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Eseck et mat !



Les hommes politiques sénégalais ont de l’audace, de la désinvolture et un mépris profond pour le peuple et sa souveraineté. Idrissa Seck en est l’exemple illustratif le plus récent. L’ancien Premier ministre et maire de Thiès s’est signalé par des sorties médiatiques intempestives, déplacées et inopportunes. Des propositions politiciennes, une attaque en règle contre la démocratie et ses principes. Un complot contre les fondements sacrés de notre jeune Etat. Le plan de conspiration est abject. Il consiste au vol avec violence d’une pourpre royale. Seck a avoué publiquement son intention de braquer la nation, de soustraire de la volonté populaire un droit à la fois vital et fondamental : le pouvoir de se choisir un chef suprême. Wade devrait, selon lui, prolonger son mandat jusqu’en 2014. C’est triste, grave et symptomatique. En mangeant de ce pain-là, Idrissa Seck déçoit énormément. Il est malin certes, mais il n’est pas intelligent. Avez-vous fait attention à la racine du mot « malin » ?



Eseck et mat !
Le substantif « malin » a un radical mauvais de sens. Le mal n’est pas simplement dans la forme, il est dans le fond. Idrissa Seck a choisi, dans un premier temps, Radio France internationale, la voix de la puissance coloniale, pour aliéner la souveraineté du peuple. C’est une attitude forte et révélatrice. Malgré son jeune âge, le maire de Thiès est intellectuellement de la génération des Senghor et Abdoulaye Wade. Il souffre d’un complexe du colonisé. Son discours le démonte, mais son attitude le démontre. On retrouve chez lui le trait identitaire commun aux dirigeants africains des soleils des indépendances. Ils sont les champions de la démocratie verbale, une sauce tropicale destinée à la consommation étrangère. Pour reprendre une phrase devenue célèbre de Me Ousmane Ngom, actuel ministre de l’Intérieur du Sénégal : « ils parlent en démocrates et agissent en monarques ». Idrissa Seck avait le parcours, le talent et le temps d’échapper à ce syndicat et à ces maux d’ordre funestes. Mais le voilà qui tombe dans les panneaux. Il a osé nous demander de renoncer pour deux ans à exercer notre souveraineté. Au nom de quoi Abdoulaye Wade, élu pour un mandat de 5 ans, devrait-il bénéficier d’une prolongation ? Le Sénégal n’est pas en guerre comme la Côte d’Ivoire. Et Wade n’est pas Gbagbo. Le boulanger d’Abidjan, lui-même, a du pain sur la planche. Ce mois d’octobre, il saura. Rouler dans la farine une partie du peuple, une partie du temps, c’est possible. Rouler dans la farine tout le peuple, tout le temps, c’est impossible.

Au demeurant, les arguments des nouveaux prophètes du report sont pour le moins renversants. Ils invoquent la situation politique tendue et la conjoncture économique désastreuse pour justifier ce coup d’Etat. Le raisonnement est tendancieux et malhonnête. Les économies d’argent ne sont pas les soucis premiers de nos dirigeants. Deux exemples récents en attestent. Au mois de décembre prochain, le Sénégal va accueillir le Festival mondial des arts nègres. La manifestation va coûter des milliards de Fcfa pour la célébration personnelle de Me Abdoulaye Wade. En 2010, au moment même où Barack Obama, un Noir, est président des Etats-Unis, cette revendication identitaire est décalée et peu crédible. Elle va absorber l’argent du contribuable pour un résultat bien maigre. Le monument de la Renaissance africaine est la preuve par anticipation de cet échec inévitable. L’argent investi dans ces folklores et cette statue peut organiser trois élections présidentielles. N’en déplaise aux intégristes de l’art, l’élection d’un président de la République au suffrage universel est bien plus importante qu’un mois de concerts gratuits. En 2005 déjà, Wade nous avait fait le coup de l’urgence nationale pour reporter les élections législatives et prolonger les mandats des députés. Le Plan Jaxaay et ses dérivés ont, depuis, englouti plus de 100 milliards de Fcfa pour des résultats très faibles. La grande banlieue de Dakar est toujours inondée. Le sinistre touche même des villes de l’intérieur du pays. Pendant ce temps, Wade paie un immeuble à New York à plus de 40 milliards de Fcfa et envoie son fils se balader en jet privé. Idrissa, lui, après avoir commis l’erreur stratégique des audiences du midi au palais, veut avoir le temps de se remaquiller. Non ! « Sha mat », le roi est perdu, comme disent les Perses ! Tant il est vrai qu’on est en politique comme aux échecs. Les erreurs y égarent. Eseck et mat !

Par Aliou Ndiaye
Lobservateur

© PiccMi.Com - Le Magazine du Web Sénégalais

Lundi 11 Octobre 2010 - 21:28



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1.Posté par alioune le 11/10/2010 23:17

Bel article. Respect Mr Ndiaye, des journalistes comme toi, on en redemande. Idrissa Seck symbolise la tortuosité en elle mème. J'ai pitié de lui, car ne croyant pas aux attributs de Dieu.

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