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HEUREUX PRÉSAGE ! PAR MAMADOU WANE





HEUREUX PRÉSAGE ! PAR MAMADOU WANE
"Vivre est comme marcher sur une corde au-dessus d'un abîme, dangereux d'avancer, dangereux de reculer, dangereux de rester sur place."

Nietzsche


La fin du monde était annoncée ce 23 mars 2014, elle n'a pas eu lieu. Les gros nuages noirs qui s'étaient amoncelés au-dessus de nos têtes, n'annonçaient en vérité aucune tempête. Fausse alerte ! Tant mieux ! Il y a tellement de chats, et de bien gros, à fouetter dans ce bled sahélien, PPTE, qu'il faudra bien qu'on ferme ce feuilleton-là...

Circulez donc, il n'y a plus rien à signaler ! La vie continue et c'est une très bonne nouvelle. Au fond, le "jeu" auquel nous assistons est une bonne (et belle) "jurisprudence" pour le Sénégal. L'effet atteint n'est peut-être pas le même que celui qui était visé, mais l'actuel pouvoir est en train de créer un précédent qui fera forcément tâche d'huile.

Sans verser dans des combinaisons de petites revanches à la sénégalaise, il faut bien convenir que cette procédure profite largement aux plus faibles et démunis. Il ne faut pas ne voir que Karim Wade. Il faut aller au-delà de la "calvitie" du prince. Dépoussiérer le roc, c'est une aubaine pour "Goorgoorlu" car si, demain, ceux qui assument aujourd'hui des charges publiques font fondre par la magie d'Ali Baba l'argent du contribuable dans des comptes Off shore, on pourrait toujours leur dire : "Rendez compte comme Karim Wade l'a fait !"

Personne ne pourra pousser la fierté, bomber le torse pour dire : "Pourquoi moi ?". Mais alors, on lui rétorquerait pour lui clouer le bec : "Si l'ancien ministre du ciel et de la terre, sa Majesté Karim Wade est passé par là…"

C'est donc, toute caricature dans les tiroirs, une très bonne nouvelle pour la jeune démocratie sénégalaise. Que l'épée de la Justice puisse tomber avec tout son tranchant sur une personnalité aussi importante de l'ancien régime, est sans doute la preuve que le chat noir de l'impunité est en train d'être tué. Et que demain, l'épée pourra tomber sur n'importe qui, quel que soit le niveau de responsabilité occupée. Donc, le message qui est plus qu'explicite, ne s'adresse pas qu'aux anciens tenants du pouvoir. Il pointe son glaive magistral sur ceux qui l'exercent aujourd'hui.

Qui, parmi ceux qui critiquent la traque des biens mal acquis, a sondé l'effet psychologique que la peine prononcée hier contre Karim Wade va avoir sur les hauts fonctionnaires de l'État, bien installés sur les budgets à milliards ? Quelles retombées pour la société sénégalaise à long terme ? Des questions qui intéressent peu les activistes comme on n'en a jamais pointé au Sénégal depuis que cette affaire a été agitée.

Il reste sans nul doute à parfaire la CREI ; une juridiction fort utile pour des pays comme les nôtres où la corruption s'est hissée à un niveau ahurissant. Il est certes important que les droits de la défense soient mieux pris en compte, que les recours puissent être possibles, les moyens d'investigations renforcés et surtout modernisés. Que des mécanismes puissent être mis en place pour crédibiliser le système. Que le cheminement juridique (enquête préliminaire, instruction, jugement) soit mieux expliqué aux populations pour qu'elles en saisissent les contours généraux.

Bref, il faut améliorer la machine, en évitant de tuer l'esprit de la CREI. Ce serait une grave erreur de suivre le tintamarre ambiant, simplement parce que deux organisations de défense des droits de l'Homme et trois pelés de "marabouts" ont décrété que le juge de la CREI est le mal.

Et pourquoi donc ne les entend-on pas assez lorsque des femmes meurent en couche encore au Sénégal, au moment où l'on sur-facture un petit tunnel de 300 mètres à plus… de 10 milliards de francs Cfa ? Où étaient-ils lorsque Karim Wade faisait à coups de milliards le ciel à bord d'un jet privé payé par le contribuable sénégalais ?

A notre humble avis, l'utilité de la CREI ne peut être discutée. Elle réside dans sa dimension dissuasive. C'est comme la peine de mort dans des pays à forte criminalité. Les lois ne prennent-elles pas racine dans la sève des réalités profondes des sociétés, hommes et femmes qui les créent ? Chaque pays a sa culture, son système de valeurs, ses statuts et rôles.

Mieux, le mouvement dans lequel nous sommes engagés n'excuse aucune reculade. Le ministre français du Budget, Jérôme Cahuzac, a été démis, en avril 2013, de ses fonctions et mis en examen par le juge, pour avoir dissimulé un compte bancaire en Suisse. Un ancien chef d'État, Nicolas Sarkozy, n'a-t-il pas été poursuivi dans le cadre de l'affaire des fausses factures de la société événementielle Bygmalion, lors de la campagne présidentielle de 2012 ?

Comme le bien mignon funambule de Zarathoustra, il est tout aussi dangereux d'avancer que de reculer. Danger pour danger, il faut avancer. Et puis comment vouloir une chose et son contraire ? La transparence et l'opacité à la fois. Le rouge et le noir. La nuit et le jour dans le creux de la même paume.

Ceux qui théorisent aujourd'hui l'impunité pour Karim Wade doivent faire l'effort de convaincre. Et même à supposer qu'on ne puisse lui opposer que 5 milliards de francs Cfa, comme l'insinue un de ses avocats, cela n'est-il pas suffisant pour constituer un délit ? 5 milliards pour un pays pauvre comme le Sénégal constituent beaucoup d'argent.

La question n'est donc pas de dire point de traque, mais bien plutôt la traque sans exclusive. Le côté gênant de la chose est – c'est un problème depuis 2000 – le caractère sectaire de la traque. On a bien comme l'impression que certains ont déjà négocié leur impunité alors que rien ne garantit que les actuels tenants du régime vont tirer les bonnes leçons de la chute d'Icare.

Mais le vin est déjà tiré…

PAR MAMADOU WANE


Mardi 24 Mars 2015 - 19:00



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