoncé sa démission. Je te rappelle dès que j'ai du nouveau." Les bras m'en tombent... Plus tard, installé devant mon poste de télévision, j'assiste, comme des millions de Français, à ces images surréalistes de Robert Duverne pointant un doigt accusateur vers Patrice Evra avant d'être calmé, en vain, par un Raymond Domenech devenu un pantin, puis de tourner les talons, furieux, non sans s'être essayé au lancement de chronomètre sans élan... Record battu ?

Mais la palme de la scène la plus ahurissante est pour bientôt: voilà que devant un parterre de journalistes que j'imagine ébaubis, Raymond Domenech sort du car, rideaux tirés pour s'abriter des regards indiscrets, puis s'avance, une feuille de papier dans les mains, pour lire un texte, signé de ses joueurs, dans lequel il s'en prend à son employeur, la Fédération française de football, coupable aux yeux du groupe d'avoir sanctionné de façon disproportionnée un Nicolas Anelka qui fait alors route vers l'aéroport du Cap ! Et les joueurs, mains dans les poches et baskets aux pieds, d'annoncer leur refus de s'entraîner lors de cette séance prétendument ouverte au public. N'en jetez plus, la coupe est pleine ! Dès lors, à la radio, sur Internet et sur les écrans de télévision, d'anciens Bleus pleurant dans leur maillot étoilé en politiques réclamant des sanctions exemplaires en passant par Robert "Droopy" Duverne justifiant son coup de colère ou une Roselyne Bachelot dont l'optimisme béat d'avant-France-Mexique a été cette fois ravalé pour de bon, ce psychodrame ridicule écrase tout sur son passage, les élections présidentielles en Colombie ou en Pologne, les sinistrés du Var qui pansent leurs plaies et même la sacro-sainte météo devant se contenter des miettes médiatiques du soir... La coupe est pleine, et à mon fils qui s'apprête à aller se coucher, je finis par dire: "L'année prochaine, tu vas arrêter le foot..."






Par AXEL CAPRON
Rédacteur en chef de Sports.fr

M.S.

Lundi 21 Juin 2010 - 09:59



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